Chad Unger, feu tranquille

20 décembre 2025   •  
Écrit par Milena III
Chad Unger, feu tranquille
© Chad Unger
une silhouette sur un rocher donnant sur la mer dans l'obscurité de la nuit
© Chad Unger

Chad Unger est l’auteur de la série au titre étrange et poétique Fire Barked At Eternity – littéralement « le feu aboya à l’éternité ». De ce journal de route sensible, véritable traversée des états et des lumières, surgit une façon de regarder le monde qui refuse la précipitation et célèbre au contraire l’inattendu. 

Artiste visuel sourd et homosexuel, Chad Unger avance dans le monde avec une attention obstinée pour ce qui échappe au rythme dominant. Même en ville, où tout déborde, il s’attache aux moments et aux rares endroits qui respirent. « Comme je ne me précipite pas et ne cherche pas à obtenir des résultats spécifiques, je suis devenu plus attentif aux moments subtils… aux petits gestes, aux rencontres discrètes et aux transitions de lumière ou d’atmosphère qu’autrement, j’aurais pu négliger », confie-t-il. L’ensemble de Fire Barked At Eternity – qui a donné le nom à un livre paru chez Pomegranate Press en 2022 – est un voyage, sans objectif ni intention particulière, entièrement guidé par ce principe.

Vivre avec l’incertitude

Installé à Los Angeles, le photographe américain a longé le nord de la Californie, puis a traversé le Maroc et l’Irlande. Trois paysages particulièrement différents donc, marquant chacun un chapitre distinct. Chaque lieu est devenu une étape importante pendant une période de recherche, d’incertitude et de transformation. Il y passe sans cesse de la nature à la ville : « C’était un moyen d’exprimer l’incertitude que je ressentais, raconte-t-il. Je passais des paysages aux environnements urbains parce que je passais d’une version de moi-même à une autre, à la recherche de mon identité, sans m’en rendre compte. »

des bassins de tannage de couleurs différentes, vus de haut
© Chad Unger
un arbre au milieu d'une plaine derrière lequel se cache un cheval qui tire une sorte de calèche
© Chad Unger
une fête en extérieur vue de loin
© Chad Unger

Visions denses et apaisantes

Vision romantique par excellence d’un rocher sur la mer au crépuscule, pile de bouteilles contre un mur, cheval abrité sous un arbre isolé… Chad Unger, grand contemplatif, quête la présence dans l’absence, la trace dans l’objet abandonné. Ses compositions, souvent très picturales, rappellent celles de Gregory Halpern ou d’Alec Soth, deux influences revendiquées : un seul cadre, presque hasardeux, peut s’avérer d’une richesse en détails – et donc en histoires – exceptionnelle. Selon le photographe, « au lieu de documenter des événements dramatiques », le travail de ces deux artistes se concentre au contraire « sur des moments qui ne se révèlent que lorsque l’on prend le temps de vraiment regarder ». « Avec le recul, poursuit-il, ce rythme faisait écho à ce que je vivais intérieurement… Chercher sans savoir ce que je cherchais, laisser le sens émerger progressivement plutôt que de le forcer. » Dans un tempo lent, Chad Unger dessine une ouverture née du choc entre les éléments, un appel qui nous ébranle et nous oblige à réagir. Le cri du feu vers l’éternité.

un amas de bouteilles en plastique entassées entre deux murs
© Chad Unger
une mare bordée par des pierres
© Chad Unger
une silhouette floue sur une plage face à un coucher de soleil
© Chad Unger
des joueurs de football au milieu d'une plaine de sable, vus de loin
© Chad Unger
À lire aussi
« Soleil cou coupé » : une île à la beauté torturée
« Soleil cou coupé » : une île à la beauté torturée
C’est durant un vernissage étrange – adapté aux normes Covid-19 – que nous découvrons Soleil cou coupé, l’exposition de Gregory Halpern à…
09 septembre 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Marie Le Gall : photographier un Maroc intime
© Marie Le Gall
Marie Le Gall : photographier un Maroc intime
Absente depuis vingt ans, lorsque Marie Le Gall retourne enfin au Maroc, elle découvre un territoire aussi étranger que familier….
22 novembre 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Vacances d'été : 17 séries photographiques qui vous feront voyager
© Joe Howard
Vacances d’été : 17 séries photographiques qui vous feront voyager
Alors que le mois de juillet est déjà bien entamé, un air de vacances souffle sur la France. Que vous ayez la chance de vous échapper du…
16 juillet 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
© Alban Lécuyer
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient les paysages et les différentes manières de l’habiter....
08 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
07 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Youssef Nabil (1972) The Dream, self-portrait, 2021 Tirage argentique coloré à la main, 50 x 75 cm Collection particulière © Youssef Nabil.
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Jusqu’au 13 septembre 2026, le musée d’Orsay présente Youssef Nabil. De rêver encore. Une exposition qui déploie l’œuvre polymorphe de...
04 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
13 expositions photographiques à découvrir en juin 2026
© Pierre & Florent
13 expositions photographiques à découvrir en juin 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en juin 2026....
02 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Fisheye Magazine
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Deborah standing in Freud's cabinet, 2023 © Camille Vivier
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Ce mercredi 10 juin, la Maison européenne de la photographie a inauguré ses quatre expositions de la saison estivale 2026. Parmi elles se...
10 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
© Virginia Morini
Mesnographies 2026 : nos vies de luttes
Jusqu’à début septembre, le festival Mesnographies dévoile un parcours photographique au cœur des problématiques actuelles : dérèglement...
10 juin 2026   •  
La sélection Instagram #559 : des histoires de cheveux
© nadiavonscotti / Instagram
La sélection Instagram #559 : des histoires de cheveux
Cette semaine, il est question de cheveux. Symboles identitaires et politiques, les cheveux sont bien plus que de simples accessoires....
09 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin