Kevin Moore imagine une Amérique des années 1950 queer et décomplexée

30 juin 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Kevin Moore imagine une Amérique des années 1950 queer et décomplexée

Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. Kevin Moore met en scène des personnages queer dans des décors résolument rétro, pour mieux questionner notre société.

Identité queer, et culture américaine du milieu du siècle dernier – les deux influences de Kevin Bennett Moore n’ont en principe rien en commun. Pourtant, le photographe né en 1996 utilise son imagination débordante pour faire fusionner ces deux mondes opposés. « Historiquement, ces deux sujets détonnent. Mais cette discordance me permet de m’amuser avec ma propre expérience, en m’insérant dans l’esthétique du cette culture américaine, et de proposer une sorte de critique du passé », confie-t-il.

C’est au Massachusetts College of Art and Design que l’artiste s’initie au médium photographique. Passionné par les enjeux sociétaux, il imagine des performances et mises en scène liées aux genres et use de l’humour pour pousser le regardeur à la réflexion. « Je construis mes images plus que je ne les prends par hasard. J’ai tendance à réaliser beaucoup de croquis en amont, et à improviser ensuite à partir de ces premiers éléments », précise-t-il. Imaginées comme des saynètes de films, ses images flirtent avec l’immersion, et sèment le doute : que regardons-nous ? Un cliché autobiographique ? Ou un instant scénarisé ?

© Kevin Moore

Capturé sous tous les angles

Postes de télévision rétro, pulls à carreaux, lunettes vintage et moquettes kitsch peuplent l’univers de Kevin Moore. Autant d’éléments venant écraser le tangible pour proposer une fuite dans le passé. Influencé par le cinéma d’Alfred Hitchcock et par la série télévisée culte The Twilight Zone, le photographe distille, dans ses images, une certaine étrangeté. Prises au flash, ses compositions semblent flotter entre deux mondes parallèles, deux époques, deux réalités. Et, dans ce décor étrange, évolue un protagoniste queer et décomplexé, capturé sous tous les angles.

Car le voyeurisme est au cœur des créations du photographe. Les paires de jumelles croisent les cadrages serrés et les plans pris à la volée – à la manière d’un paparazzi désireux de figer une scène croustillante. Dans ses clichés, Kevin Moore est à la fois l’observateur et l’observé. Il suit ses faits et gestes et révèle l’absurde, le risible, l’ordinaire à la manière d’un stalker obsédé par un inconnu. « Depuis quelque temps, j’explore le voyeurisme de manière très évidente. On le percevait déjà dans mes anciens travaux, où j’invitais par exemple le regardeur à observer mon personnage se faire littéralement écraser la tête contre un gâteau. Mais on peut également voir ce voyeur comme un reflet de notre société, qui surveille l’identité queer de loin, en gardant ses distances », explique l’auteur. Entre passéisme et futurisme, humour et engagement, Kevin Moore redessine une Amérique hybride, ancrée dans les années 1950. Un monde aussi chic que démodé, abritant des figures fières, vivant leurs queerness au grand jour.

© Kevin Moore

© Kevin Moore© Kevin Moore

© Kevin Moore

© Kevin Moore© Kevin Moore

© Kevin Moore

© Kevin Moore© Kevin Moore

© Kevin Moore

© Kevin Moore

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