Le Fresnoy, école laboratoire d’images unique au monde

Le Fresnoy, école laboratoire d’images unique au monde
© Yue Cheng

Champignons bleus et fleurs
© Yue Cheng

IsabelleGaudefroy
Directrice du Fresnoy
« « La jeunesse et les artistes nous aident à appréhender cette complexité en nous ouvrant à d’autres mondes, d’autres façons de voir. » »

Vue de l'exposition Fata Morgana
© Yue Cheng

À l’heure où l’image se consomme en une fraction de seconde, que signifie « étudier l’art » ? Au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, deux regards se croisent : celui d’Isabelle Gaudefroy, qui prend la direction de l’établissement début 2026, et celui de Yue Cheng, artiste passée par l’ENSP avant d’entrer au Fresnoy. Un échange sur la nécessité de l’école, le passage de la photo au mouvement, et la quête d’une voix propre. Cet entretien est à lire en intégralité sur le dernier numéro de Fisheye.

Fabrice Laroche : Isabelle Gaudefroy, qu’est-ce qui vous a poussée à prendre la direction du Fresnoy aujourd’hui ?

Isabelle Gaudefroy : Le Fresnoy est une institution que j’ai toujours eue dans mon espace mental. Dès ma visite, en 1999, il m’est apparu comme un endroit de promesses, de tous les possibles. Il réunissait ce qui m’intéressait, c’est-à-dire l’accompagnement des artistes, la pluridisciplinarité, l’ouverture à l’international. C’était une sorte d’utopie et ça l’est resté. Quand j’ai appris le départ d’Alain Fleischer, postuler fut une évidence. Mon idée aujourd’hui n’est pas de tout changer, mais de travailler à l’expansion du lieu. Il faut faire connaître ses trois piliers : pédagogie, production et diffusion. Cela passe par une vraie saison culturelle, pour réancrer le Fresnoy sur son territoire tout en confirmant son ouverture au public international.

Yue Cheng, après vos années à l’ENSP d’Arles, pourquoi avez-vous ressenti le besoin d’aller au Fresnoy ?

Yue Cheng : Pendant mes études à Arles, je me suis toujours intéressée aux expérimentations. Je cherchais comment réaliser une hybridation de différents médias, j’essayais de pousser cette frontière entre les médiums. J’ai rencontré des artistes émergent·es diplômé·es qui m’ont encouragée, et c’est vraiment assez rare pour les jeunes artistes. On a du soutien technique, financier et surtout artistique. Une fois le cursus terminé, on intègre une communauté qui nous accompagne tout au long de notre parcours d’artiste.

Vient-on ici pour dompter des outils techniques ou pour débusquer une forme de vérité personnelle ?


IG : Ce qui compte, c’est que les artistes aient à disposition les technologies et un soutien artistique pour exprimer ce qu’ils ou elles ont à dire. Je suis partisane de la technologie minimale nécessaire. Sans céder à la fascination de la complexité, l’artiste doit trouver le juste médium pour son œuvre. C’est toujours la question du sens qui doit primer.

Yue Cheng, comment votre regard a-t-il changé en passant d’Arles au « laboratoire total » du Fresnoy ?


YC : Actuellement, mes projets s’apparentent plus à des productions digitales, mais l’approche photographique reste au centre de mon travail. J’ai essayé de mélanger les pratiques. Pour questionner ce que la photographie pourrait devenir. Par exemple, une installation, une structure ou une scénographie.

Isabelle Gaudefroy, comment envisagez-vous la photographie traditionnelle dans un lieu tourné vers le futur ?

IG : Selon moi, il n’y a aucune antinomie. C’est vraimentce que nous essayons d’instaurer : l’idée qu’il y a un continuum entre les médiums traditionnels et ceux qui s’appuient sur des technologies avancées. Garder cette possibilité de faire de la photographie argentique aussi bien que de l’art digital en immersion me paraît essentiel. C’est ce qui permet de ne pas formater les étudiant·es. Il y a un équipement photographique et cinématographique incroyable ici, et il faut absolument garder ce patrimoine de connaissances.

Est-ce qu’une image « vraie » est une preuve du réel ou une émotion que l’on construit avec la machine ?

IG : Quand une œuvre est réussie, elle nous pose desquestions plutôt que de nous apporter des réponses. Elle suscite une émotion qui peut être esthétique ou intellectuelle qui est transformative.

Face à l’immédiateté de l’IA, pourquoi un lieu comme cette école est-il indispensable ?

IG : On est dans un monde d’une grande complexité. Aujourd’hui, plus que jamais, l’art est essentiel. Le fait de continuer à former de jeunes gens qui inventent un univers créatif est fondamental. La jeunesse et les artistes nous aident à appréhender cette complexité en nous ouvrant à d’autres mondes, d’autres façons de voir.

Retrouvez en intégralité cet échange dans le Fisheye #75

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