
Jusqu’au 1er novembre 2026, le centre d’art contemporain Bouvet Ladubay à Saumur nous propose une immersion au cœur des ateliers d’une sélection d’artistes phares de l’art moderne et contemporain. À travers l’objectif du photographe Jean Marie del Moral, c’est au total 56 artistes, exclusivement des peintres et sculpteurs, qui ornent les murs parmi lesquels vingt-trois d’entre eux y ont déjà exposé par le passé. Une manière poétique de leur rendre hommage.
Jean-Marie del Moral a débuté la photographie en couvrant l’actualité sociale en France, notamment pour l’Humanité, et en documentant la Révolution des Œillets au Portugal. Passionné de peinture, notamment d’expressionnisme et d’art abstrait, c’est à l’âge de 26 ans qu’il commence à photographier les artistes. En pénétrant dans leur atelier, il donne à voir ce qu’il appelle des « laboratoires mentaux », une véritable immersion dans l’intimité des artistes, au plus près de leurs sources d’inspiration et de leur processus créatif.

Dès la première salle, les contrastent nous saisissent. Sont ici exposés des grands formats d’ateliers, d’une diversité qui interpelle. Alors que l’atelier de Ben est totalement désordonné, constitué d’un amas de bric et de broc, celui de Jacques Monory en est l’exact opposé. Ses bocaux de pigments sont parfaitement alignés devant un mur d’un bleu éclatant. Comme l’explique le photographe, même dans le désordre, tout est inconsciemment pensé. Chaque objet a une signification, un intérêt à la place qu’il occupe. Le photographe ne suit pas de méthode précise ou de schéma particulier pour élaborer ses images. Il se laisse porter par la rencontre avec l’artiste, la manière dont ce dernier ou cette dernière souhaite occuper l’espace au sein de l’atelier, et ce qu’il ou elle souhaite montrer au photographe. La rapidité est peut-être sa recette pour obtenir le portrait le plus sincère. Il le dit de lui-même, mais faire face à l’objectif peut être impressionnant, voire déroutant pour le sujet photographié. En agissant avec vivacité, il permet de rendre compte de l’instant présent, sans déstabiliser l’artiste en face de lui.
En arrivant dans la deuxième salle, qui constitue le cœur de l’exposition, c’est toute une collection de portraits de peintres, en couleur ou noir et blanc, qui s’offre à nous. C’est avec amusement que l’on découvre ces artistes dans leur élément. Joan Mitchell, Ernest Pignon Ernest, Pierre Soulages et plein d’autres, qui tantôt se confondent avec l’atmosphère du lieu, tantôt dénotent complètement avec cet espace qu’ils habitent. Un léger regret se fait sentir quant à la mise à l’écart des artistes femmes dans la sélection effectuée.




Une exposition pensée comme un dialogue entre artistes
Au départ de cette salle centrale s’ouvrent des espaces qui se focalisent sur certains artistes, avec comme but de les faire dialoguer entre eux. Par la disposition des œuvres, le centre d’art rend tangible la proximité, l’attachement amical et artistique qui existe entre eux. La pièce la plus marquante est sans doute celle consacrée à Joan Miró et Pierre Alechinsky, dans leur atelier respectif de Palma de Majorque et Bougival. Avec émotion, le photographe évoque son travail avec Miró dans son atelier en 1978. Les deux artistes s’étaient rencontrés un an auparavant, alors que Jean Marie del Moral effectuait un reportage sur les intellectuels espagnols après la mort de Franco. « Je ne sais même pas pourquoi il a accepté, car il refusait que l’on entre dans son atelier. » Véritable révélation pour le photographe, c’est grâce à cette rencontre avec le peintre et son lieu de travail que le photographe a souhaité se concentrer sur la représentation des artistes et de leurs ateliers. De part et d’autre de la porte se répondent les ateliers de Miró et d’Alechinsky, dans des compositions très similaires. « Ce sont presque les mêmes objets, presque rangés pareil », ajoute le photographe. Parallélismes dans les compositions d’images, dans les références iconographiques, l’artiste s’est amusé avec l’accrochage. Dans un petit espace clos, on découvre l’atelier de Monique Frydman à Senantes, ses grandes toiles aux aplats de pastel, son matériel plein de couleurs, ainsi que des morceaux de plantes éparpillés par-ci par-là. D’autres focus sont réalisés sur Miquel Barceló, James HD Brown Antoni Tàpies et d’autres.
Une exposition accessible à toutes et tous.

