La photographie déconstruite de Dune Varela

11 juillet 2017   •  
Écrit par Eric Karsenty
La photographie déconstruite de Dune Varela

Dune Varela est la 6e et dernière lauréate de la résidence BMW a avoir séjourné au musée Nicéphore Niépce, à Chalon-sur-Saône. Son travail, exposé aux Rencontres d’Arles tout l’été, interroge la représentation du paysage en photographie en même temps que la matérialité des images.

Il n’est pas anodin de noter que l’exposition de Dune Varela, Toujours le soleil, soit présentée au cloitre Saint-Trophime, un monument du 12e siècle de la cité arlésienne. En effet, les images qu’elle nous propose empruntent largement à l’iconographie archéologique de monuments antiques. Grottes, temples et ruines sont ainsi très présents dans cette exposition iconoclaste où l’artiste déchire, coupe, casse et détruit les images qu’elle nous donne à voir. « Je crois que ce que j’ai cherché à détruire, à déconstruire, c’est une forme de représentation du beau, du formel », analyse l’artiste dans un entretien publié dans le catalogue de l’exposition (éditions Trocadéro).

© Dune Varela

© Dune Varela

Plâtre, verre et céramique

Dune Varela s’est ainsi emparé d’images provenant de plusieurs sources : celles de la collection du musée Nicéphore Niépce – où se sont déroulées les cinq premières éditions de la résidence BMW –, des clichés collectés sur Internet, et des photos de temples en Sicile prises par l’artiste elle-même. Des photos qui ont ensuite été imprimées sur différentes matières : papier, plâtre, verre, céramique, métal… dont l’intégrité a été violemment malmenée. « Dune Varela fait le deuil de la représentation du sacré. (…) S’attaquer aux formes essentielles, à la grande Histoire, à cet univers des formes jamais remis en cause, satisfait le désir de se délivrer des pesanteurs héritées, explique François Cheval, ex-directeur du musée qui signe le commissariat de l’exposition. La vérité photographique n’est plus dans la prise de vue, mais dans son appropriation. »

© Dune Varela
© Dune Varela
© Dune Varela
© Dune Varela

© Dune Varela

Les codes de l’archéologie

« En multipliant les formats, les supports et les matières utilisées, je questionne la matérialité de l’image et sa forme de représentation,

déclare l’artiste. C’est aussi une manière d’interroger l’idée de pérennité, de plasticité et de bi-dimensionnalité de la photographie et d’utiliser ensuite dans un dispositif d’exposition les codes de l’archéologie. » Et c’est bien là tout le paradoxe de ce travail qui pose de vraies questions sur la nature de l’image tout en affirmant sa vulnérabilité jusqu’à sa disparition. « Ce travail parle de la destruction, de la disparition. (…) Il s’agit de la destruction de notre société occidentale, de notre idée de démocratie. (…) Je parle surtout de mon inquiétude, de cette dichotomie moderne qui consiste à vouloir conserver des morceaux du monde tout en le détruisant », conclut Dune Varela. Son exposition est présentée à Arles, au Cloître Saint-Trophime jusqu’au 24 septembre prochain.

Explorez
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La Martinique (re)générée de Jordan Beal
© Jordan Beal
La Martinique (re)générée de Jordan Beal
Avec Linéaments, Jordan Beal dévoile une Martinique générée par l'IA. Travaillant à partir d'images existantes, il explore un territoire...
19 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
La nuit américaine racontée par Laila Hida
Sange Khara, 2025 © Laila Hida
La nuit américaine racontée par Laila Hida
"Comment renouveler les imaginaires stéréotypés par l’art, l’histoire et le cinéma ?" C’est à cette question que Laila Hida tente de...
18 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
© Anne-Lise Broyer
Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? : Anne-Lise Broyer
Sur les traces des déplacements de populations, des fractures et de l'histoire antique, Anne-Lise Broyer dépose son regard. Un travail...
17 juillet 2026   •  
Écrit par Thomas Andrei
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
©Ryan-McGinley-Dakota-Hair
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
Jusqu'au 27 septembre, le Jeu de Paume ouvre ses portes à la collection de Sir Elton John et David Furnish. L'exposition, intitulée...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand