Architectes spatiaux

24 octobre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Architectes spatiaux
Exposition Back to Dust de Marguerite Bornhauser (2023), scénographie de Bigtime Studio © Marguerite Bornhauser
Vue de l'exposition Mars on Earth de Matjaž Tančič au festival Circulation(s)
Exposition Mars on Earth de Matjaž Tančič au festival Circulation(s) (2023), scénographie de Bigtime Studio © Florian Bouziges

Mises en scène spectaculaires, enrichissements visuels, sonores, voire tactiles… Les scénographes contribuent à donner aux œuvres exposées une tout autre dimension, et à offrir au public une expérience plus immersive. Jimme Cloo, Dany Gandon et Jean-Christophe Ponce reviennent sur leur métier, où l’imaginaire tient un rôle clé.

« Le métier de scénographe fait partie de ceux qui ont beaucoup évolué ces dernières années, avec le décloisonnement des fonctions attribuées aux créateurs·rice·s, et c’est quelque chose de très positif. Nous nous situons au croisement de beaucoup de corps de métiers, et bien que nous ne remplacions aucun·e spécialiste, il faut connaître les professions avec lesquelles nous collaborons pour que les projets imaginés soient réalistes et réalisables. C’est un travail d’équipe qui colle d’ailleurs bien à ma personnalité », explique Jimme Cloo. Cofondateur de Bigtime Studio avec Marion Flament, le scénographe a ainsi vu son activité se transformer en à peine une décennie. Désormais, il ne s’agit plus seulement d’agencer des œuvres de manière lisible et esthétique, mais bien de prolonger le récit défendu par les artistes et les commissaires, de parvenir à une combinaison qui va de soi, sans tomber dans le simple décor ou l’illustration. « Nous devons porter un propos dramatique, poétique, scientifique, historique, et le mettre en images, en espace. On a tendance à dire que nous sommes le premier outil de médiation d’une exposition ou même d’un spectacle. Nous façonnons la première vision que le public va avoir, et il faut qu’elle capte son attention. Cela nous oblige à ce que la scénographie devienne évidente. Notre métier est important pour la transmission, mais il doit s’effacer : une bonne scénographie est celle qui ne se voit pas mais qui se ressent », assure Jean-Christophe Ponce, qui forme le duo Scénorama, établi à Lyon, avec Dany Gandon.

Parcours permanent du musée Albert Kahn, à Boulogne-Billancourt
Parcours permanent du musée Albert Kahn, à Boulogne-Billancourt (92), scénographie de Scénorama (Dany Gandon et Jean-Christophe Ponce) © Julia Brechler

Conférer une autre dimension aux clichés

Ces architectes au service de l’émotion doivent tout d’abord mener un travail de recherche sur la thématique, sur ce qui a été fait et ce qui se fait aujourd’hui. Cette entreprise se nourrit des discussions avec les artistes, les commissaires et le comité artistique. « En tenant compte du lieu, du budget et des délais, on commence par faire une proposition assez globale avec croquis, images de référence et dessins 3D de principe. Selon les projets, la maquette reste le meilleur moyen de se projeter dans un espace. Elle facilite les échanges », indique Jimme Cloo avant de poursuivre : « Collaborer avec des photographes est toujours passionnant. J’ai l’impression que la scénographie offre la possibilité de raconter un peu plus que ce qui est visible dans les tirages présentés. On peut s’inspirer des couleurs et des formes, tenter de retranscrire une atmosphère, ou aller jusqu’à symboliser le hors champ de l’image. Une matière peut aussi devenir un support. Je pense, par exemple, au sable noir utilisé pour Back to Dust de Marguerite Bornhauser, qui permettait de créer un lien visuel entre les photographies et l’espace de monstration. » Cette exposition, qui s’est tenue au musée départemental Arles antique dans le cadre des Rencontres d’Arles 2023, misait effectivement sur l’ambiance, de même que sur les jeux d’échelles. L’artiste se sert elle-même de ce dernier procédé dans ses compositions, qui dévoilent des fragments de décors et de peintures, de quelques centimètres seulement, issus de fouilles. Dès leur entrée dans une vaste salle, les visiteurs étaient ainsi plongés dans une obscurité sourde, comme s’ils étaient dans l’espace, et découvraient des œuvres semblables à des étoiles, installées du sol au plafond. Le sable noir évoqué faisait quant à lui écho à celui contenu dans les caisses où les archéologues conservent les morceaux d’enduits peints, tandis que des percées dans les murs rappelaient les lamelles de microscope des scientifiques. Les mises en scène que Jimme Cloo a réalisées avec le collectif Fetart pour le festival Circulation(s) témoignent tout autant de cette envie de conférer une autre dimension aux clichés. Souvent expressives et marquantes, elles sont faites de papiers peints colorés qui structurent les espaces, jouent avec les cimaises, les lumières et les différents supports, parfois interactifs.

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #67.

À lire aussi
Retour à la poussière : les ruines cosmiques de Marguerite Bornhauser étincellent aux Rencontres d’Arles
Retour à la poussière [Back to dust] © Marguerite Bornhauser
Retour à la poussière : les ruines cosmiques de Marguerite Bornhauser étincellent aux Rencontres d’Arles
Au Musée départemental Arles antique, Marguerite Bornhauser convoque un cosmos hors du temps, inspiré par les fragments d’histoire…
25 août 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Voyage « autour du monde » dans les pas d’Albert Kahn
Voyage « autour du monde » dans les pas d’Albert Kahn
Du 2 avril au 13 novembre 2022, le musée départemental Albert-Kahn accueille Autour du Monde, la traversée des images d’Albert Kahn à…
01 avril 2022   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Jusqu'au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney...
04 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
© David Salcedo
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres...
02 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
© Aliocha Boi et Daphné Lejeune
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
Réalisé en partenariat avec Fisheye, Résonances, un bel ouvrage, célèbre le savoir-faire, de plus de 260 ans, de la Maison Baccarat et sa...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
This is my house, New York, 1997 © David LaChapelle
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
Jusqu'au 4 octobre 2026, le festival Portrait(s) investit la ville de Vichy pour sa quatorzième édition. Cette année, le photographe...
25 juin 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé ce jeudi 9 juillet, à...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen