Warawar Wawa : River Claure recompose Le Petit Prince en Bolivie

21 mai 2024   •  
Écrit par Agathe Kalfas
Warawar Wawa : River Claure recompose Le Petit Prince en Bolivie
© River Claure
© River Claure
© River Claure
© River Claure

Ne pas sombrer dans les clichés folkloriques d’une Bolivie peuplée de lamas et de cholitas, sans renier ses racines : voilà le leitmotiv qui anime River Claure dans son projet Warawar Wawa. Utilisant en toile de fond l’histoire du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, le jeune photographe bolivien propose une vision alternative et moderne de l’identité culturelle de son pays.

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux », dit le renard au Petit prince. C’est par cette formule allégorique qu’on pourrait introduire le travail de River Claure. Originaire de Cochabamba, une ville de Bolivie centrale, le photographe grandit dans une famille catholique très pieuse mais dont les ancêtres sont d’ascendance Aymara, un peuple précolombien présent dans les Andes. Ce n’est que lorsqu’il part s’installer à Madrid où il poursuit un master en photographie, qu’il prend conscience de l’ambivalence de son identité, qui alimentera sa démarche artistique.

Comme une énigme à déchiffrer

Sa série Warawar Wawa (Le Fils des Étoiles en aymara, ndlr) revisite le livre d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, conte philosophique indémodable datant de 1943. « Je recontextualise cette histoire dans les paysages quasi extraterrestres des Andes où l’enfant, personnage principal, porte un maillot du FC Barcelone », introduit le photographe. Surjouant des symboles, mariant avec malice ancestral et moderne, natif et étranger, River Claure nous mène dans un jeu de piste où chaque image devient une énigme à déchiffrer. Ici, on suit Warawar Wawa cherchant sa rose, unique et bien-aimée, parmi celles fleurissant des tresses des cholitas. Puis on tombe sur un mouton, non pas dessiné mais marqué d’un rouge sang, évocateur de quelques rites sacrificiels. Avant de rencontrer un Yatiri andin, guide spirituel lisant l’avenir dans un casque de réalité virtuel. « Le Petit Prince m’a permis de jouer, de faire allusion à l’enfance, de produire plus formellement des images chaleureuses et colorées. Ce projet est mon voyage à travers ces territoires imaginaires », confie-t-il.

© River Claure

Une remise en question du white gaze

Le photographe puise son inspiration dans ses racines tout en jouant avec les codes de la culture occidentale et capitaliste, qui infuse la société bolivienne depuis la colonisation du continent. Ce concept de syncrétisme porte un nom en aymara, « chi’xi », qui peut se traduire par « gris », bien qu’il s’agisse plus d’une couleur indéterminée faisant référence à une technique de tissage où deux coloris s’assemblent en donnant l’illusion d’en créer un troisième. « Silvia Rivera Cusicanqui a été la première à utiliser ce concept en sociologie culturelle. Elle parle de cultures contradictoires, mais en même temps complémentaires, et c’est ce qui m’intéresse, le bigarré, les choses qui coexistent au même endroit, au même moment, mais qui sont disparates », explique River Claure. Sa démarche s’inscrit parfaitement dans les débats de notre époque, où la remise en question du white gaze et la réappropriation par les communautés en marge de leurs propres récits, est devenue primordiale. Il revendique une photographie bolivienne sur la Bolivie, à contre-courant des images ethnologiques ou exotisantes qui fleurissent sur les réseaux.

© River Claure

© River Claure

© River Claure

© River Claure

© River Claure
© River Claure

© River Claure
À lire aussi
Focus #48 : Juan Brenner et les différents assauts du colonialisme
05:50
Focus #48 : Juan Brenner et les différents assauts du colonialisme
C’est l’heure du rendez-vous Focus ! Cette semaine, Juan Brenner s’intéresse à la manière dont les invasions passées – comme présentes –…
24 mai 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Héroes del Brillo : Federico Estol et le contrepied des super héros
© Federico Estol
Héroes del Brillo : Federico Estol et le contrepied des super héros
En Bolivie, dans les rues agitées de La Paz, se cachent d’étranges personnages. Leurs visages cachés par des masques ou des cagoules, ils…
16 novembre 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas

Explorez
Flore Prebay : Ce qui s'efface, ce qui demeure
© Flore Prebay
Flore Prebay : Ce qui s’efface, ce qui demeure
Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie...
22 janvier 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
© Marie Docher
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
Ce lundi 19 janvier, le jury du prix Swiss Life à 4 mains, qui associe photographie et musique, s’est réuni pour élire le duo lauréat de...
21 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
00/00/0000 - 00:00, de la série (Ni) Non © Ninon Boissaye
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
Ninon Boissaye et Guillaume Millet, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à des sujets engagés et à des moments de flottement....
19 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
© Martin Parr
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
Au Jeu de Paume, du 30 janvier au 24 mai 2026, deux expositions majeures de photographie interrogent la manière dont l’image rend compte...
17 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Flore Prebay : Ce qui s'efface, ce qui demeure
© Flore Prebay
Flore Prebay : Ce qui s’efface, ce qui demeure
Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie...
22 janvier 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Retour sur la première saison des 7 à 9 de Chanel au Jeu de Paume
© Sarah Moon
Retour sur la première saison des 7 à 9 de Chanel au Jeu de Paume
Nouveau rendez-vous incontournable du Jeu de Paume, le 7 à 9 de Chanel permet à des artistes de renom de parler de la création des images...
21 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
© Marie Docher
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
Ce lundi 19 janvier, le jury du prix Swiss Life à 4 mains, qui associe photographie et musique, s’est réuni pour élire le duo lauréat de...
21 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Morphogenèse : carte blanche du Fresnoy au Théâtre Nanterre-Amandiers
© Momoko Seto, Planet A, film, 8 min, 2008, Production Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains
Morphogenèse : carte blanche du Fresnoy au Théâtre Nanterre-Amandiers
Rénové et rouvert en décembre 2025, le Théâtre Nanterre-Amandiers inaugure sa nouvelle saison en offrant une carte blanche au...
20 janvier 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen