Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes

29 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes
© Andrea Orejarena
Image de Lune
© Andrea Orejarena

Voyage féministe et poétique, I love you like the moon est un récit lunaire dont les héroïnes récoltent l’énergie. Une manière pour sa créatrice, la photographe Andrea Orejarena, de souligner la singularité du regard féminin qu’elle admire tant.

Silhouettes fantomatiques, paysages rocheux, voie lactée, pierres courbées… « I love you like the moon se nourrit du réalisme magique pour représenter la relation entre la lune et la femme, et la manière dont cette connexion se manifeste », affirme Andrea Orejarena. Dans ses réalisations, l’artiste d’origine colombienne croise volontiers photographie, vidéo, installation, danse et performance pour donner vie à un regard féminin qu’elle ne cesse de rechercher dans son quotidien. Un regard qu’elle trouve dans les rituels et la mythologie, à la lisière du réel, là où l’imaginaire s’immisce pour venir déranger notre vision.

Au cœur de cette série, une volonté : révéler cette énergie particulière à l’heure où « le climat politique actuel pèse sur toutes les femmes, qu’elles soient cis, trans ou non-binaires », en orchestrant « une fuite vers la lune […], cet astre lié aux femmes depuis des siècles, comme un acte collectif de résistance », explique la photographe.

Une femme penchée en arrière
© Andrea Orejarena
Lune bleue
© Andrea Orejarena
Une femme nue de dos
© Andrea Orejarena

Un regard alternatif

Hors de tout cadre réaliste, I love you like the moon croise création visuelle et images d’archive, autoportraits et photographies d’amies, phases lunaires et marées, animaux nocturnes, fleurs pollinisées et plantes chères aux rituels pour composer une errance intuitive, loin de tout rapport de domination. Car, dans la mémoire collective, la Lune est également synonyme de conquête spatiale, d’une course à la domination masculine en temps de guerres. « J’y apporte un contrepoint féminin », affirme Andrea Orejanera. 

Un regard alternatif venant contrebalancer l’idée préconçue d’un médium que l’artiste considère, aussi, forgé par les hommes. « Je me souviendrai toujours d’une interview de Dayanita Singh dans laquelle elle se remémorait son premier jour de cours à l’ICP [International Center of Photography, à New York, ndlr]. Elle était arrivée vêtue du fameux gilet des photographes : c’était un boys club et il fallait qu’elle s’y intègre, raconte l’artiste. Ce n’est que plus tard qu’elle a réalisé que, peu importe ce qu’elle ferait, elle ne serait jamais acceptée. »

Loin des carcans du male gaze

Alors, plutôt que de se conformer, Andra Orejanera s’émancipe. Dans le monde qu’elle construit, les corps, l’espace et les minéraux s’entremêlent, les femmes existent, à la fois seules et réunies, dans cet espace hors-sol où les horizons s’arrondissent ou bien tournent sur eux-mêmes comme pour nous garder, un peu plus longtemps encore, dans cet aparté. Il y a une forme de transe, dans ces images, un rapport au mouvement – cycle lunaire ou simple élan – qui évoque une chorégraphie. « Ce sont mes amies qui m’inspirent : j’ai dansé avec beaucoup d’entre elles et je suis particulièrement sensible à la manière dont les gens s’expriment en bougeant », confie la photographe. 

Une sensibilité par-delà le visible à laquelle elle ne cesse de revenir : car c’est bien là, loin des carcans imposés par le male gaze et immergé, à la place dans une énergie diffuse, que se construit son voyage spatial, féministe et mystique.

Une femme nue allongée
© Andrea Orejarena
Une femme avec des pierres sur le corps
© Andrea Orejarena
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