All Stars Stand Close in Summer Air : Stephanie O’Connor colore la Nouvelle Zélande avec ses émotions

10 octobre 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
All Stars Stand Close in Summer Air : Stephanie O’Connor colore la Nouvelle Zélande avec ses émotions
© Stephanie O'Connor
© Stephanie O’Connor

De retour en Nouvelle-Zélande, sa terre d’origine, la photographe Stephanie O’Connor se trouve submergée par un flot d’émotions. Une sensation nouvelle, étrange, qu’elle exorcise en tournant son objectif vers les paysages qui l’entourent. En résulte un ouvrage à l’aura hallucinatoire peignant le monde de teintes oniriques.

« L’artiste canadienne Moyra Davey parle d’un type de photographie qui ressemble à l’action de lire : toutes deux requièrent “une dérive et un but”, devenant “une entreprise d’absorption et de collection”. J’aime l’idée d’embarquer dans une aventure imprévue, guidée par une seule intention, ou un ressenti », confie Stephanie O’Connor. Une errance intuitive qu’elle entreprend elle aussi, s’imprégnant de son environnement pour construire des récits délicats aux couleurs soutenues. Des teintes évoquant une réalité alternative, qui aurait été esquissée par des peintres aux folles visions. C’est d’ailleurs en cours d’arts plastiques que l’autrice commence à s’intéresser au 8e art. « Je crois que je consternais mon professeur parce que j’étais extrêmement lente, et que ses remarques négatives m’ont poussé à chercher ailleurs », confie-t-elle. Au lycée, elle découvre l’argentique et le photogramme, et tombe sous le charme de la magie de ces procédés, comme de l’atmosphère singulière qui se dégage de la chambre noire. « Son rouge surnaturel, son agrandisseur et la vague odeur des produits chimiques… », se remémore-t-elle.

Depuis, elle laisse son appétence pour l’onirisme la mener vers de nombreux projets. À Berlin, où elle réside actuellement, elle multiplie les collaborations avec des écrivain·es, poète·sses, musicien·nes et autres artistes et ne cesse d’imaginer de nouvelles manières créatives de donner à voir le monde. Une démarche qui l’accompagne à son retour en Nouvelle-Zélande, d’où elle est originaire. « J’ai été submergée par les dynamiques familiales, la force des souvenirs et cette sensation de nouveauté qui ne m’était pas familière. Je ne m’attendais pas à l’impact de ces émotions », raconte l’artiste. Alors, pour tenter de mettre de l’ordre dans le tumulte de son esprit, elle se lance dans la composition de All Stars Stand Close in Summer Air. Un ouvrage relatant sa redécouverte de la terre qui l’a vue grandir.

© Stephanie O’Connor
© Stephanie O’Connor

Comme une éruption

Des courbes gracieuses d’un nuage rougeoyant aux caresses du soleil sur l’eau calme. Des rides d’un tissu qui se noie à l’éclat d’yeux contemplant l’horizon, Stephanie O’Connor capture l’indicible, la poésie du réel avec une force narrative incontestable. Des cieux aux terres, les couleurs se fondent les unes dans les autres, enveloppent les éléments, tracent des arabesques dans le temps. Une ode à la nature néozélandaise transcendant l’enveloppe du « vrai ». « Je me suis intuitivement tournée vers elle – c’était peut-être une réaction à la stérilité du paysage de Berlin en hiver. En résulte une esthétique hallucinatoire, riche, inspirée par l’intensité de mes ressentis et le vertige que me procurait cet été humide », explique l’autrice. Une conception fiévreuse, où les tonalités se distordent pour refléter l’invisible. Amatrice de la postproduction, Stephanie O’Connor joue avec les paramètres, dérègle le réel pour laisser apparaître des variances qu’on ne peut apercevoir à l’œil nu, s’amuse avec l’identité même des images, « repousse leur limite jusqu’à ce qu’elle soit sur le point de se briser ».

Et de ces écartèlements artistiques émerge un univers à la splendeur irréelle. Comme si la dimension fantastique des photographies permettait à leur conceptrice de s’abandonner à l’expérience de son retour à Aotearoa (terme définissant la Nouvelle-Zélande en langage maori, ndlr). Une manière pour elle de personnaliser – et personnifier – la notion de mémoire venant nourrir ce travail. « Simone Fattal, compagne de la poétesse Etel Adnan et sculptrice a dit : “La mémoire est quelque chose qui vous surprend. Elle est votre identité, elle est vous-même, mais elle ne se manifeste que quelques fois. Et vous ne savez jamais quand. C’est comme une éruption” », ajoute Stephanie O’Connor. Une éruption donnant naissance à de nouveaux territoires, teintés d’une aura surnaturelle, aussi belle que chargée d’histoire. Une éruption dont les cendres incandescentes composent All Stars Stand Close in Summer Air.

© Stephanie O’Connor
© Stephanie O’Connor
© Stephanie O’Connor

© Stephanie O’Connor

© Stephanie O’Connor
© Stephanie O’Connor
© Stephanie O’Connor
© Stephanie O’Connor

À lire aussi
Songes d’un jour d’été
Songes d’un jour d’été
Publié aux éditions Poursuite, l’ouvrage Moisson Rouge, de la photographe française Marguerite Bornhauser donne à voir une nature…
08 septembre 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Evelyn Freja et les merveilles de l’ordinaire
Evelyn Freja et les merveilles de l’ordinaire
« Je m’intéresse à l’intimité des moments singuliers, soulignée grâce à la lumière et à la composition : un tournesol qui se dessèche en…
09 septembre 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
06 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
19 événements photographiques à découvrir en juillet 2026
The Passion of Rome, Fendi, From Life, 1986© Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
19 événements photographiques à découvrir en juillet 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en juillet...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
© Alban Lécuyer
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient les paysages et les différentes manières de l’habiter....
08 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé ce jeudi 9 juillet, à...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen