Home sweet Home

14 juin 2018   •  
Écrit par Anaïs Viand
Home sweet Home

Home. Un terme difficile pour qui aime les mots. Domicile, foyer, chez-soi, patrie, paysHome affiche un nombre inouï de traductions. Un mot idéal pour confronter le regard de seize photographes de la maison Magnum, à l’occasion d’une exposition présentée à la Galerie Joseph à Paris.

La maison et le studio. Voilà comment Elliott Erwitt interprète Home. En photographiant son appartement et son studio basés à New York ainsi que sa maison d’East Hampton, il nous emporte dans un univers peuplé de souvenirs singuliers. On y rencontre aussi Canelo, le chien avec qui il partage sa vie.

Le photographe américain Alex Soth décide quant à lui de documenter son trajet maison-studio, à pied. Derrière son objectif, on aperçoit une rue, des bâtiments et quelques promeneurs et comme lui, on apprécie le temps présent. « Ce projet a été l’occasion de ralentir et de contempler les merveilles du quotidien devant lesquelles je passe normalement en voiture sans m’arrêter », explique-t-il.

Adélaïde. C’est en Australie que le photographe américain Trent Parke a posé ses valises et qu’il puise son inspiration. Car à Adélaïde, « les rues sont larges et le soleil se couche au-dessus de l’océan. La dernière lumière du jour est crue et singulière ». Un paradis pour l’artiste qui ne se lasse pas de la dernière demi-heure du coucher du soleil.

© Elliott Erwitt / Magnum Photos

© Elliott Erwitt / Magnum Photos

La famille, un tendre foyer

Pour certains photographes, le foyer rime avec famille. Olivia Arthur a documenté sa seconde grossesse à travers tous les membres de sa petite famille : sa fille et son mari. Questions, doutes se dégagent de ses magnifiques portraits en noir et blanc. « Émotionnellement, nous oscillions entre l’impatience de rencontrer et de faire connaissance avec ce petit être et la nervosité en pensant au désordre que son arrivée allait inévitablement engendrer ». Un reportage compulsif, poignant, et cathartique !

Tout comme Olivia, Jonas Bendiksen a immortalisé la naissance de son second enfant, Billie. Un heureux évènement qu’il s’est empressé de photographier, de peur d’oublier un souvenir qui restera à jamais gravé en lui. « Ce sont là quelques-unes des plus importantes photos que j’ai jamais prises », précise le photographe.

C’est avec évidence que Mark Power a photographié le départ de sa fille à l’université. Une étape incontournable pour la famille, parfois forcée de repenser le foyer familial. « Tous les parents passés par cet épisode marquant se rappelleront surement de la confusion et l’intensité des émotions que cela provoque ».

© Trent Parke / MagnumPhotos

© Trent Parke / MagnumPhotos

Forger son identité

« La souffrance pousse à immigrer. Être le témoin du déplacement des populations impose de voir le monde à travers tous ses malheurs : guerre, catastrophes naturelles, répressions, famine et pauvreté ». Si le photographe franco-taiwanais Chien-Chi Chang ouvre son travail par ce sombre discours, ses images pleines d’espoir invitent au vivre ensemble. En photographiant le quartier de Chinatown à New York, il ne cesse de s’interroger sur les préoccupations de l’homme du 21e siècle. « La prospérité économique légitime-t-elle le coût social ? » À méditer.

La guerre, la religion ou encore la rigueur… c’est tout cela que représentait l’Heimat (ndlr, le « foyer » en français) du photographe Thomas Dworzak, fils de déporté tchèque qui a grandi en Bavière. Ses images constituent un carnet d’errance, entre la Géorgie et l’Iran.

« Foyer et identité ont toujours été des notions floues moi » raconte Moises Saman, un photographe hispano-américain né à Lima et actuellement basé à Tokyo. Il revient avec ses images sur ces années de quête et de voyage. Car c’est bien la photographie qui a forgé son identité.

En s’immergeant dans le foyer, les souvenirs, bref dans les instants de vie de ces seize artistes, on ne peut s’empêcher de questionner ce terme au regard de notre propre histoire. Quel est notre foyer ? Où se situe-t-il ? Qui le compose ? Et comment un souvenir ou un lieu peut-il forger notre identité ? Si les artistes apportent des réponses personnelles, ils proposent des réflexions universelles. À découvrir jusqu’au 19 juin.

© Moises Saman / Magnum Photos

© Moises Saman / Magnum Photos

Image d’ouverture : © Olivia Arthur / Magnum Photos

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