La précieuse fragilité selon le festival FLOW#1

13 novembre 2025   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La précieuse fragilité selon le festival FLOW#1
Les Fossiles du futur, Synesthésies océaniques © Laure Winants, Fondation Tara Océan
Paysage côtier en noir et blanc
L’Archipel © Chiara Indelicato, bourse Ronan Guillou, 2024

Du 20 septembre au 30 octobre 2025 s’est tenue la première édition de FLOW, un parcours culturel ambitieux imaginé par The Eyes, structure indépendante dédiée à la photographie contemporaine codirigée par Véronique Prugnaud et Vincent Marcilhacy. Réunissant neuf expositions dans quatre lieux emblématiques d’Occitanie, l’événement a proposé des accrochages, des rencontres et des temps de partage, créant un espace de dialogue entre patrimoine et création contemporaine.

Pensé comme un parcours artistique, culturel et territorial, FLOW a inscrit cette première édition dans un axe fort : changer notre manière de regarder le vivant et ses métamorphoses. Plus qu’un rendez-vous photographique, ce projet s’est affirmé comme une démarche critique, reliant l’art aux grandes questions écologiques, historiques et mémorielles, tout en ancrant la création dans un territoire où patrimoine et pratiques visuelles dialoguent étroitement.

Sous le titre fédérateur Ce qui est fragile est précieux, le parcours a présenté neuf artistes – Fred Boissonnas, Samuel Bollendorff, Oleñka Carrasco, Nicolas Floc’h, Ryan Hopkinson, Anne Immelé, Chiara Indelicato, Laure Winants et Juliette-Andrea Elie –, au travers d’œuvres aux formes multiples, explorant les traces laissées par l’histoire, les archives, les paysages et les gestes humains. Toutes interrogent notre manière d’habiter et de percevoir le monde, tout en révélant l’empreinte de nos activités – qu’il s’agisse de voyages, de pollutions, de migrations – qui façonnent aujourd’hui notre rapport au réel et en fragilisent parfois les équilibres. Une scénographie sobre et précise, signée Sylvie Meunier, accompagnait les propositions visuelles et conceptuelles et résonnait avec les lieux investis.

Pêche à l'espadon à bord d'une embarcation
« Messine, Skylla : pêche à l’espadon », 1912 © Fred Boissonnas
170 pages
7,50 €

La conscience écologique et l’invisible

Le parcours commence au musée de l’Étang de Thau, à Bouzigues. C’est là que Chiara Indelicato inscrit sa pratique photographique dans une relation intime et consciente avec le territoire. Lauréate de la bourse Ronan Guillou, elle présente L’Archipel, une œuvre née de l’observation patiente d’un milieu fragile, celui du littoral occitan. En combinant procédés anciens – tirages au sel, virages au thé – et expérimentations contemporaines, elle compose des images en noir et blanc qui portent les traces mêmes du lieu dont elles émergent. Son respect pour l’environnement est total : elle ne néglige aucun détail et intègre même l’eau de mer dans ses procédés de développement pour réduire l’impact de sa pratique et la rendre exemplaire. D’une conscience écologique extrême, sa démarche dépasse la simple représentation pour interroger notre rapport à la nature, au temps et à l’avenir. Empreinte de poésie et de lucidité, son œuvre révèle un monde en mutation et rappelle que la photographie peut être un acte respectueux autant qu’un geste artistique. Dans ce même lieu, Laure Winants déploie, quant à elle, une approche profondément expérimentale. Son projet Les fossiles du futur, Synesthésies océaniques associe photographie, sciences et technologies pour révéler ce que l’œil ne peut percevoir. Empreintes lumineuses, données sonores, réactions chimiques… Ses œuvres capturent les altérations invisibles causées par les polluants sur les milieux marins. En collaboration avec la Fondation Tara Océan, l’artiste s’immerge littéralement dans les écosystèmes qu’elle étudie, explorant les fonds marins et multipliant les expériences de terrain pour inscrire sa pratique dans une recherche à la fois artistique et scientifique. Cet engagement total donne naissance à un travail qui dépasse le documentaire, ouvre un champ d’observation et d’émerveillement, et fait de l’art un véritable outil d’enquête sur notre relation au vivant. Elle déploie au public, avec douceur et lyrisme, une réalité qui devrait être insupportable : un cri silencieux, mais nécessaire, face aux dérèglements que nous infligeons aux océans.

Cet article est à retrouver en intégralité dans Fisheye #74.

À lire aussi
Laure Winants expose From a Tongue We Are Losing à Foto Arsenal Wien
© Laure Winants
Laure Winants expose From a Tongue We Are Losing à Foto Arsenal Wien
Jusqu’au 23 juin 2024, Foto Arsenal Wien accueille From a Tongue We Are Losing, une série expérimentale sur l’environnement signée Laure…
26 mars 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Juliette-Andréa Élie : Feux de détresse
© Juliette-Andréa Élie
Juliette-Andréa Élie : Feux de détresse
Dans des compositions aux nuances de l’urgence, oscillant du rose pâle au sépia, Juliette-Andréa Élie…
27 juillet 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
© Julie Peiffer
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
Le Premi Fotografia Femenina Fisheye x InCadaqués 2026 a récompensé Julie Peiffer pour Renversement, une série où la nature fragile...
10 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
© Alexandre Dupeyron
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées...
09 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
© Antoine De Winter
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
Dans Blindfolded, Antoine De Winter s'intéresse à la disparition des glaciers des Alpes suisses en mêlant abstractions colorées et images...
08 octobre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Les coups de coeur #586 : Cedric Hayabusa et Nicolas Villela
© Cedric Hayabusa
Les coups de coeur #586 : Cedric Hayabusa et Nicolas Villela
Nos coups de cœur de la semaine, Cedric Hayabusa et Nicolas Villela, photographient les endroits où ils voyagent, des paysages qui...
28 septembre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Nos derniers articles
Voir tous les articles
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
© Julie Peiffer
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
Le Premi Fotografia Femenina Fisheye x InCadaqués 2026 a récompensé Julie Peiffer pour Renversement, une série où la nature fragile...
10 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
© Alexandre Dupeyron
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées...
09 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
© Antoine De Winter
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
Dans Blindfolded, Antoine De Winter s'intéresse à la disparition des glaciers des Alpes suisses en mêlant abstractions colorées et images...
08 octobre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
© Sarah Chaplin Espenon, 2026, courtesy Loose Joints
Blinded by your Grace : les tempêtes chassées
Dans son ouvrage Blinded by the Grace, publié chez Loose Joints, Sarah Chaplin Espenon s’intéresse aux femmes chasseuses de tornades. Une...
07 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas