Lee Miller au MAM : portrait d’une photographe aux multiples facettes

14 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Lee Miller au MAM : portrait d'une photographe aux multiples facettes
Modèle avec ampoule, Vogue studio, Londres, vers 1943 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved
lee miller photo vue du ciel
Portrait de l’espace, Al Bulwayeb, près de Siwa, Egypte, 1937 © Lee Miller Archives England, 2026, All Rights Reserved

À l’initiative de la Tate Britain et avec le soutien de l’Art Institute of Chicago, le musée d’Art moderne de Paris présente, jusqu’au 2 août 2026, la plus importante rétrospective consacrée à Lee Miller en France depuis vingt ans. Un véritable hommage à l’une des artistes les plus avant-gardistes de son époque.  

La vie de Lee Miller se dévoile aux yeux du spectateur au fil d’un parcours d’exposition richement documenté. D’artiste singulière à correspondante de guerre, une sélection de près de 250 tirages retrace ce destin hors du commun et redonne vie à un parcours aussi fascinant qu’improbable.

Retour sur une vie pleine de rebondissements

L’exposition débute vers 1920, alors que Lee Miller était encore mannequin. Très appréciée des photographes pour son allure de femme moderne, elle s’essaye ensuite au cinéma auprès de Jean Cocteau, avant de se tourner vers la photographie. Elle apprend auprès de Man Ray, avec qui elle travaille sur toute une série de nus et invente le procédé de solarisation, qui permet de jouer sur l’inversion des couleurs en intervenant sur la durée d’exposition d’un tirage à la lumière. Le travail de Lee Miller est très inspiré par le surréalisme. Fuyant les conventions au profit de compositions nouvelles, elle dit à propos de son œuvre : « Certaines de mes photographies, je les ai vues dans mon imaginaire comme pour des peintures, et j’ai réuni le matériau nécessaire à leur réalisation. » La photographie d’une flaque de goudron sur le trottoir, semblable à une vague achoppant sur le sable, traduit cette volonté de jouer avec les formes et les messages que peut véhiculer une image. Ce goût pour les compositions graphiques se retrouve dans son activité de portraitiste, qu’elle exerce entre Paris et New York.

Après s’être mariée à un riche homme d’affaires égyptien, la photographe s’installe au Caire, où elle saisit la beauté des paysages du Moyen-Orient, en jouant avec les courbes des dunes de sable et la géométrie architecturale qui l’entoure. La photo Portrait de l’espace, dans laquelle elle capture le ciel depuis l’ouverture triangulaire d’une moustiquaire posée sur le sable, est d’une beauté silencieuse rare et témoigne de l’attention que celle-ci porte aux formes et textures des éléments. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Lee Miller, désormais installée à Londres avec le poète Roland Penrose, devient photographe de mode pour le Vogue britannique. Peu de temps après, elle est accréditée par les États-Unis pour couvrir le conflit. De la première ligne de front aux camps de concentration tout juste libérés, elle devient ainsi l’une des premières et plus célèbres femmes photographes de guerre. Ses images, capturées avec son Rolleiflex, seront publiées pour les versions américaines et britanniques de Vogue.

lee miller flaque de goudron
Sans titre (homme et goudron), Paris, vers 1929-1931 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved
lee miller portrait de femme dans les ruines
Mannequin (Elizabeth Cowell) portant une tenue de Digby Morton, Middle Temple, Londres 1941 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved

Lumière sur un travail porteur d’engagements

Au-delà du simple récit biographique, l’exposition met en lumière l’engagement politique et social qui traverse l’œuvre de Lee Miller. Dans ses photographies de guerre, elle s’éloigne d’une approche purement documentaire pour privilégier des compositions à forte portée symbolique. Elle fait le choix d’immortaliser principalement femmes et enfants, qu’elle considère comme étant les premières victimes de guerre et les grands oubliés des représentations photographiques traditionnelles.

Un espace de l’exposition est consacré aux clichés bouleversants réalisés au lendemain de la libération des camps de Dachau et Buchenwald. Profondément marquée par l’horreur de ce qu’elle y découvre, Lee Miller demande au magazine Vogue de publier certaines de ses images, ce que le magazine fait en les accompagnant du message « Believe It ». L’exposition revient également sur l’une des photographies les plus saisissantes et revendicatives de la photographe : celle prise dans la baignoire d’Adolf Hitler, le jour même de son suicide. Avec David E. Sherman, les deux photographes réalisent une série de photos où, l’un après l’autre, ils posent dans la baignoire du Führer, tandis que son portrait demeure accroché au mur. Au premier plan, une paire de bottes pleine de boue, ramassée dans les camps de concentration, vient renforcer la charge symbolique de la scène.

À lire aussi
Lee Miller au cinéma : les combats d’une photographe face à l’horreur de la guerre
LEE MILLER © Sky UK
Lee Miller au cinéma : les combats d’une photographe face à l’horreur de la guerre
Lee Miller d’Ellen Kuras sort en salles ce mercredi 9 octobre. Porté par Kate Winslet, qui y signe une performance remarquable, le film…
09 octobre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lee Miller : un ouvrage retrace en images les mille vies de la photographe
Lee Miller, Pique-nique, île Sainte-Marguerite, Cannes, France, 1937 © Lee Miller Archives
Lee Miller : un ouvrage retrace en images les mille vies de la photographe
Lee Miller d’Ellen Kuras sort en salles le 9 octobre prochain. À cette occasion, Kate Winslet, qui produit le film et y joue le…
02 octobre 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
Shine Heroes, 2018 © Federico Estol
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous poussent à prendre du recul face à nos certitudes et à interroger ce que l’on...
03 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Kyotographie 2026 : les contours du monde
© Daido Moriyama Photo Foundation
Kyotographie 2026 : les contours du monde
Jusqu’au 17 mai 2026, Kyotographie investit la capitale culturelle du Japon pour sa 14e édition. Comme à l’accoutumée, le festival invite...
27 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Tchernobyl : l'archive sensible de Maxim Dondyuk
© Maxim Dondkyuk
Tchernobyl : l’archive sensible de Maxim Dondyuk
Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, le photographe ukrainien Maxim Dondyuk redonne vie à des photos abandonnées dans la...
26 avril 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
© Robert Charles Mann, courtesy Galerie Capazza
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
Le Domaine national de Chambord nous invite, jusqu’au 21 juin 2026, à une plongée dans l’univers de Robert Charles Mann. SOLARIS est bien...
04 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche