« Blue Diamond » : quels océans sommes-nous ?

25 avril 2023   •  
Écrit par Milena III
« Blue Diamond » : quels océans sommes-nous ?

Dans le cadre des Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort, nous avons eu l’occasion de rencontrer Rachele Maistrello, dont l’exposition Blue Diamond se tient jusqu’au 27 mai au Pavillon Grappelli. Un travail futuriste, où la science peut devenir un outil intérieur et méditatif.

« Si vous voulez découvrir les secrets de l’univers, pensez en termes de vibrations. » Le cœur de Blue Diamond se raconte en ces quelques mots, prononcés par une narratrice secrète, dans une vidéo faisant partie intégrante du projet. Deuxième volet d’une saga de science-fiction, celui-ci conte les recherches scientifiques et éthiques de Gao Yue – personnage entièrement fictif – , un plongeur apnéiste et chercheur qui développe un lien profond avec certains cétacés dans les profondeurs océaniques. Présentée aux Rencontres de Niort, l’œuvre de la jeune artiste italienne Rachele Maistrello se découvre dans un bel édifice de la ville, le Pavillon Grappelli.

Une vidéo, une archive historique fictive composée de tirages argentiques, mais aussi de reproductions de lettres et de documents des années 1970, composent les pièces d’une narration qu’elle souhaite « poétique et rhizomatique ». Un travail fascinant, vibrant, inspiré de découvertes biologiques réelles. Et qui lui a valu d’être exposé dans diverses institutions du monde, entre 2021 et 2022. Tout au long de notre parcours, il n’est pas toujours aisé de savoir ce qui relève du mensonge ou de la vérité. C’est finalement aux visiteurices qu’il revient d’en décider. En ce sens, il s’agit d’un travail qui ment à merveille. La photographie devient un outil, afin de concevoir une science-fiction tout à fait crédible.

© Rachele Maistrello

Alchimie méditative

Le projet Blue Diamond est parti d’un désir : trouver une manière de faire parler les créatures océaniques. Traduire visuellement quelque chose qui ne peut pas être entendu, c’est-à-dire une série d’ultrasons. Pour y parvenir, Rachele Maistrello a enregistré ceux des dauphins de la mer Ionienne, située dans le sud-est de l’Italie. Elle a ensuite tenté de les faire résonner dans le sable, qui s’est mis à vibrer. Ce qu’il reste de cette expérience ? Huit tirages au sel d’argent qui, bien qu’abstraits, figent les dessins formés par ces vibrations. Et donnent ainsi à percevoir un langage invisible, qu’elle fait passer pour une archive scientifique. « Cela fait écho à une nouvelle manière qu’ont les scientifiques de tenter de communiquer avec les animaux, en utilisant des formes », explique-t-elle. Un travail engagé, proche des réflexions actuelles sur l’écologie et la cohabitation avec le vivant.

Avec Rachele Maistrello, la photographie révèle des possibilités. Elle se fait alchimie. Car à partir de ces bases réelles, elle choisit de construire une histoire imaginaire, résonnant intimement avec ses convictions profondes. À travers les recherches qu’il mène sur l’océan et sur son propre corps en apnée, le personnage de Gao Yue explore les limites et la complexité de son moi profond. Dans l’eau, tandis qu’il s’essouffle, son corps se modifie. Le contact avec le monde marin lui fait découvrir un état quasi méditatif, proche des perceptions vécues dans le ventre maternel. C’est ce retour à l’origine, à l’océan, qu’explore Blue Diamond. « De plus en plus immergé·es dans un état d’hyper-productivité, nous avons oublié notre nature d’être vivant, assure-t-elle. Nous l’avons supprimée. Et l’acceptation de notre composante biologique profonde, est devenue de plus en plus intolérable. Dans ce travail, j’étudie ces besoins fondamentaux. Je donne de l’espace au vide, pour qu’il s’adresse à notre être au plus profond de lui. » Le médium photographique permet à l’artiste de figurer cet océan qui se trouve à l’extérieur, et à l’intérieur de nous. Et de faire voir le silence – ce même silence que la méditation vient chercher à travers le corps.

© Rachele Maistrello

© Rachele Maistrello© Rachele Maistrello
© Rachele Maistrello / Courtesy of the artist and Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort© Rachele Maistrello / Courtesy of the artist and Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort

© Rachele Maistrello

© Rachele Maistrello© Rachele Maistrello
© Rachele Maistrello© Rachele Maistrello
© Rachele Maistrello© Rachele Maistrello

© Rachele Maistrello

Explorez
A Lost Place : Aletheia Casey évoque le traumatisme des feux australiens
© Aletheia Casey
A Lost Place : Aletheia Casey évoque le traumatisme des feux australiens
À travers A Lost Place, Aletheia Casey matérialise des souvenirs traumatiques avec émotion. Résultant de cinq années de travail...
21 février 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Année de la mer : 16 séries photographiques qui vous immergent au cœur du monde marin
© Stephanie O'Connor
Année de la mer : 16 séries photographiques qui vous immergent au cœur du monde marin
En 2025, la France célèbre la mer dans l’objectif de sensibiliser les populations aux enjeux qui découlent de ces territoires. À...
19 février 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Pierre Rahier capture sa vallée et sa famille dans un mutisme tendre
© Pierre Rahier. Le silence de la vallée
Pierre Rahier capture sa vallée et sa famille dans un mutisme tendre
Depuis près de dix ans, à travers sa série Le Silence de la vallée, Pierre Rahier documente son environnement familial dans une vallée...
18 février 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Jeu de Paume : Paysages mouvants, terrain de nos récits personnels et collectifs
The Scylla/Charybdis Temporal Rift Paradox 2025. Installation : soieries, bras robotisé, vidéo, lumières leds et Uvs (détail). © Mounir Ayache
Jeu de Paume : Paysages mouvants, terrain de nos récits personnels et collectifs
Jusqu’au 23 mars 2025, le Jeu de Paume accueille la deuxième édition de son festival dédié aux images contemporaines : Paysages mouvants....
11 février 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Wes Anderson à la Cinémathèque : quand le cinéma devient photographie
Kara Hayward dans Moonrise Kingdom (2012), image tirée du film © DR
Wes Anderson à la Cinémathèque : quand le cinéma devient photographie
L'univers de Wes Anderson s'apparente à une galerie d'images où chaque plan pourrait figurer dans une exposition. Cela tombe à pic : du...
22 février 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
A Lost Place : Aletheia Casey évoque le traumatisme des feux australiens
© Aletheia Casey
A Lost Place : Aletheia Casey évoque le traumatisme des feux australiens
À travers A Lost Place, Aletheia Casey matérialise des souvenirs traumatiques avec émotion. Résultant de cinq années de travail...
21 février 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Javier Ruiz au rythme de Chungking
© Javier Ruiz
Javier Ruiz au rythme de Chungking
Avec sa série Hong Kong, Javier Ruiz dresse le portrait d’une ville faite d’oxymores. Naviguant à travers le Chungking Mansions et les...
21 février 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Karim Kal : paysages nocturnes de la Haute Kabylie
© Karim Kal
Karim Kal : paysages nocturnes de la Haute Kabylie
Le photographe franco-algérien Karim Kal a remporté le prix HCB 2023 pour son projet Haute Kabylie. Son exposition Mons Ferratus sera...
20 février 2025   •  
Écrit par Costanza Spina