Paolo Roversi au Palais Galliera : la mode à la lisière des songes

12 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Paolo Roversi au Palais Galliera : la mode à la lisière des songes
Guinevere, Yohji Yamamoto, Paris, 2004 © Paolo Roversi
Jérôme, Uomo Vogue, Paris 2005 © Paolo Roversi

En ce moment même, le Palais Galliera se fait le théâtre des silhouettes sibyllines de Paolo Roversi. La rétrospective, la première qu’un musée parisien consacre au photographe de mode italien, est à découvrir jusqu’au 14 juillet 2024.

Sur des fonds noirs, des silhouettes vives à l’aura nébuleuse apparaissent. Leurs visages blêmes, évanescents, semblent se confondre avec un monde inaccessible à celui ou celle qui observe. Parfois, ils nous suivent même du regard, comme pour se targuer d’être impénétrables. À quelques pas de là, ces figures fantomatiques s’adonnent à une performance. Parées de lumières colorées, elles se meuvent dans des cadres blancs. Les petits Polaroids adjacents invitent à s’approcher, à sonder le décor pour en saisir la matière, faite de nuances et de flou, dans laquelle les modèles s’évanouissent avec délicatesse. Le trouble se prolonge par l’absence de cartels. Nul ne peut dater ces images tant leur composition échappe à l’œuvre du temps. Dès les prémices de sa carrière, Paolo Roversi a su se distinguer des autres photographes en se façonnant cette identité singulière. Tout en se faisant une renommée dans le milieu de la mode, le portraitiste est ainsi parvenu à se tenir à distance de ses courants éphémères.

Une œuvre unique en son genre

Dans un silence religieux, le public du Palais Galliera se perd à son tour dans les expérimentations de Paolo Roversi. Aux instantanés dont il a fait sa spécialité s’ajoutent des tirages augmentés de broderies, conçus dans une impression de collage ou de tableau. Outre la forme, le photographe joue tout autant avec l’essence de son sujet. Dans Nudi, par exemple, série entamée en 1983 à l’occasion d’une commande pour Vogue Homme, il interroge le corps des mannequins, support de récits qu’elles ne maîtrisent pas. Les femmes, dénuées des vêtements qu’elles promeuvent d’habitude, livrent ainsi leur propre vérité. Se dessine alors une frontière poreuse entre l’intime et la représentation de soi, plus que jamais d’actualité à l’heure des réseaux sociaux. Plus largement, l’idée selon laquelle chaque photographie est un portrait, auquel les muses participent, se distille dans chacun de ses projets. Les 140 clichés exposés jusqu’au 14 juillet prochain en témoignent et révèlent en cela comment l’artiste italien s’est emparé de la mode pour créer une œuvre unique en son genre.

Molly, Chanel, Vogue Italia, Paris, 2015 © Paolo Roversi
Audrey, Atsuro Tayama, Paris, 1998 © Paolo Roversi
Lampe, Paris, 2002 © Paolo Roversi
Tami, Dior AH 1949, Paris, 2016 © Paolo Roversi
Luca, Alexander McQueen, Paris, 2021 © Paolo Roversi
À lire aussi
Les 21 expositions photo à voir cet automne 2024 !
Jill and Polly in the Bathroom, 1987 © Tina Barney. Courtesy de l’artiste et Kasmin, New York.
Les 21 expositions photo à voir cet automne 2024 !
Chaque saison fait fleurir de nouvelles expositions. À cet effet, la rédaction de Fisheye a répertorié toute une déclinaison…
08 novembre 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Mode et peinture : les résonances artistiques de Daniel Archer
© Daniel Archer
Mode et peinture : les résonances artistiques de Daniel Archer
Dans ses compositions graphiques, le photographe de mode Daniel Archer crée des résonances entre les supports plastiques.
08 mars 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Valentin Fougeray et l'intime à découvert
© Valentin Fougeray
Valentin Fougeray et l’intime à découvert
Avec son premier ouvrage, De l’amour à la mort, Valentin Fougeray livre une cartographie sensorielle de l'intime. À travers des...
25 mars 2026   •  
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
© Bodhi Shola
Les coups de cœur #578 : Florian Salabert et Bodhi Shola
Cette semaine, Florian Salabert et Bodhi Shola, nos coups de cœur, révèlent la magie qui sommeille en chacun·e d’entre nous.
23 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Cheryle St. Onge et l’intime épreuve de la démence
© Cheryle St. Onge
Cheryle St. Onge et l’intime épreuve de la démence
Dans Calling The Birds Home, la photographe américaine Cheryle St. Onge transforme un moment intime en un récit visuel d’une grande...
20 mars 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Little Trouble Girls : de l'éveil du désir
Image issue de Little Trouble Girls © Urška Djukić
Little Trouble Girls : de l’éveil du désir
Avec Little Trouble Girls, son premier long métrage, la réalisatrice Urška Djukić signe une fresque d’une grande intensité sensorielle...
18 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
L'agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
© Wang Wei
L’agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
Cette semaine, les expositions photographiques nous invitent à observer le monde à travers le prisme de l'engagement, de l'histoire et de...
25 mars 2026   •  
Valentin Fougeray et l'intime à découvert
© Valentin Fougeray
Valentin Fougeray et l’intime à découvert
Avec son premier ouvrage, De l’amour à la mort, Valentin Fougeray livre une cartographie sensorielle de l'intime. À travers des...
25 mars 2026   •  
La sélection Instagram #550 : purs imaginaires
© irisbestill / Instagram
La sélection Instagram #550 : purs imaginaires
Cette semaine, l'imaginaire prend le pas sur le réel dans notre sélection Instagram. En écho au nouveau numéro de Fisheye, nos...
24 mars 2026   •  
Le 7 à 9 de Chanel : Clément Cogitore et la figuration du sacré
The Evil Eye © Clément Cogitore
Le 7 à 9 de Chanel : Clément Cogitore et la figuration du sacré
Le 16 mars 2026 inaugurait la nouvelle saison du 7 à 9 de Chanel au Jeu de Paume avec le réalisateur Clément Cogitore. Au cours de la...
24 mars 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet