« L’école se veut généraliste tout en étant ciblée sur un médium. Nous sommes une école d’art spécialisée dans la photographie, et l’art reste notre moteur principal. »
Véritable institution au cœur des Rencontres d’Arles, l’École nationale supérieure de la photographie cultive une approche singulière de l’image. L’établissement arlésien forme bien plus que des photographes : il forge des profils hybrides et polyvalents. Échange croisé sur la pédagogie de l’école, ses liens organiques avec le festival et l’avenir de la création contemporaine. Un échange à retrouver dans le dernier numéro de Fisheye.
Fabrice Laroche : Véronique, vous dirigez l’ENSP depuis fin 2023. Qu’est-ce qui vous a touchée personnellement dans cette école et pourquoi avoir décidé de la rejoindre ?
Véronique Souben : Ce qui a été déterminant, c’est le niveau à la fois artistique et théorique, ainsi que la singularité de l’école. La photographie peut parfois être perçue dans l’art contemporain comme un médium restreint, souvent cantonné au documentaire ou au photojournalisme. L’ENSP propose au contraire un panel extrêmement diversifié. Le niveau d’approche et la capacité d’analyse y sont très forts, enthousiasmants et galvanisants.
Justement, l’ENSP ne forme pas que des photographes. Quels autres métiers découlent de cette formation ?
VS : L’école se veut généraliste tout en étant ciblée sur un médium. Nous sommes une école d’art spécialisée dans la photographie, et l’art reste notre moteur principal. Cela permet de sensibiliser les étudiants aux problématiques de l’archive, de l’iconographie, de l’édition et de la technique (comme l’ouverture d’un laboratoire ou la retouche). Ils peuvent aussi s’orienter vers des approches théoriques, philosophiques, vers l’enseignement, la recherche ou encore le commissariat d’exposition, qui est de plus en plus demandé. L’idée est d’élargir les possibles en se concentrant sur un médium.
Salomé, pourquoi avoir choisi l’ENSP dans votre cursus ?
Salomé Gaëta : J’avais besoin d’un accompagnement beaucoup plus poussé sur le médium photographique, qui était déjà très présent dans mon travail. Ce qui m’a plu à l’ENSP, c’est cette polyvalence. Un apport technique qui professionnalise de façon concrète, allié à un cadre théorique fort. C’est là que j’ai véritablement découvert la théorie de l’image, à tel point qu’aujourd’hui j’envisage de faire une thèse.
L’ENSP est-elle pour vous un passage vers d’autres études ou êtes-vous déjà rentrée dans le monde du travail ?
SG : Je suis déjà installée dans le monde du travail. Depuis près de deux ans, je suis assistante d’enseignement artistique à l’ISBA (Institut supérieur des beaux-arts de Besançon1), de la licence au master. La transmission est extrêmement importante pour moi. Ce poste à temps plein (20 heures) est pensé pour allier travail professionnel et vie artistique. Ce travail me permet de continuer à candidater à des résidences et de maintenir une production artistique. J’ai eu l’occasion d’avoir un prix et aujourd’hui une exposition personnelle depuis fin juin. L’école nous prépare à entrer dans le monde professionnel dès la sortie.

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Véronique, quels liens entretiennent l’ENSP et le festival des Rencontres d’Arles ?
VS : Nous entretenons des liens très étroits, car nous sommes partenaires sur de multiples projets. Tout d’abord, chaque année un grand projet curatorial sur deux ans dans notre galerie, impliquant toute une équipe d’enseignants et d’étudiants. L’an dernier, c’était l’exposition La guerre de la langouste, et cette année, c’est CTRL. – Nouvelles fonctions des images 2. C’est très formateur, car cela leur apprend concrètement à nos étudiants ce qu’est un montage d’exposition, avec une vraie sensibilisation au budget, à la production et à la logistique. Ensuite, le festival est un gros pourvoyeur d’emplois saisonniers pour nos étudiants (montages, démontages). Il y a également une belle mise en avant de nos jeunes diplômés avec le programme Génération ENSP : à l’issue de leur diplôme, un regard professionnel extérieur sélectionne trois étudiants pour être exposés à Croisière3. Enfin, l’école est très impliquée dans les différents événements du festival. Nous sommes l’un des principaux lieux d’accueil pour le grand format « La Rentrée en Images 4 », et notre bibliothèque collabore à la création du prix du Livre des Rencontres, dont elle conserve chaque année sa sélection finale.
Salomé, quand on est étudiant, comment appréhende-t-on le fait d’être exposé et regardé lors du plus grand festival de photo au monde ?
SG : Ça fait un peu peur, mais pas tant que ça. L’approche est tellement collective que ce n’est jamais une seule personne qui est regardée, c’est un ensemble de travaux. Le prix Dior, ou encore une attention particulière, peuvent être assez déstabilisants, mais nous nous sommes tellement préparés lors du diplôme que les choses se font finalement naturellement.
Cette interview est disponible en intégralité dans le Fisheye #77.