Fleurs émancipées

29 janvier 2026   •  
Écrit par Eric Karsenty
Fleurs émancipées
© Suzanne Lafont, Nouvelles espèces de compagnie, anticipation, 2017.

Loin d’une approche romantique sur le « langage des fleurs », le livre Flower Power traduit une réflexion sur une écologie environnementale, sociale et mentale. Un manifeste mis en images par une trentaine de photographes contemporain·es de tous horizons, que viennent éclairer les textes de Michel Poivert et de Beata Nowak.

Marine Lanier, « Herbier#5 », Le jardin d’Hannibal, 2023.

« Les fleurs ne sont plus de simples motifs, mais l’expérimentation d’une nouvelle vision », analyse Michel Poivert dans la préface de cet ouvrage, qui est bien plus qu’un « beau livre », au sens traditionnel du terme. Reprenant à son compte la formulation de Walter Benjamin, qui relevait « Du nouveau sur les fleurs » à propos des photos de Karl Blossfeld (1865-1932) dans un article publié en 1928, l’historien de la photographie déclare : « Les fleurs sont désormais le lieu des réflexions et des engagements les plus profonds. Le temps est peut-être venu de conjurer la cécité botanique – cette indifférence, dans les sociétés occidentales, aux plantes en tant qu’êtres vivants. Derrière leur fragilité et leur beauté, elles sont un objet anthropologique de taille. » Et c’est tout l’enjeu de cette publication qui rassemble les travaux de photographes contemporain·es explorant, chacun·e à leur manière, ce que les fleurs révèlent de nos sensibilités.

Espace de dialogue

Le projet de Flower Power est issu d’une discussion avec les éditions Textuel, en 2023, et du constat d’un « intérêt croissant pour la photographie contemporaine centrée sur la représentation des motifs floraux », souligne Beata Nowak, linguiste et traductrice, passionnée de photographie, qui poursuit par ailleurs ses recherches universitaires aux côtés de Michel Poivert. De là est née l’idée de construire un portfolio d’une trentaine d’artistes internationaux, en sortant des esthétiques occidentales, afin d’élargir et d’universaliser la portée des représentations autour de ce motif. « Nous avons souhaité que ce livre soit un manifeste, mais aussi un espace de dialogue permettant de faire entendre la voix de ces trente photographes », précise Beata Nowak, qui a conduit un important travail d’entretiens et de rencontres avec les artistes en cherchant à comprendre « comment chacun mobilise le motif floral dans une réflexion esthétique, écologique et existentielle ». Le projet a été pensé à la lumière de l’écosophie du psychanalyste et philosophe Félix Guattari, où « la fleur devient un levier critique où se croisent les dimensions écologiques, politiques et sensibles, bien au-delà du simple motif iconographique », poursuit la chercheuse.

coquelicot rouge
© Denis Brihat, Coquelicot, 1999, 30x40cm.
170 pages
7,50 €

Des images éclairantes

Le livre est ainsi composé de trente portfolios éclairés par autant de notices, aussi claires que concises, qui permettent de saisir les enjeux des œuvres présentées. Une citation de l’artiste est placée en exergue de chaque série, une parole essentielle qui éclaire le travail, en donne la tonalité, la couleur. Cinq chapitres structurent l’ensemble à la manière d’un herbier : « Paradis artificiels », « Nouveau langage des fleurs », « Chimères photographiques », « Icônes écologiques », et « Parfum du temps ». On retrouve ainsi des photographes reconnus tel·les que Valérie Belin, Denis Brihat ou Joan Fontcuberta, mais aussi beaucoup d’auteurs·ices plus « émergent·es » comme Alice Pallot, Lucas Leffler, Marine Lanier, Baptiste Rabichon, Sophie Zénon et bien d’autres. Les lecteur·ices de Fisheye reverront ainsi plus d’une dizaine d’artistes déjà publié·es dans les pages du magazine. On trouve également, en fin d’ouvrage, un glossaire permettant de préciser la nature d’un anthotype, d’un photogramme ou d’une gomme bichromatée, sans oublier la biographie synthétique des artistes présenté·es.

Cet article est à retrouver en intégralité dans le Fisheye #74.

À lire aussi
Flore Prebay : Ce qui s'efface, ce qui demeure
© Flore Prebay
Flore Prebay : Ce qui s’efface, ce qui demeure
Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie…
22 janvier 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Focus #57 : Alice Pallot et la prolifération cauchemardesque d’algues toxiques
6:27
© Fisheye Magazine
Focus #57 : Alice Pallot et la prolifération cauchemardesque d’algues toxiques
C’est l’heure du rendez-vous Focus ! Cette semaine, Alice Pallot revient sur Algues Maudites, un projet aux frontières de la science et…
20 septembre 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Katia Kameli présente le Roman algérien à Arles 2026
© Katia Kameli
Katia Kameli présente le Roman algérien à Arles 2026
À Arles, Katia Kameli dévoile un nouveau chapitre de son vaste projet Le Roman algérien, une œuvre au long cours qui interroge la...
27 juillet 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Rencontre avec Véronique Souben, directrice de l’ENSP, et Salomé Gaëta, ancienne élève
[Helio 7], 2026. © Salomé Gaëta
Rencontre avec Véronique Souben, directrice de l’ENSP, et Salomé Gaëta, ancienne élève
Véritable institution au cœur des Rencontres d’Arles, l’École nationale supérieure de la photographie cultive une approche singulière de...
25 juillet 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Visuels du film Ceci est mon corps. © Jérôme Clément-Wilz
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Documentariste du regard situé, Jérôme Clément-Wilz filme depuis des années ce que la société préfère exotiser, ostraciser, taire ou...
24 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
23 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet