
À l’initiative de la Tate Britain et avec le soutien de l’Art Institute of Chicago, le musée d’Art moderne de Paris présente, jusqu’au 2 août 2026, la plus importante rétrospective consacrée à Lee Miller en France depuis vingt ans. Un véritable hommage à l’une des artistes les plus avant-gardistes de son époque.
La vie de Lee Miller se dévoile aux yeux du spectateur au fil d’un parcours d’exposition richement documenté. D’artiste singulière à correspondante de guerre, une sélection de près de 250 tirages retrace ce destin hors du commun et redonne vie à un parcours aussi fascinant qu’improbable.
Retour sur une vie pleine de rebondissements
L’exposition débute vers 1920, alors que Lee Miller était encore mannequin. Très appréciée des photographes pour son allure de femme moderne, elle s’essaye ensuite au cinéma auprès de Jean Cocteau, avant de se tourner vers la photographie. Elle apprend auprès de Man Ray, avec qui elle travaille sur toute une série de nus et invente le procédé de solarisation, qui permet de jouer sur l’inversion des couleurs en intervenant sur la durée d’exposition d’un tirage à la lumière. Le travail de Lee Miller est très inspiré par le surréalisme. Fuyant les conventions au profit de compositions nouvelles, elle dit à propos de son œuvre : « Certaines de mes photographies, je les ai vues dans mon imaginaire comme pour des peintures, et j’ai réuni le matériau nécessaire à leur réalisation. » La photographie d’une flaque de goudron sur le trottoir, semblable à une vague achoppant sur le sable, traduit cette volonté de jouer avec les formes et les messages que peut véhiculer une image. Ce goût pour les compositions graphiques se retrouve dans son activité de portraitiste, qu’elle exerce entre Paris et New York.
Après s’être mariée à un riche homme d’affaires égyptien, la photographe s’installe au Caire, où elle saisit la beauté des paysages du Moyen-Orient, en jouant avec les courbes des dunes de sable et la géométrie architecturale qui l’entoure. La photo Portrait de l’espace, dans laquelle elle capture le ciel depuis l’ouverture triangulaire d’une moustiquaire posée sur le sable, est d’une beauté silencieuse rare et témoigne de l’attention que celle-ci porte aux formes et textures des éléments. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Lee Miller, désormais installée à Londres avec le poète Roland Penrose, devient photographe de mode pour le Vogue britannique. Peu de temps après, elle est accréditée par les États-Unis pour couvrir le conflit. De la première ligne de front aux camps de concentration tout juste libérés, elle devient ainsi l’une des premières et plus célèbres femmes photographes de guerre. Ses images, capturées avec son Rolleiflex, seront publiées pour les versions américaines et britanniques de Vogue.


Lumière sur un travail porteur d’engagements
Au-delà du simple récit biographique, l’exposition met en lumière l’engagement politique et social qui traverse l’œuvre de Lee Miller. Dans ses photographies de guerre, elle s’éloigne d’une approche purement documentaire pour privilégier des compositions à forte portée symbolique. Elle fait le choix d’immortaliser principalement femmes et enfants, qu’elle considère comme étant les premières victimes de guerre et les grands oubliés des représentations photographiques traditionnelles.
Un espace de l’exposition est consacré aux clichés bouleversants réalisés au lendemain de la libération des camps de Dachau et Buchenwald. Profondément marquée par l’horreur de ce qu’elle y découvre, Lee Miller demande au magazine Vogue de publier certaines de ses images, ce que le magazine fait en les accompagnant du message « Believe It ». L’exposition revient également sur l’une des photographies les plus saisissantes et revendicatives de la photographe : celle prise dans la baignoire d’Adolf Hitler, le jour même de son suicide. Avec David E. Sherman, les deux photographes réalisent une série de photos où, l’un après l’autre, ils posent dans la baignoire du Führer, tandis que son portrait demeure accroché au mur. Au premier plan, une paire de bottes pleine de boue, ramassée dans les camps de concentration, vient renforcer la charge symbolique de la scène.