À la poursuite d’un trou noir

01 décembre 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
À la poursuite d’un trou noir

Pour réaliser EventMatthew Beck a retracé le parcours d’une image d’un trou noir, des kiosques de New York aux couloirs du métro. Un voyage mouvementé, illustré au flash, nous invitant à interroger notre réalité, ainsi que notre place dans l’univers.

En avril 2019, le New York Times publie la première photographie d’un trou noir. Une image abstraite, inoubliable. Rapidement, les mains des passants se saisissent des pages du journal, et les emportent avec eux dans les couloirs du métro new-yorkais. Là, dans l’obscurité, l’image semble luire et la réalité se brouiller. À coup de flash, Matthew Beck saisit les visages des voyageurs, leurs gestes et expressions tandis qu’ils remplissent les wagons du subway. Une marée humaine fascinante et insensée.

Le photographe américain est attiré par les curiosités. Il découvre le 8e art durant ses études de biologie, et trouve, grâce au médium, une porte ouvrant sur de nouveaux mondes. « Je suis fascinée par les choses que je ne comprends pas pleinement. Ce qui est beau, mais qui véhicule des idées. Un chewing-gum mâché peut être un simple chewing-gum mâché, mais il a aussi le potentiel de contenir des milliers de significations, d’associations, selon le contexte », explique-t-il. Avec Event, c’est à notre place dans l’univers, au sens de la vie, que l’auteur s’est intéressé. « Ce livre est une manière de partager une certaine conscience cosmique, d’encourager la remise en question de ce que nous voyons », poursuit-il.

© Matthew Beck

Voir le monde d’une autre manière

« Nous, humains, passons la majorité de notre existence dans un état d’illusion. La seule chose que nous savons, c’est que la grande majorité des êtres vivants de cette planète est préoccupée par deux choses : survivre et se reproduire. Pourquoi ? Nous l’ignorons. Par conséquent notre vision du bonheur, de la stabilité, n’a peut-être rien à voir avec la véritable nature des choses. Nous existons béatement, sans réaliser que nous sommes forcés de déconstruire notre connaissance de l’univers »

, déclare Matthew Beck. En plaçant le trou noir – qui existe dans notre imaginaire commun – au cœur de son récit, l’auteur invite le regardeur à ouvrir son esprit, à voir le monde d’une autre manière.

Illuminés par son flash aveuglant, les couloirs du métro se déploient comme des tentacules, attrapant au passage les humains qui le croisent. Au détour de son chemin, le photographe fige des instants, révèle à l’aide de couleurs vives, des échanges silencieux entre deux inconnus, entre le construit et le vivant. « On dit que plus un objet se rapproche d’un trou noir, plus le temps semble s’écouler lentement pour lui, jusqu’à ce qu’il s’arrête complètement, piégé dans une torpeur infinie. C’est ce qu’on appelle la dilatation gravitationnelle du temps. J’ai toujours eu la sensation qu’un flash arrêtait le temps de manière abrupte. Sa brillance aide à préserver l’instant », ajoute-t-il. Extirpées de notre réalité, les scènes captées par son boîtier deviennent absurdes, incompréhensibles. Débarrassées de leurs propres contextes, elles se lisent comme des suggestions, venues déranger l’ordre établi.

 

Event, Éditions J&L Books, 45$, 112 p.

© Matthew Beck

© Matthew Beck

© Matthew Beck© Matthew Beck

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© Matthew Beck

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