Une vision argentique, une philosophie de vie… Yassine Sellame photographie la culture du skate au Maroc

17 mai 2023   •  
Écrit par Anaïs Viand
Une vision argentique, une philosophie de vie... Yassine Sellame photographie la culture du skate au Maroc

De Marrakech à Fès en passant par Casablanca, Yassine Sellame photographie une discipline qu’il ne connaît que trop bien : le skate ! Skate boarding réunit des portraits de ses pair·e·s qui investissent l’espace public. Un travail empreint de liberté à découvrir jusqu’au 20 mai à l’occasion de la 11e édition du festival L’œil urbain.

« L’ancienne médina m’a appris à observer les choses, les détails, les gestes, la rue et celles et ceux qui y vivent. C’est un endroit où se fréquentent des gens issu·es de divers horizons. La lumière et la couleur y sont très particulières », confie Yassine Sellame, un photographe de 28 ans qui a grandi à Marrakech. Un jour, une amie de la famille lui rapporte depuis l’étranger une planche de skate. Un cadeau bienvenu pour le jeune homme qui éprouve alors une envie profonde de découvrir la ville autrement. « Je n’ai pas seulement rencontré des personnes, qui comme moi pratiquaient, j’ai découvert de nouveaux endroits, une autre manière d’envisager l’espace urbain et la vie en général. Le skate n’est pas une simple planche de bois avec des roues, c’est un exutoire, un moyen de se sentir libre, de découvrir, de se laisser aller… » Le skate, c’est aussi une philosophie de vie : on apprend à tomber et à se relever, on répète les mêmes gestes. « C’est une mise au défi, un peu comme la photographie finalement. Dans les deux disciplines, je trouve de la satisfaction dans l’apprentissage plus que dans le résultat », ajoute l’artiste. Outre, la pratique et la répétition, le temps et la patience, la photographie, comme le skate nécessitent un certain « art du feeling » : parfois, c’est en se laissant aller que l’on obtient les plus belles surprises. Et puis, il y a l’art du collectif : « Si ces deux passions sont individuelles, elles prennent sens grâce à celles et ceux avec qui on les partage », confie le photographe.

© Yassine Sellame

Le skate, une discipline très photogénique

Tout a commencé au cours de ses années lycée. « J’ai accompagné un ami qui devait faire quelques clichés pour la marque de skate One Move. Nous avons arpenté les rues de Marrakech toute la journée, avec un boîtier numérique pour deux. C’est durant cette déambulation que j’ai réalisé ma toute première photo : un skateur a exécuté un ollie, en passant par-dessus une moto », se souvient Yassine Sellame. Le temps passe, mais l’excitation du moment reste. Il n’a pas seulement été au bon endroit au bon moment, il a réussi ses réglages, et a capturé un arrière-plan intéressant. Car au-delà des tricks, c’est la culture skateboard qu’il saisit.

Apparue dans les années 1950, quand des surfeurs dits « d’asphaltes » popularisent, en Californie et à Hawaii notamment, de petites planches sur lesquelles sont fixées des roulettes, elle connaît un pic vingt plus tard en Amérique du Nord et en Europe. Et c’est dans les années 1980 qu’elle se développe dans le royaume chérifien. Depuis l’intégration du sport dans le programme des Jeux olympiques, de plus en plus de jeunes s’y intéressent, des collectifs se créées et les skateparks se multiplient dans le pays. Dans sa série Skate Boarding exposée au sein du festival l’Œil urbain, Yassine Sellame dresse le portrait d’une communauté en plein essor, bienveillante et ouverte d’esprit. On le suit dans les ruelles de Marrakech, de Casablanca, ou encore de Fès. Un petit monde où tout le monde se connaît, « une communauté assez inclusive » où se mélangent d’autres arts tels que le graphisme, la musique ou encore la photo. Intimement lié à la culture underground visuelle, le skate demeure une discipline très photogénique. Selon l’auteur, skater, c’est chercher à atteindre la justesse d’un mouvement, d’une figure. Et pour le regardeur, cette quête de l’absolu rend l’instant intense et agréable. Et puis, il y a tous les à-côtés aussi : « j’aime photographier l’usure des équipements et des vêtements, les blessures et autres marques physiques, les galères, les ratés et les imperfections tout comme les subtilités du décor urbain. Cet équilibre entre le désir de perfection et les tentatives dans le chemin parcouru rend le skate passionnant pour les photographes ! »

© Yassine Sellame© Yassine Sellame

 

© Yassine Sellame

© Yassine Sellame© Yassine Sellame

© Yassine Sellame

© Yassine Sellame© Yassine Sellame

© Yassine Sellame

 

© Yassine Sellame

© Yassine Sellame© Yassine Sellame
© Yassine Sellame© Yassine Sellame
© Yassine Sellame© Yassine Sellame

© Yassine Sellame

© Yassine Sellame

Explorez
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
© Shanna Warocquier / Lauréate du Mentorat #4 des Filles de la Photo.
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
Les cinq lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo ont été dévoilées. Voici le palmarès de cette édition 2026 !
30 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
© Claire Jaillard
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
Pour la troisième année consécutive, Fisheye investit la cour de l’Archevêché à l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres...
29 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes
© Andrea Orejarena
Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes
Voyage féministe et poétique, I love you like the moon est un récit lunaire dont les héroïnes récoltent l'énergie. Une manière pour sa...
29 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA