Tania Franco Klein et Todd Hido en écho aux Filles du calvaire

07 novembre 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Tania Franco Klein et Todd Hido en écho aux Filles du calvaire
© Tania Franco Klein
© Todd Hido
© Tania Franco Klein

Du 7 novembre au 21 décembre, la galerie Les filles du calvaire à Paris, accueille deux artistes uniques dans son espace au 21 rue Chapon : les photographes Tania Franco Klein et Todd Hido, qui à travers leurs univers brossent un portrait complexe et cathartique du monde contemporain.

Pour la première fois à Paris, à la galerie Les filles du calvaire, Tania Franco Klein présente son travail photographique et en particulier ses deux séries majeures : Break in case of emergency et Subject studies. Née en 1990 au Mexique, la photographe vit et travaille entre le Mexique, le Royaume-Uni et les États-Unis. Elle se consacre actuellement à la photographie, aux GIFs et à l’art d’installation. Avec son travail, elle mène une réflexion sur la catharsis, c’est-à-dire la mise en scène de la tragédie qui permet d’évacuer et tempérer les passions.

C’est autour du lexique de la mélancolie que son œuvre rencontre celle de Todd Hido, photographe américain, qui s’intéresse, quant à lui, aux paysages. La galerie lui consacre une exposition, Fragmentary narratives, qui se déroule en parallèle de celle de Tania Franco Klein, donnant ainsi vie à un duo visuel qui semble s’entendre à merveille. Les deux adoptent une écriture atmosphérique, empreinte de solitude, de nostalgie et d’inconscient. Les paysages de l’un sont remplis d’une puissance cinématographique. L’interprétation de l’histoire est néanmoins laissée aux spectateurices, parties prenantes de ces compositions. Dans la série de l’autre, Subject studies, le rôle du ou de la regardeur·se est tout aussi crucial : le bagage culturel et personnel de chacun·e influence sa perception de la scène photographiée et des personnages qui s’y trouvent.

Catharsis illustrée

Break in case of emergency est le témoignage de la fascination de Tania Franco Klein pour le concept aristotélicien de « catharsis ». Dans ses images, principalement des autoportraits, la photographe tente de donner libre cours aux angoisses du monde moderne en mettant en scène de prétendues « tragédies ». Les images dégagent ainsi une impression de drame, de théâtralité, comme si un film se déroulait devant nous… Dont nous devrions inventer la fin. Des émotions multiples et profondes émergent, comme expression d’un inconscient collectif. L’atmosphère est énigmatique et mystérieuse : elle nous exhorte à aller au-delà des supposés tabous.

Cette recherche se prolonge dans Subject studies, une étude presque anthropologique dans laquelle l’artiste expose une même scène en plusieurs versions, en fonction du point de vue de qui la regarde. L’image devient ainsi un objet de projections dans lequel chacun·e aperçoit, au fond, sa propre histoire. Avec obstination, la photographe nous invite à confronter l’inconnu. Présentée jusqu’au 21 décembre aux Filles du calvaire, la série a été récemment acquise par le MoMA et le Getty. Sa première publication, Positive Disintegration (2019), a été nominée pour le Paris Photo Aperture Foundation Award.

© Tania Franco Klein
© Todd Hido

© Todd Hido
À lire aussi
Todd Hido, une errance hors du temps
Todd Hido, une errance hors du temps
Le photographe américain Todd Hido sublime d’une main de maître son environnement. Dans Light from within, exposition accueillie par la…
06 septembre 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Focus #10 : L’itinéraire déconnecté de Tania Franco Klein
Focus #10 : L’itinéraire déconnecté de Tania Franco Klein
Découvrez le dixième épisode de Focus, notre nouveau rendez-vous hebdomadaire ! À la croisée de la vidéo et du podcast, ce format…
04 mai 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas

Explorez
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À...
03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
© heemuroo / Instagram
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
Comme le disait Pina Bausch dans son discours d'acceptation d'un doctorat honoris causa que lui a attribué l'université de Bologne...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
06 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet