Taboob : la fête des seins

14 août 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Taboob : la fête des seins

Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité. Taboob, le projet créé par Jasper Declercq et Noortje Palmers, déjoue la censure d’Instagram en réinventant la manière de représenter la poitrine féminine. Une initiative inventive et délicieusement insolente.

« Nous ne tolérons pas la nudité sur Instagram. Cela inclut : les photos, les vidéos et les créations numériques montrant des relations sexuelles, des parties génitales (…) ou encore des tétons féminins ».

Le règlement du réseau social dédié à l’image ne laisse aucune place au doute. Mais que représente un téton ? Pourquoi les clichés de femmes qui allaitent, et les corps nus des peintures et sculptures demeurent-ils autorisés ? Est-ce à cause d’une sexualisation à outrance ? Autant d’interrogations qui ont fasciné Jasper Declercq et Noortje Palmers, les deux créateurs de Taboob, un projet photographique redonnant une place d’honneur aux seins.

« Jasper travaille dans la publicité et la télévision, et moi, je me spécialise dans la photographie de mode. Nous formons une équipe soudée, complémentaire en termes d’esthétique », explique Noortje Palmers. Lassé de l’industrie publicitaire, ce dernier s’est lancé dans le 8e art pour créer et développer son propre style. Son approche du média ? « Impulsive, positive et colorée, déclare-t-il. Je souhaite apporter une touche de légèreté et d’humour à un univers photographique de plus en plus gris ». Une vision décomplexée de l’image. C’est en découvrant le compte Instagram d’une modèle, posant nue sur chaque photo, que Jasper Declercq a eu l’idée de développer un projet autour des tétons féminins. Comment cette jeune femme avait-elle réussi à tromper la vigilance de la plateforme ? Des seins pouvaient-ils être photographiés sans être censurés ?

© Taboob© Taboob

Comment reconnaît-on un sein ?

« Nous savons qu’Instagram bloque les images grâce à leur algorithme, ainsi qu’à une fonction permettant aux utilisateurs de signaler des contenus qu’ils jugent offensifs. Mais c’est la première fonction qui nous a intéressés : comment reconnaît-on un sein ?

», se demandent les artistes. En quatre shootings, tous deux ont réuni neuf modèles – âgées de 20 à 70 ans, du bonnet B au E – et réalisé 75 photographies. 75 seins cachés, déguisés : des « taboobs » déjouant le règlement d’Instagram. Écrasé entre deux tranches de pain, dissimulé derrière un glaçon, coloré ou dédoublé, chaque téton apparaît au cœur d’une mise en scène absurde et remarquablement créative.

Le succès est rapidement au rendez-vous. Deux jours après la création de @taboob_official, les deux auteurs comptent déjà 22 000 followers. « Et puis, du jour au lendemain, la plateforme a supprimé notre compte. Nous avons donc créé @taboobofficial et continué à publier. Peu après, Instagram a réactivé le premier compte » précisent les artistes. En numérotant avec soin chaque image, afin de pouvoir repérer facilement les clichés bloqués, les deux comptes publient régulièrement de nouvelles créations. Une initiative évoquant le mouvement féministe #freethenipple, créé en 2012. Si Jasper Declercq et Noortje Palmers sont ravis d’être associés à ces actions, leur projet demeure esthétique avant tout. Face à un tel succès, cependant, les deux hommes ont décidé de mettre en vente leurs créations en édition limitée, sur le site officiel de Taboob, et de reverser tous les fonds à Think Pink, une association soutenant les recherches liées au cancer du sein.

Frais et insolent, le projet Taboob met en lumière une nouvelle vision de la poitrine féminine. Une recherche décomplexée sur ce qui pousse les réseaux à censurer cette partie de l’anatomie. Grimé ou même transformé, le téton semble en effet autorisé à être partagé sur la plateforme. Une désexualisation manifeste, qui trompe l’algorithme du réseau et chamboule l’image d’une nudité trop souvent jugée « pornographique ».

© Taboob© Taboob
© Taboob© Taboob
© Taboob© Taboob
© Taboob© Taboob
© Taboob© Taboob

© Taboob

Explorez
5 événements photo à découvrir ce week-end
Rikka, la petite Balinaise, Fernand Nathan, Paris, 1956 © Dominique Darbois, Françoise Denoyelle.
5 événements photo à découvrir ce week-end
Ça y est, le week-end est là. Si vous prévoyez une sortie culturelle, mais ne savez pas encore où aller, voici cinq événements...
29 novembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Victor Gassmann : « Je crois en la matière »
Affiche Pictorial Service rue de la Comete 1950 © Archives Picto
Victor Gassmann : « Je crois en la matière »
Arrière-petit-fils de Pierre Gassmann, Victor Gassmann veille sur l’héritage de Picto, laboratoire emblématique qui a façonné le tirage...
27 novembre 2025   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Les images de la semaine du 17 novembre 2025 : portraits du passé et du présent
I Saw a Tree Bearing Stones in Place of Apples and Pears © Emilia Martin
Les images de la semaine du 17 novembre 2025 : portraits du passé et du présent
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les photographes de Fisheye dépeignent différentes réalités. Certains puisent leur inspiration...
23 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
5 événements photo à découvrir ce week-end
© Sandra Eleta
5 événements photo à découvrir ce week-end
Ça y est, le week-end est là. Si vous prévoyez une sortie culturelle, mais ne savez pas encore où aller, voici cinq événements...
22 novembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
5 événements photo à découvrir ce week-end
Rikka, la petite Balinaise, Fernand Nathan, Paris, 1956 © Dominique Darbois, Françoise Denoyelle.
5 événements photo à découvrir ce week-end
Ça y est, le week-end est là. Si vous prévoyez une sortie culturelle, mais ne savez pas encore où aller, voici cinq événements...
29 novembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Fury, l'univers « crépusculaire » de Marie Quéau
Sans titre #90, Campus Univers Cascades, 2023, extrait de la série Fury, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris © Marie Quéau / ADAGP, Paris, 2025
Fury, l’univers « crépusculaire » de Marie Quéau
Jusqu’au 8 février 2026, Marie Quéau, cinquième lauréate du prix Le Bal/ADAGP de la Jeune Création, présente Fury. Dans cette exposition...
29 novembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
À Chaumont-Photo-sur-Loire 2025, la nature se révèle picturale et sculpturale 
© Guillaume Barth
À Chaumont-Photo-sur-Loire 2025, la nature se révèle picturale et sculpturale 
Jusqu’au 22 février 2026, Chaumont-Photo-sur-Loire vous donne rendez-vous avec la nature. Pour sa 8e édition, l’événement accueille...
28 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Éternel été, mémoire et masculinité : nos coups de cœur photo de novembre 2025
Red Is Over My Lover. Not Anymore Mi Amor © Laura Lafon
Éternel été, mémoire et masculinité : nos coups de cœur photo de novembre 2025
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
28 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet