« Une utopie pavillonnaire », vue par la photographe Vanessa Kuzay

10 juillet 2017   •  
Écrit par Fisheye Magazine
"Une utopie pavillonnaire", vue par la photographe Vanessa Kuzay

Vanessa Kuzay, 33 ans, est une photographe basée à Marseille. C’est là-bas que nous l’avions rencontré, un an plus tôt, lors d’une lecture de portfolio. Dans la foulée, nous publiions le travail qu’elle nous avait présenté ce jour-là, Territoires oubliés. Nous l’avons retrouvée à Arles, où elle nous a emmené visiter une exposition qui l’a beaucoup inspiré. Levitt France, une utopie pavillonnaire est présentée au Magasin Électrique, jusqu’au 24 septembre prochain, aux Rencontres d’Arles.

Fisheye : Pour avoir choisi cette exposition ?

Vanessa Kuzay : J’ai choisi cette exposition parce que les zones pavillonnaires sont des éléments du paysage qui m’inspire beaucoup. Ça me touche beaucoup aussi, parce que j’ai moi-même grandi dans ce type d’environnement. C’est donc un sujet récurrent dans mon travail.

Qu’est-ce qui t’accroche dans la scénographie ? Et, selon toi, qu’est-ce que cette exposition raconte de la vie dans ce genre de banlieue ?

J’aime beaucoup la scénographie et ce fonds vert qui rappelle vraiment les pelouses tondues des pavillons. On s’aperçoit que le vert est très présent dans l’ensemble des images et renvoie à l’idée de nature. Or ce qui est paradoxal dans ces zones pavillonnaires, c’est que la verdure est justement très contrôlée. Les haies sont taillées au millimètre par exemple. Donc ce fonds vert est très pertinent. Il y a aussi une évolution intéressante au fil de l’exposition. C’est-à-dire que le projet Levitt, l’utopie, sert d’introduction. Puis on remarque l’uniformité et, petit à petit, on s’approche de plus en plus des maisons.

Dans quelle mesure tu retrouves de ton histoire, de ta personnalité et de ton travail dans cet ensemble ?

Il y a des images ici qui me renvoient à mon propre imaginaire et qui pourraient m’influencer dans mon travail. Notamment la série Pursuit of Happiness de Julie Balagué. Elle photographie des scènes qui semblent complètement sans vie, voire même un peu angoissantes, et des personnages qui expriment une forme d’ennui, de dépit. Notamment deux adolescents. Or l’adolescence en zone pavillonnaire, ça fait écho à un travail que j’avais réalisé avec ma nièce, Les territoires oubliés. Avec cette série, j’ai voulu montrer comment est-ce que l’on grandi dans un environnement aussi formaté, contenu… Alors que l’adolescence est une période de la vie où l’on doit être plein d’élan.

Extrait de "Territoires oubliés", © Vanessa Kuzay

Extrait de “Les territoires oubliés”, © Vanessa Kuzay

Dans l’exposition, quelles sont les photos qui t’ont le plus marquée ?

D’abord cet ensemble de Bruno Fontana. Cette typologie qui rappelle celle des époux Bécher est très intrigante. De loin on a l’impression que toutes les maisons se ressemblent, mais en s’approchant, on s’aperçoit qu’il y a de nombreux détails qui permettent de les différencier. Ce sont des tentatives un peu vaine de personnalisation. Car le rêve de quelqu’un qui achète ce genre de terrain, c’est de posséder un bien à lui mais, en même temps, il y a peu de marge pour en faire quelque chose d’original, d’individuel. J’aime aussi beaucoup le travail de Julie Balagué, encore une fois. Et aussi ces images de Jacques Cardon, qui a photographié la construction de sa maison dans une zone pavillonnaire. On voit à quel point le logement fait partie de l’histoire familiale. Cette maison c’est presque un membre de la famille finalement. Il y a quelque chose de très touchant là-dedans.

Processed with VSCO with a6 preset
Processed with VSCO with a6 preset

De g. à d., de haut en bas : Vues des oeuvres de Julie Balagué, Jacques Cardon et Bruno Fontana ¦ © Marie Moglia

Explorez
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Deborah standing in Freud's cabinet, 2023 © Camille Vivier
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Ce mercredi 10 juin, la Maison européenne de la photographie a inauguré ses quatre expositions de la saison estivale 2026. Parmi elles se...
10 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance
© Clara Watt
Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance
Par le collage, Clara Watt fait de The Promotion of Proper Human Sexual Rights and Family Values un manifeste militant et poétique, en...
09 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l'éclat du monochrome
Marie-Jo Lafontaine © Département du Nord
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l’éclat du monochrome
Jusqu’au 27 septembre 2026, le musée de Flandre, à Cassel, consacre la rétrospective Tout ange est terrible à Marie-Jo Lafontaine....
Il y a 8 heures   •  
Écrit par Fabrice Laroche
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine