BMW ART MAKERS : Raphaëlle Peria et Fanny Robin révèlent la nature qui disparaît

11 avril 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
BMW ART MAKERS : Raphaëlle Peria et Fanny Robin révèlent la nature qui disparaît
Raphaëlle Peria, Arpenter le passé, grattage sur impression sur papier cuivré, 40x60cm, 2025 © Raphaëlle Peria / BMW ART MAKERS
Une petite embarcation rouge sur le canal du Midi
Raphaëlle Peria, Cueillir les murmures, grattage sur photographie, 60x90cm, 2025 © Raphaëlle Peria / BMW ART MAKERS

Raphaëlle Peria et Fanny Robin, l’artiste et la curatrice lauréates de la quatrième édition du BMW ART MAKERS, ont ouvert les portes de leur atelier pour dévoiler les premières images de Traversée du fragment manquant. Une fois achevée, la série sera exposée tout l’été aux Rencontres d’Arles avant d’être présentée à Paris Photo à l’automne.

Ce mardi 8 avril, Raphaëlle Peria nous a accueillis à Poush, à Aubervilliers. Il est rare que l’artiste-plasticienne ouvre les portes de son atelier. Même sa galeriste, Claudine Papillon, ne peut s’y rendre que peu souvent, indique-t-elle en riant. Seulement, cette journée s’avère particulière, car elle dévoile les premières œuvres de Traversée du fragment manquant à la presse. Au total, une vingtaine de pièces sera exposée entre juillet et novembre. Cette série est née dans le cadre de la quatrième édition du BMW ART MAKERS, qu’elle a remportée, il y a quelques mois, en duo avec la curatrice Fanny Robin. Comme le veut le programme de mécénat dédié aux arts visuels et à l’image contemporaine, le projet primé résulte d’une expérimentation qui croise les approches et les regards. Au cœur des compositions se trouvent des problématiques actuelles. Ici, il s’agit « d’un moment de bascule de notre écosystème », explique-t-elle. 

Des réminiscences qui traversent les œuvres

Traversée du fragment manquant prend racine dans le canal du Midi, là où se trouve l’un des plus anciens souvenirs de Raphaëlle Peria. Celui-ci remonte à l’enfance, quand elle jouait à bord de la péniche sur laquelle vivait son père. L’intérieur du bateau se reflétait sur la vitre qui donnait sur les platanes qui stabilisent les berges. À cause d’un champignon microscopique qui entraîne leur dépérissement, les arbres, vieux de deux siècles, vont bientôt disparaître. Puisqu’aucun traitement ne peut les sauver, ils seront remplacés par d’autres espèces. Le site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est donc voué à se transformer. Cette réalité a inspiré un projet autour de la mémoire à l’artiste. À cet effet, elle entremêle des tirages issus de ses archives familiales à des photographies qu’elle a réalisées sur place, trente ans plus tard. Les images sont ensuite retravaillées avec une technique de grattage avec laquelle elle s’est familiarisée lorsqu’elle étudiait aux beaux-arts. C’est la première fois que son corpus inclut des clichés qui ne sont pas les siens.

Sur les établis, dans l’intimité de l’atelier, se découvrent ainsi ces éléments constitutifs. Un album de famille, rempli d’images prises par son père et son grand-père où elle apparaît enfant, côtoie des recueils de poésie, des carnets, des ébauches et des outils de gravure sur bois ou sur cuivre. Nous retrouvons même du matériel de dentiste qui rappelle la profession de sa mère. Les réminiscences du passé semblent traverser les œuvres. La surface de chacune d’elles a été grattée. Le feuillage et les troncs se parent de motifs immaculés. « Pour l’historien de l’art Michel Pastoureau, le blanc est la couleur de l’oubli », souligne-t-elle. Ce procédé lui permet de révéler ce qui disparaît, mais également de générer un relief, un soulèvement de la matière qui donne à voir le bruissement de la nature. Certaines compositions utilisent du papier cuivré qui rappelle les taches de la même couleur qui abîment les platanes malades. L’ensemble éveille les sens. Nous aurions envie de toucher ces créations délicates afin de mieux les éprouver. Aux Rencontres d’Arles, puis à Paris Photo, elles prendront place sur des plaques transparentes qui évoqueront la vitre du bateau qui a bercé sa jeunesse. Un jeu sur les différentes échelles s’imposera comme un moyen d’insuffler des moments de respiration ou une pause contemplative qui ravira, sans aucun doute, celles et ceux qui arpenteront le festival ou la foire internationale.

Des enfants à bord d'une péniche sur le canal du Midi
Raphaëlle Peria, Le reflet de ce qu’il reste, feuille de cuivre et grattage sur photographie, 40x60cm, 2025, courtesy Galerie Papillon © Raphaëlle Peria / ADAGP
À lire aussi
BMW ART MAKERS : les dégradés célestes de Mustapha Azeroual et Marjolaine Lévy
© Mustapha Azeroual / BMW ART MAKERS
BMW ART MAKERS : les dégradés célestes de Mustapha Azeroual et Marjolaine Lévy
Le programme BMW ART MAKERS, initiative de soutien à la création, accueille cette année le duo d’artiste/curatrice composé par Mustapha…
30 avril 2024   •  
Écrit par Milena III
BMW ART MAKERS : la Camargue rémanente d’Eva Nielsen et Marianne Derrien
BMW ART MAKERS : la Camargue rémanente d’Eva Nielsen et Marianne Derrien
Eva Nielsen et Marianne Derrien, l’artiste et la curatrice lauréates de la deuxième édition du Prix BMW ART MAKERS, ont ouvert les portes…
19 avril 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
© Leïla Macaire
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
Bleu comme désert est un projet photographique réalisé par Leïla Macaire dans les dunes du désert du Tassili n’Ajjer, en Algérie, qui...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
© Yasmina Benabderrahmane
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
Pour la 3e édition du festival Mondes en commun du musée départemental Albert-Kahn, ce sont onze photographes qui déploient leurs œuvres...
30 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Béatrice et la télévision, Poilley, 1973 © Madeleine de Sinéty
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Jusqu'au 27 septembre 2026, le musée du Jeu de Paume à Paris propose une exposition intitulée Une vie, dédiée à Madeleine de Sinéty....
13 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
© Magali Paulin, Pavillon de l’Indochine, construit pour l’Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne de 1907. Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont, Nogent-sur-Marne, juillet 2024, Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
Exposée dans le cadre des Rencontres d'Arles à l'Espace Monoprix, Magali Paulin remporte le prix du jury de la Fondation Louis Roederer...
12 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot