Exploration autour des couleurs de l’amour

Exploration autour des couleurs de l'amour
Aurore Vinot a photographié des couples mixtes de cinq pays différents. De ces rencontres et de leurs histoires, elle a tiré un projet photographique d’envergure: une réflexion sur les relations contemporaines.

Elle a voyagé dans cinq pays différents pour photographier leurs histoires: Aurore Vinot, 33 ans, a tiré plus de 100 portraits. C’est le projet “Makeda » (référence à l’histoire de la Reine de Saba et du roi Salomon d’Israël qui tombèrent amoureux malgré des origines  opposées). Ces gens, hommes et femmes, sont en couple. Leur particularité: ce sont des couples mixtes. Depuis 2012, ils font l’objet de son exploration autour de l’identité.

Comment assumer une relation amoureuse, s’y épanouir, quand elle peut aller à l’encontre de la réflexion sociale d’un pays et de son passé ? De ses géographies culturelles ? De ses préjugés ?  C’est ce qu’essaye de démêler la photographe, qui a dédié le premier volet de ce vaste récit à l’Algérie.

Makeda parle de racisme, d’appréhension et d’interdit.”

Dalila et Amine, Algérie, Projet Makeda / © Aurore Vinot
Dalila (Russie) et Amine (Algérie), Algérie, Projet Makeda / © Aurore Vinot
Dalila et Amine, Algérie, Projet Makeda / © Aurore Vinot
Algérie, Projet Makeda / © Aurore Vinot
Dalila et Amine, Algérie, Projet Makeda / © Aurore Vinot
Algérie, Projet Makeda / © Aurore Vinot

“Les Algériens sont très pudiques”

, raconte Aurore, “lors de mon premier voyage là-bas, je n’ai pas pu prendre d’images”. Elle essuie de nombreux refus. Mais le bouche-à-oreille et la persévérance suscitent un élan de curiosité en sa faveur. Car Aurore s’intéresse à des marginaux. Et “la marginalité dérange” autant qu’elle peut fasciner.

C’est le cas aussi en Afrique du Sud: Aurore se confronte malgré elle à une autre image de ce pays où elle a déjà vécu deux ans. L’apartheid y est toujours présent, “douloureusement influent”.

James et Manshil, Afrique du Sud, Projet Makeda / © Aurore Vinot
James (Sud Africain / Anglais) et Manshil (Sud Africain / Indien), Afrique du Sud, Projet Makeda / © Aurore Vinot
James et Manshil, Afrique du Sud, Projet Makeda / © Aurore Vinot
Afrique du Sud, Projet Makeda / © Aurore Vinot
James et Manshil, Afrique du Sud, Projet Makeda / © Aurore Vinot
Afrique du Sud, Projet Makeda / © Aurore Vinot

Elle ajoute: “Les gens que j’ai rencontré sont très courageux et très déterminés”. Explorer la mixité, c’est pour elle un moyen d’observer “ces parcours, ces facettes de la société tellement riches.”

Ce que le travail d’Aurore met en valeur, c’est la spontanéité de ces histoires opposées qui ce sont accordées malgré les qu’en-dira-t-on: “Ils tombent amoureux, ça leur tombe sur la gueule et ils n’ont pas le choix !” Finalement Makeda, c’est l’harmonie des antagonismes jusque dans la forme.  Car pour illustrer un sujet très actuel, Aurore présente des portraits en noir et blanc, dans un style très académique:

“Je ne vois pas les choses de la même façon en couleur. »

Aurore-vinot-fanny-fiacre-congo-makeda-fisheyelemag-4

La jeune femme, qui a travaillé comme chargée de projets à Magnum, est bercée par “une tradition du photojournalisme à l’ancienne, dans la vaine humaniste”. C’est après avoir quitté l’agence qu’elle s’est mise à rêver de ce grand projet. L’idée a germé à Beyrouth. Et depuis 2012, “Makeda a rythmé [sa] vie”, entre les commandes corporate et quelques piges régulières en freelance pour gagner son pain.

Aujourd’hui, la photographe ambitionne d’exposer Makeda dans chaque pays où les photos ont été prises. Elle rêve aussi d’éditer un beau livre. Et surtout de repartir à l’assaut d’autres sujets, d’autres histoires à raconter.

Pour en savoir plus

> Le site d’Aurore: www.aurorevinot.com
> Le tumblr  du projet : photomakeda.tumblr.com
> Découvrez la chaîne YouTube du projet Makeda.

Illustration: Projet Makeda / © Aurore Vinot

Explorez
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Tassiana Aït-Tahar : "Uber et l'argent du beurre"
© Tassiana Aït-Tahar
Tassiana Aït-Tahar : « Uber et l’argent du beurre »
Le 27 mars 2026, l’artiste et photographe Tassiana Aït-Tahar publie Uber Life aux éditions Fisheye, un ouvrage immersif retraçant ses...
26 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 6 avril 2026 : d'autres mondes
© Lore Van Houte
Les images de la semaine du 6 avril 2026 : d’autres mondes
C'est l'heure du récap' ! Cette semaine, les nouvelles vont bon train, et notamment l'annonce de la programmation de la 57e édition des...
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Art Paris 2026, le printemps de l’art
© Sarfo Emmanuel Annor / The Bridge Gallery
Art Paris 2026, le printemps de l’art
Le très attendu rendez-vous de l’art contemporain a donné son coup d’envoi jeudi soir. Jusqu’à dimanche, 165 galeries présentent, sous la...
11 avril 2026   •  
Écrit par Jordane de Faÿ
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
© Auriane Kolodziej
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l'espace Molière jusqu'au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la...
10 avril 2026   •  
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté...
10 avril 2026   •