
Avec Les Nuits ouvertes, Lena Maria s’immerge dans une nature vibrante colorée d’ocres et d’argiles. À la lumière de la lune, elle révèle des connexions entre les êtres en s’affranchissant de toute hiérarchie.
La course d’un cerf, celle d’un renard, le ruissellement d’une cascade et le vent qui s’infiltre entre les branches pour faire chanter les feuillages. Dans Les Nuits ouvertes, c’est un hymne à la nature que compose Lena Maria. La photographe, venue de Perpignan, vit aujourd’hui dans les contreforts du Vercors, où elle imagine des récits immersifs dans un environnement sauvage inaltéré par l’humain. De ses mythologies visuelles émerge un monde au sensoriel exalté, où les corps, les membres, les éléments s’unissent dans un tout organique. « Pour moi, cela passe par un lien à la terre, l’eau, le feu, l’air, à l’espace, et à tous les êtres vivants. Ça passe par la marche, la contemplation, l’ancrage, l’observation naturaliste, l’attente, l’errance. Ça demande de creuser la notion de disponibilité et d’écoute, de ralentir et se caler sur le rythme des saisons. Sans ce préalable, je ne fais pas d’image », confie la photographe.


Des couleurs qui convoquent le vivant
S’affranchissant de toute lecture spéciste de son environnement, Lena Maria fait vibrer, à travers ses expérimentations, l’essence même de ce qui l’entoure. En postproduction, elle rehausse ses clichés de tonalités cuivrées, argentées, oxydées – autant de nuances qui lui permettent de convoquer le vivant. « Je cherche les couleurs du sol, celles des espaces subaquatiques, de l’altération, de la métamorphose. Ma palette est constituée d’ocres, de sanguines et d’argiles », précise-t-elle. De ces tons surgissent la sensation des pierres sous nos pas, le poil dru du cerf qui s’enfuit, la fragrance des plantes et celle, plus rugueuse, du feu. Un terrain propice à une narration millénaire, métaphorique et mystérieuse : celle venue des mythologies, que la photographe se réapproprie en s’inspirant notamment librement des Métamorphoses d’Ovide.
Une errance écoféministe
Dans les créations de Lena Maria, il n’y a pas de cheminement précis, pas de parcours inscrit, mais plutôt une invitation à se perdre entre deux mondes, deux états, à s’abreuver d’allégories, à laisser la nuit, ce « lieu de l’indéterminé » nous posséder. « Les choses et les êtres y prennent d’autres formes. Les bêtes sortent. C’est l’espace des non-humain·es, des invisibilisé·es », explique l’artiste. En filigrane, Lena Maria fait de sa série un territoire propice au déplacement, à la relecture. Portée par le mouvement écoféministe, elle y creuse une tanière de feuillages fous aux ombres animales et aux lueurs astrales et nous propose de s’y coucher pour questionner, avec elle, « les connexions existantes entre la domination des hommes sur la nature et celles qu’ils exercent sur les femmes ». « Je crois profondément que nous ne sommes pas des êtres hors-sol, coupé·es du monde. Je sens intensément ces circulations d’échanges. Tout est relié. Le propos de mon travail est d’explorer cette notion », conclut-elle.






