Antoine Boissonot sur sa Loire intérieure

07 mai 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Antoine Boissonot sur sa Loire intérieure
L'eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
Une lune ou un soleil dans un ciel noir
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot

Antoine Boissonot embarque sur la Loire à bord d’un canoë pour un voyage photographique introspectif. Se laissant porter sur l’eau pendant trente-six jours, le photographe reconnecte avec un environnement familier – celui de l’enfance – et son for intérieur.

« Ici rien ne se précipite. Le courant décide, le ciel commande », écrit Solenne Hernandez. Elle pose des mots justes et empreints de lyrisme sur le travail d’Antoine Boissonot qui, à l’été 2024, a navigué trente-six jours sur la Loire dans un canoë de fortune, appareil photo dans son unique sac hermétique. « J’ai toujours eu la volonté de faire une série photo sur un trajet. De partir d’un point A à un point B », soutient l’artiste, ne cachant pas puiser son inspiration dans le livre Sleeping by the Mississippi d’Alec Soth. Sur ce fleuve qui l’a vu grandir, il reconnecte avec un environnement naturel, voire sauvage, et se déconnecte de la société en ébullition qui ne semble jamais nous accorder de respiration. Depuis son embarcation, le photographe compose, en avouant les difficultés météorologiques et physiques de cette aventure, L’eau du fleuve parle à celui qui écoute, une ode aux interrogations personnelles, à la réalisation d’objectif et au lâcher-prise. Sur l’eau, il s’évade : « Cet élément me permet d’être toujours en mouvement, d’avancer », précise-t-il. Il se laisse porter au gré du courant, subit la pluie, les orages et les faibles températures d’un mois de juin peu clément. « J’avais préparé une feuille de route en amont de mon voyage. Je savais où m’arrêter chaque jour. Mais au fond, je m’attendais à ce qu’elle soit brisée, déconstruite par les aléas du temps. La nature, on ne peut pas la dompter, ce n’est pas un tableau Excel », s’amuse Antoine Boissonot.

Un biche sur le rivage
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
Les rayons de soleil dans les nuages
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
De l'eau en mouvement
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot

Une expédition mouvementée

Sur la Loire, Antoine Boissonot rencontre des chevreuils, des ragondins, des renards, et parfois d’autres navigateur·ices qui tentent de rejoindre l’embouchure de Saint-Nazaire à coups de pagaies. « J’ai fait un très mauvais choix de canoë, il va falloir le dire, avoue le photographe. Il était trop lourd, compliquer à manier. » Sous la pluie, au gré du courant, il tâchait de sortir son appareil photo dès qu’un élément attirait son œil. La manœuvre était complexe : « Ce que je voyais était difficile à retranscrire, car je ne pouvais pas pagayer et prendre l’image en même temps. Or, si je m’arrêtais d’avancer pour saisir un moment, je dérivais très rapidement, je me prenais dans les branchages », confie-t-il. Les averses et les orages consignent souvent son boîtier dans son sac hermétique. Néanmoins, il s’autorise quelques folies. En équilibre sur sa barque, il doit s’emparer de ces trombes d’eau qui s’abattent sur le paysage. Elles font partie du voyage. « Faire de l’image, c’était l’essence même de cette expédition, commente l’artiste. J’ai donc bricolé une protection avec mon imperméable, espérant ne pas trop abîmer mon appareil. » En parallèle des clichés, Antoine Boissonot capture des sons qui l’accompagnent, qui lui font ressentir une ribambelle d’émotions. « C’était beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de peurs. Il y a beaucoup de bruits dans la nature. On ne s’en pas vraiment compte, mais on entend tout, surtout la nuit », ajoute-t-il.

La Loire entourée de verdure
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
Embouchure de la Loire
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot

Le fleuve de l’introspection

Pourtant, dans cette nature indomptée, pas si éloignée de la civilisation, Antoine Boissonot a su lâcher prise, reconnecter avec son « moi ». Travaillant souvent pour des commandes, le photographe aime maîtriser au millimètre près ce qu’il fait. Or, sur son canoë, il se retrouve face à l’imprévu. « Le temps que je pose la pagaie et que je sorte mon appareil photo, l’élément que je voulais saisir est derrière moi, raconte-t-il. Au début, c’était difficile d’accepter que le moment fût passé. Mais cela m’a appris à laisser les événements venir à moi, comme ils sont. » En se concentrant sur la Loire, il réalise un travail d’introspection sur lui-même et sa pratique photographique. « Aujourd’hui, je suis un peu plus observateur, poursuit-il. J’arrive à être à l’écoute de ce qui m’entoure. Je suis conscient que de belles choses peuvent se présenter à moi sans que je les provoque. » De ce périple de trente-six jours, il compose une série de dix-neuf images qui se focalisent sur l’eau. Reflets scintillants, berges habitées de faune et de flore, ciel colérique, écumes mousseuses. Un bout de canoë, une pagaie rouge-orangé de temps en temps, ou quelques signes de vie humaine apparaissent sur les clichés. Nous embarquant sur son fleuve – celui de ses souvenirs d’enfant, celui qui lui permet une reconnexion intime –, Antoine Boissonot nous révèle les détails qui nous échappent, l’écosystème qui se loge à deux pas de chez nous. « J’ai eu l’impression de former un tout avec la Loire », livre-t-il. Depuis, de retour sur la terre ferme, l’auteur digère les kilomètres parcourus, les émotions ressenties, les leçons apprises. L’eau est devenue son fil rouge, son élément de sérénité. Bientôt, il regagnera la surface, en mer, cette fois-ci, avec des pêcheur·ses, pour un nouveau projet photographique. Peut-être, là, il découvrira sa « mer intérieure » – en écho au dernier livre de Christophe Ono-dit-Biot, Mer intérieure (2025).

Un fleuve sous une pluie torrentielle
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
Du linge qui pend sur le rivage
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
Petite herbe sur la berge le long d'un fleuve
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
Reflet de nuages et d'arbres sur l'eau
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
De l'eau en mouvement qui fait de l'écume
L’eau du fleuve parle à celui qui écoute © Antoine Boissonot
À lire aussi
Au bord de la rivière, le Blue Bayou de Martin Colombet
Au bord de la rivière, le Blue Bayou de Martin Colombet
Avec Blue Bayou, le photographe français Martin Colombet dresse le portrait de son amoureuse Tess, au fond des forêts qui l’ont vu…
10 juin 2021   •  
Écrit par Eric Karsenty
La fille du marin : les aventures océaniques de Katalin Száraz
© Katalin Száraz
La fille du marin : les aventures océaniques de Katalin Száraz
Katalin Száraz compose, avec La fille du marin, un hommage visuel à la profession de son père. Une série oscillant entre les fantasmes de…
14 juin 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
« Mers et Rivières », le monde au fil de l’eau
« Mers et Rivières », le monde au fil de l’eau
Avec Mers et Rivières, Andreas Müller-Pohle dresse un état des lieux des grands courts d’eau de la planète. À travers trois séries…
03 décembre 2021   •  
Écrit par Julien Hory
Explorez
11 expositions photographiques à découvrir en février 2026
© Martin Parr
11 expositions photographiques à découvrir en février 2026
Pour occuper les journées d'hiver, la rédaction de Fisheye a sélectionné une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et...
04 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
© Charlotte Robin
Blue Monday : 28 séries de photographies qui remontent le moral 
Depuis 2005, chaque troisième lundi de janvier est connu pour être le Blue Monday. Derrière ce surnom se cache une croyance, née d’une...
19 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Chroniques d'un pays traversé, par Julien Pebrel
© Julien Pebrel
Chroniques d’un pays traversé, par Julien Pebrel
Membre de l’agence MYOP, Julien Pebrel étudie la Géorgie depuis plusieurs années à travers un travail d’enquête au long cours, divisé en...
14 janvier 2026   •  
Écrit par Milena III
La sélection Instagram #541 : ne voir qu'une seule couleur
© Emilien Guyard / Instagram
La sélection Instagram #541 : ne voir qu’une seule couleur
Dans notre sélection Instagram de la semaine, les artistes se mettent en mode unicolore. Ils et elles captent les camaïeux et les teintes...
13 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
11 expositions photographiques à découvrir en février 2026
© Martin Parr
11 expositions photographiques à découvrir en février 2026
Pour occuper les journées d'hiver, la rédaction de Fisheye a sélectionné une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et...
04 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
La sélection Instagram #544 : de la délicatesse
© @galazka_eyes / Instagram
La sélection Instagram #544 : de la délicatesse
Cette semaine, les photographes de notre sélection Instagram saisissent des instants chargés d’un doux apaisement. Tout en délicatesse...
03 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
5 coups de cœur qui mettent en scène leurs modèles
© Ryan Young
5 coups de cœur qui mettent en scène leurs modèles
Tous les lundis, nous partageons les projets de deux photographes qui ont retenu notre attention dans nos coups de cœur. Cette semaine...
02 février 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 26 janvier : sous différents prismes
© Lee Daesung
Les images de la semaine du 26 janvier : sous différents prismes
C'est l'heure du récap ! Cette semaine, les images nous parlent de la complexité du réel sous couches, textures et formes plurielles.
01 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot