Paris Photo 2025 : atteindre sa montagne intérieure avec Suwon Lee

14 novembre 2025   •  
Écrit par Milena III
Paris Photo 2025 : atteindre sa montagne intérieure avec Suwon Lee
© Suwon Lee, Pico Bolívar I, 2025 / Courtesy of Sorondo Projects
Image d'un sommet de montagne, en-dessous duquel plusieurs strates de couleurs sont étalées
© Suwon Lee, Teide, 2025 / Courtesy of Sorondo Projects

Présentée cette année par Sorondo Projects (Barcelone) à Paris Photo, la série The Sacred Mountain de Suwon Lee raconte une quête d’apaisement à travers de vieilles cartes postales transformées en paysages méditatifs. À découvrir au Grand Palais du 13 au 16 novembre 2025.

« J’étais clouée au lit par une crise discale cervicale ; je ressentais une profonde nostalgie pour ma ville natale, Caracas, et sa majestueuse montagne, El Ávila, qui est à la fois boussole et refuge dans la nature pour tous les Caraqueños », raconte Suwon Lee. Dans l’impossibilité de rentrer et sans accès facile à la nature depuis Madrid – où elle vit désormais –, elle cherche un moyen de retrouver ce lien. « Je me suis alors souvenue d’une phrase de Francis Bacon (le philosophe, pas le peintre) : “Si la montagne ne vient pas à Mahomet, Mahomet ira à la montagne.” » Pour l’atteindre sans voyager, l’artiste commence à collectionner des cartes postales anciennes représentant des sommets sacrés et emblématiques du monde entier : l’Everest, le mont Blanc, le mont Shasta, le Teide… De là naît le sensible et délicat projet intitulé The Sacred Mountain.

« Ces images sont là, souvent oubliées, tandis que nous en produisons sans cesse de nouvelles, affirme-t-elle. Mon instinct est de les sauver, de leur donner une nouvelle vie. Leur douceur et leur manque de précision évoquent la texture de la mémoire, où les souvenirs lointains restent flous mais vivants. » Née au Venezuela de parents coréens, l’artiste fonde toute sa pratique sur cet héritage duel. Aujourd’hui, sa recherche dépasse le 8e art et la peinture pour s’étendre à la performance ou au travail autour du texte, afin d’imaginer mille et une manières d’ancrer sa présence au monde.

Image d'une montagne enneigée
© Suwon Lee, Mount Shasta, 2025 / Courtesy of Sorondo Projects
Image d'une montagne enneigée
© Suwon Lee, Pico Bolívar II, 2025 / Courtesy of Sorondo Projects

S’élever avec une force tranquille

Agrandies et réimprimées, les cartes postales sont retravaillées aux bâtons de pigments à l’huile. Les couleurs, douces et métalliques, émergent d’un lent processus de séchage. Alors que la photographie capture ce qui s’est déjà échappé, la peinture ancre dans le présent : grâce à la lenteur méditative du geste – préparation des teintes, esquisses, application des pigments, puis temps de séchage – Suwon Lee retrouve un rythme capable d’incarner le passage du temps et d’offrir en même temps un sentiment de paix intérieure, voire d’appartenance au monde. La montagne, symbole de croissance spirituelle, devient ainsi l’image de ce que l’on peut atteindre en cultivant et en protégeant la sérénité en soi. « En ces temps de conflit, où l’éthique et l’intégrité sont souvent éclipsées, je vois la montagne comme un rappel de l’humilité, de la persévérance et de la force tranquille qu’il faut pour s’élever au-dessus », confie-t-elle.

Présentée à Paris Photo en novembre, l’exposition prolongera ce mouvement de calme et d’attention. La mise en espace, simple et épurée, sera pensée pour inviter à un regard concentré, loin du tumulte. Car, malgré l’instabilité du monde et toutes ces choses qui échappent à notre contrôle, l’acte de créer et de contempler la nature demeure pour l’artiste une manière de redonner résistance et espoir. « Pour moi, créer de l’art est une forme de connaissance de soi ; chaque œuvre révèle un nouveau fragment d’un tout en constante évolution », déclare-t-elle avec un sentiment de sérénité et d’évidence.

Image d'une montagne enneigée
© Suwon Lee, Mount Everest, 2025 / Courtesy of Sorondo Projects
Image d'une montagne enneigée
© Suwon Lee, Mont Blanc, 2025 / Courtesy of Sorondo Projects
Image d'une montagne enneigée
© Suwon Lee, Sierra Nevada de Santa Marta, 2025 / Courtesy of Sorondo Projects
À lire aussi
Alice Quaresma : entre photographie et peinture, pourquoi choisir ?
© Alice Quaresma, Demands of subjectivity, 2023
Alice Quaresma : entre photographie et peinture, pourquoi choisir ?
L’artiste brésilienne Alice Quaresma marie photographie personnelle et peinture abstraite pour un voyage poétique. Son œuvre…
13 janvier 2024   •  
Écrit par Milena III
À travers les montagnes d'Europe
À travers les montagnes d’Europe
D’abord attiré par l’Australie et la Nouvelle Zélande, le photographe belge Johan Lolos s’est  penché, en 2017, sur les paysages…
29 janvier 2019   •  
Écrit par Maria Teresa Neira
Explorez
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
© Alban Lécuyer
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient les paysages et les différentes manières de l’habiter....
08 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
07 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Youssef Nabil (1972) The Dream, self-portrait, 2021 Tirage argentique coloré à la main, 50 x 75 cm Collection particulière © Youssef Nabil.
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Jusqu’au 13 septembre 2026, le musée d’Orsay présente Youssef Nabil. De rêver encore. Une exposition qui déploie l’œuvre polymorphe de...
04 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Watching TV : Olivier Culmann et l'histoire des regards perdus
Watching TV © Olivier Culmann
Watching TV : Olivier Culmann et l’histoire des regards perdus
Dans Watching TV, Olivier Culmann montre différents regards, ceux hypnotisés, et l’histoire qui émerge à travers les téléviseurs. 
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
© Clara Watt
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images éveillent des réflexions profondes là où les mots font parfois défaut. En se...
14 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina