Lise Sarfati, la matière à l’épreuve du temps

21 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Lise Sarfati, la matière à l’épreuve du temps
She © Lise Sarfati
Négatifs de Lise Sarfati
© Lise Sarfati
Négatifs lise Sarfati
© Lise Sarfati

Il y a des rencontres qui ne s’effacent pas. Il y a quelques années, Lise Sarfati franchissait la porte de mon atelier. Elle n’était pas venue seule, mais accompagnée d’une étudiante des Gobelins. Sous le bras, des bobines de films 16 mm noir et blanc. L’heure n’était pas à la théorisation d’une énième série, mais à notre confrontation directe avec la matière même de la pellicule. Retrouvez cet article dans le dernier numéro de Fisheye.

Parmi les grandes figures de la photographie contemporaine, Lise Sarfati occupe une place à part, celle d’une chercheuse d’identités et de territoires. Si son nom résonne avec ses séries emblématiques comme Acta Est en Russie, The New Life ou She et Oh Man aux États-Unis, c’est une facette plus tactile et expérimentale de son travail que je souhaitais mettre en lumière aujourd’hui : celle justement de la pellicule 16 mm et de la matérialité de l’image.

Une trajectoire au-delà de l’image

Ancienne membre de l’agence Magnum, aujourd’hui farouchement indépendante et libre de toute structure, Lise Sarfati a construit une œuvre où l’errance se transforme en icône mélancolique. Sa démarche est une quête perpétuelle, une manière d’habiter les interstices du réel pour en extraire une vérité sur l’identité. Pourtant, derrière la puissance visuelle de ses grands cycles photographiques, se cache une exigence radicale. C’est cette fascination pour l’outil et la rigueur de sa mise en œuvre qui a scellé notre rencontre ce jour-là à l’atelier.

Notre travail consistait à extraire des photogrammes de ses films, à tenter de fixer cette limite ténue entre le mouvement cinématographique et l’immobilité photographique. L’enjeu pour Lise Sarfati était de voir comment l’instant qui défile peut devenir un objet tangible. Lors de nos échanges, elle a mis des mots sur ce qui l’attirait dans ce format cinématographique, utilisé ici pour filmer et se concentrer sur la marche des gens, les mouvements de la rue, voire quelques plans plus rapprochés, dans un lieu qu’elle affectionne : Broadway, à Los Angeles.

Ce qu’elle aime dans le 16 mm, au-delà de la texture, c’est la répétition vertigineuse de ses milliers de photogrammes. Ce médium impose une temporalité différente. Il exige de regarder plan après plan, même si, à l’œil nu, « tous ont l’air d’être exactement les mêmes », souligne-t- elle. C’est un rapport au temps étiré, une méditation sur la nuance où chaque fraction de seconde compte pour révéler le visage de l’autre.

Cet article est à retrouver en intégralité dans le Fisheye #76

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