Lydia Goldblatt : Fugue, un œil à soi

24 mai 2024   •  
Écrit par Hugo Mangin
Lydia Goldblatt : Fugue, un œil à soi
©Lydia Goldblatt
© Lydia Goldblatt
© Lydia Goldblatt

Une fillette dans une tente transparente pose sous le regard de sa mère, invisible, qui la prend en photo.  Était-ce l’enfance ? La scène, dans un jardin anglais, pourrait être anodine, elle a en fait l’acuité d’une colère rentrée. Car Lydia Goldblatt parle des mères, de la sienne qu’elle a perdue, de celle qu’elle est devenue. De ce deuil enduré alors qu’elle était déjà parente et qui lui a remis l’appareil en main alors que la maternité l’en avait privé. Son livre Fugue, à paraître en juin 2024, montre ainsi ces enfants qu’on élève malgré tout et qu’on protège d’improbables tissus. « Je voulais être honnête sur ce avec quoi je luttais, sur les sentiments de claustrophobie et de rage, autant que sur l’intimité et l’amour. Ce sont des sensations si souvent cachées par les mères, si souvent réduites au silence comme étant inacceptables », précise l’artiste. Ici, une araignée git, enfermée dans la prison d’un verre vide. Là, les adultes s’effacent, reflets et ombres, tels les gardiens de l’obscurité du monde. La vie passe pourtant, flux de lumières capté par les peaux, par ses filles qu’elle photographie pendant quatre ans, corps constants, mais mutants d’une série qui fait l’objet d’un livre marquant. Y dialoguent la fixité des objets – tas de linge qu’il a fallu ranger, branches d’arbres noués – et la volatilité des formes organiques, bras, jambes peaux qu’une varicelle grêle, ou que l’âge étend, déforme, agrandit.  Puis des mots, un texte qui dit cela, obligation et fragilité, colère et doute. L’œil est léger, le propos à vif, l’émotion porte. Entre écriture de soi et œuvre familiale, Fugue offre ainsi le double sens d’un détachement à soi et d’une création collective, celui d’une parentalité paradoxale, endeuillée et vivante. « Je pense que j’ai une approche assez psychologique de la photographie. Je m’intéresse à l’expérience émotionnelle et j’essaie de comprendre le monde et les relations qui m’entourent. Le 8e art me permet de m’attaquer à ces idées, de relier l’interne au visuel, de questionner et de réfléchir sur ce qui est à la fois une expérience personnelle et partagée », conclut Lydia Goldblatt.

© Lydia Goldblatt
© Lydia Goldblatt

© Lydia Goldblatt

© Lydia Goldblatt
© Lydia Goldblatt
© Lydia Goldblatt
© Lydia Goldblatt
© Lydia Goldblatt

© Lydia Goldblatt
À lire aussi
Récit familial en deux temps
Récit familial en deux temps
Dans Je n’écris plus pour moi seule, la photographe française Lise Dua fait dialoguer les souvenirs de ses parents avec ses propres…
29 juin 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Allan Salas décline les métaphores du deuil
Allan Salas décline les métaphores du deuil
Bouleversé par deux tragédies familiales, Allan Salas s’est isolé au bord de mer, au contact de la nature. Là-bas, il construit The…
01 septembre 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
GOST Éditions
120 pages
55 euros

Explorez
Mia Hama et Yuji Tanno remportent le prix Zooms Japan 2026 !
© Mia Hama
Mia Hama et Yuji Tanno remportent le prix Zooms Japan 2026 !
Dans le cadre du Salon de la photo de Yokohama, ou CP+, deux artistes, Mia Hama et Yuji Tanno ont remportés le prix Zooms Japan 2026 et...
23 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Les images de la semaine du 16 février 2026 : de la mémoire réinventée
Image issue du court-métrage Rememory © Maru Kuleshova
Les images de la semaine du 16 février 2026 : de la mémoire réinventée
C’est l’heure du récap' ! Cette semaine, les images nous parlent de l’histoire, du temps qui passe et de ce qu’il dépose sur les esprits...
22 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les Corps élastiques : Lucie Pastureau et les expériences qui s’ancrent dans la chair
© Lucie Pastureau
Les Corps élastiques : Lucie Pastureau et les expériences qui s’ancrent dans la chair
L’Institut pour la photographie de Lille poursuit sa collaboration avec le Théâtre du Nord en y dévoilant Les Corps élastiques de Lucie...
20 février 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Margaux Fournier : Au bain des dames au bord de la vieillesse
© Margaux Fournier / "Au bain des dames"
Margaux Fournier : Au bain des dames au bord de la vieillesse
Avec Au bain des dames, nommé aux César 2026, Margaux Fournier réalise une fresque contemporaine d’un groupe d'amies retraitées...
19 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Chats, mémoire et groupe d’amies retraitées : nos coups de cœur photo de février 2026
Blank Verse © Maria Siorba
Chats, mémoire et groupe d’amies retraitées : nos coups de cœur photo de février 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Participez à ces 5 appels à candidatures et concours du moment
Symbiose © Arash Khaksari
Participez à ces 5 appels à candidatures et concours du moment
Les vacances scolaires battent leur plein et sont marquées par l’échéance de plusieurs concours et appels à candidatures photographiques....
26 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
L'agenda de la semaine : 4 expositions à ne pas rater !
© Kwame Brathwaite
L’agenda de la semaine : 4 expositions à ne pas rater !
Cette semaine, la photographie se fait le miroir de nos luttes, de nos illusions et de nos avenirs partout en Europe. Qu'il s'agisse...
25 février 2026   •  
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Cervia, 1968 © Guido Guidi
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Jusqu’au 24 mai 2026, l’œuvre du photographe et théoricien Guido Guidi prend ses quartiers au BAL. Articulée en dix-huit séquences...
24 février 2026   •  
Écrit par Marie Baranger