Charlotte Yonga et les amours (im)possibles à Madagascar

09 septembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Charlotte Yonga et les amours (im)possibles à Madagascar
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
une femme et un homme sur un lit
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga

Avec sa série (Tsy) Possible, Charlotte Yonga sonde les liens d’amour et de filiation dans la société malgache. Elle expose les dualités auxquelles est confrontée une jeunesse attachée à ses traditions, mais désireuse de plus de liberté dans les relations intimes.

Une femme enlacée par un homme, dos à nous, jette un coup d’œil aux spectateur·ices. Cherche-t-elle à se défaire d’une relation toxique ? Ou peut-être se vit-elle un amour interdit ? L’interprétation est laissée libre. Mais l’intuition nous guide vers la thématique abordée dans cette série (Tsy) Possible, signée de la photographe franco-camerounaise Charlotte Yonga : les relations intimes. Depuis une résidence artistique au Sénégal où le thème de l’amour était imposé, le sujet revient régulièrement dans l’œuvre de l’artiste. « Comment peut-on parler de l’amour ? s’interroge-t-elle. Je trouvais ça un peu niais. Mais après réflexion, j’ai réalisé qu’il avait une importance qui n’était pas uniquement liée au couple. Il était question d’amitié, de famille, mais aussi de non-amour. Car pour moi, l’amour n’est jamais complet. Même dans sa forme la plus riche, il est toujours un peu faillible. J’avais envie de traduire ça. » Les étreintes captées par le regard de Charlotte Yonga sont teintées d’une douce mélancolie. Elles reflètent le contexte culturel dans lequel elles s’inscrivent. « Parce qu’il n’y a pas les mêmes contingences pour s’aimer », précise la photographe.

des crocodiles
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
une femme allongé sur les genoux d'une autre femmes
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga

Fleur bleue et amours interdites

En 2024, Charlotte Yonga est en résidence à la Fondation H à Antananarivo, sur l’île de Madagascar. Au contact de la population, elle découvre un système de caste profondément ancré qui rend de nombreuses unions impossibles. À travers son objectif, elle interroge alors les dynamiques affectives. « Il y a une forte pression de la famille sur les mariages. Si une famille n’approuve pas une relation entre deux personnes, ces derniers peuvent se faire refuser l’entrée dans le tombeau familial. C’est l’ultime punition », raconte l’artiste. Entre les non-dits et le déferlement de romantisme, Charlotte Yonga compose (Tsy) Possible, une série qui sonde « les dilemmes sociaux, culturels et amoureux que traverse une partie de la société malgache ». Le titre fait référence à une chanson d’amour, « un tube national », qui signifie « (im)possible » – « tsy » indiquant la négation. « Les Malgaches sont très fleur bleue, très romantiques au premier sens du terme », explique-t-elle. Ses portraits révèlent des couples, des ami·es, des personnes d’un même foyer, mais jamais on ne sait réellement quel est le lien qui les unit. S’inspirant de la musique, des séries télévisées et des livres, la photographe brouille la frontière entre la réalité et la fiction : « Sur mes images, il y a de vrais couples, mais aussi de faux couples », avoue Charlotte Yonga. Les regards profonds des protagonistes traduisent le tiraillement entre les traditions et le désir de liberté et d’évasion, ce que l’artiste appelle « les choix irrésolus de la Grande Île ». En face des portraits, elle met en dialogue des photographies de paysages luxuriants, symbole de respiration, de contemplation et d’amour de soi. « Car pour que la nature tourne, il doit bien y avoir de l’amour à l’intérieur, de manière cellulaire », conclut-elle. 

une fleur tropicale
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
une rivière
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
un bananier
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
un jeune homme et une jeune femme assis sur un lit
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
deux femmes et un homme assis sur un canapé
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
une plage
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
un homme et une femme sur un lit
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
des tableaux sur un mur
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
un feu dans une forêt
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
Une jeune femme et un jeune homme dans la forêt
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
une fenêtre
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
un paysage montagneux
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
texture sableuse
(Tsy) Possible © Charlotte Yonga
À lire aussi
Love Me Again : les lettres d’amour ouvertes de Michella Bredahl
© Michella Bredahl 2023 courtesy Loose Joints
Love Me Again : les lettres d’amour ouvertes de Michella Bredahl
Dans Love Me Again, un livre édité aux Éditions Loose Joints, Michella Bredahl réunit des portraits réalisés pendant plus d’une dizaine…
11 janvier 2024   •  
Écrit par Ana Corderot
Fisheye #73 : vivre d'Amour et d'images
© Jenny Bewer
Fisheye #73 : vivre d’Amour et d’images
Dans son numéro #73, Fisheye sonde les représentations photographiques de l’amour à l’heure de la marchandisation de l’intime. À…
05 septembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Explorez
Lei Davis : transformer les blessures de l'enfance en paysages imaginaires
© Lei Davis
Lei Davis : transformer les blessures de l’enfance en paysages imaginaires
Dans le cadre du Festival OFF Arles 2026, la galerie La Forêt Imaginaire accueille There is no blue without yellow, la nouvelle...
11 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé, à l’occasion des...
11 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Vincent Gouriou remporte le prix Roger Pic 2026
© Vincent Gouriou
Vincent Gouriou remporte le prix Roger Pic 2026
Les membres du jury de la 34e édition du prix Roger Pic ont récompensé Vincent Gouriou pour Les ombres claires. À travers cette...
28 août 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nicola Lo Calzo (r)écrit la mémoire d’une Sardaigne révoltée
© Nicola Lo Calzo
Nicola Lo Calzo (r)écrit la mémoire d’une Sardaigne révoltée
Le photographe italien, connu pour ses projets au long cours au croisement de la photographie, de la recherche historique et de la pensée...
19 août 2026   •  
Écrit par Jordane de Faÿ
Lei Davis : transformer les blessures de l'enfance en paysages imaginaires
© Lei Davis
Lei Davis : transformer les blessures de l’enfance en paysages imaginaires
Dans le cadre du Festival OFF Arles 2026, la galerie La Forêt Imaginaire accueille There is no blue without yellow, la nouvelle...
11 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
25 événements photographiques à découvrir en août 2026
© Li Hui
25 événements photographiques à découvrir en août 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en août 2026....
08 août 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine