Grace Land : Nick Prideaux transcrit son expérience de la perte

04 octobre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Grace Land : Nick Prideaux transcrit son expérience de la perte
© Nick Prideaux
Une femme à la tête recouverte d'un foulard transparent
© Nick Prideaux

Dans le cadre d’une résidence artistique à la Maison de la Chapelle, au cœur de la Provence, Nick Prideaux a imaginé Grace Land. À travers cet ouvrage, le photographe australien transcrit son expérience de la perte après que des inondations ont détruit la demeure dans laquelle il a grandi aux côtés de ses parents et ses sœurs.

« Tout ceci est basé sur un fait réel. Au cours de l’automne australien, en mars 2022, une inondation a touché ma ville natale, ainsi que la région environnante, sur la côte nord-est de la Nouvelle-Galles du Sud. Malheureusement, la maison dans laquelle j’ai grandi a été gravement endommagée. Ce fut une expérience d’autant plus traumatisante que, vivant à l’étranger depuis plusieurs années maintenant, c’est là-bas que je me sentais chez moi. Cette perte m’a profondément affecté. Il s’agissait d’une épreuve si difficile que j’ai voulu en tirer quelque chose de beau », raconte Nick Prideaux. À l’époque, le photographe australien souhaitait justement s’essayer à de nouvelles narrations, plus personnelles, afin de donner une autre impulsion à sa pratique. Ayant alors un sujet tout trouvé, il rejoint, quelques mois plus tard, la Maison de la Chapelle, en Provence, pour une résidence de dix jours. Au cœur de ce monastère du XIe siècle, il transformera cette expérience douloureuse en une série d’images baptisée Grace Land, en référence à un album de Paul Simon que ses parents écoutaient souvent lorsqu’il était enfant. En guise de modèles, il fera appel à des danseuses qui, à travers leurs mouvements, suggèrent les fluctuations des souvenirs.

Trois femmes se tiennent par les épaules sous une cascade
© Nick Prideaux
Ombre d'un arbre
© Nick Prideaux
Whooden Studios
102 pages
50 €

Des symboles que chacun peut appréhender

« Une grande partie de mon travail est centrée sur l’instant présent. Il s’agit de capturer ma vie dans ces petits moments fugaces. J’ai une relation difficile avec la nostalgie et la mémoire. Avant Grace Land, ce n’était pas des thèmes que j’abordais », relève Nick Prideaux. Derrière sa couverture épurée, faite de lin naturel, l’ouvrage se présente pourtant comme un éloge funèbre destiné à ceux qui restent. Il traduit leurs émotions, les pousse à les accepter pour essayer de tourner la page. Les compositions sont tiraillées entre douceur et violence. Le délicat voile d’organza étouffe les êtres comme il les protège. Le ruban de dentelle obstrue la vue quand il ne recouvre pas les blessures. Un couteau affûté joue les équilibristes sur une orange solaire. L’eau submerge les corps ou se répand dans une cage d’escalier en une fine vapeur. « Je voulais avoir ce sentiment de catastrophe imminente, d’asphyxie, comme si les murs se refermaient sur nous, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’ajouter de la beauté, ma petite touche personnelle, explique l’artiste. Comme je ne travaillais pas chez moi, en Australie, je me suis demandé comment j’allais m’y prendre, dans cette maison, située dans le sud de la France, dans laquelle je n’avais jamais mis les pieds. J’ai donc dû faire beaucoup de recherches pour trouver comment représenter une inondation et traduire ce sujet qui me semblait très intime, mais aussi très complexe. » À l’image, les états d’esprit ambivalents, la relation entre un frère et ses sœurs, et les lieux se transposent ainsi. Ils deviennent des symboles que chacun peut appréhender à sa façon.

Une femme a les oreilles bandées par un ruban de dentelle
© Nick Prideaux
Des fleurs blanches ayant pour vase un sac plastique transparent
© Nick Prideaux
De la vapeur dans une cage d'escalier
© Nick Prideaux
Un couteau affûté tient en équilibre sur une orange
© Nick Prideaux
Une femme flotte à la surface de l'eau
© Nick Prideaux
Un long voile tombe dans l'eau d'une piscine entourée de pierres.
© Nick Prideaux
À lire aussi
La lettre d’amour au temps présent de Nick Prideaux
La lettre d’amour au temps présent de Nick Prideaux
« On ne peut pas regarder directement le soleil, mais on peut trouver d’autres façons de le percevoir », souligne à juste titre Nick…
17 février 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Katrin Koenning et le deuil partagé du vivant
© Katrin Koenning, between the skin and sea / Courtesy of the artist and Chose Commune
Katrin Koenning et le deuil partagé du vivant
Photographe établie en Australie, Katrin Koenning signe between the skin and sea, un livre bouleversant paru chez Chose Commune en 2024….
27 mai 2025   •  
Écrit par Milena III
Explorez
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
© Virginia Morini
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
Jusqu’à début septembre, le festival Mesnographies dévoile un parcours photographique au cœur des problématiques actuelles : dérèglement...
10 juin 2026   •  
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les coups de cœur #584 : Daria Nazarova et WTNS
© Daria Nazarova
Les coups de cœur #584 : Daria Nazarova et WTNS
WNTS et Daria Nazarova, nos coups de cœur de la semaine, traitent de la représentation des corps et du mouvement. Toutes deux inspirées...
01 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
15 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
© Clara Watt
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images éveillent des réflexions profondes là où les mots font parfois défaut. En se...
14 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
12 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA