La Mode du 18e siècle : quand les images populaires démocratisent la mode

19 mars 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La Mode du 18e siècle : quand les images populaires démocratisent la mode
Jean Paul Gaultier, coiffure à la Belle-Poule, PE 1998, look porté par Chrystelle Saint-Louis Augustin © Don Ashby
Christian Dior par John Galliano, collection Le bal des artistes, Haute couture, automne-hiver 2007-2008
Christian Dior par John Galliano, collection Le bal des artistes, Haute couture, automne-hiver 2007-2008 © Guy Marineau

Entre effervescence créative et nouvelle conception du corps, le XVIIIe siècle a marqué un tournant dans l’histoire de la mode auquel le Palais Galliera rend hommage jusqu’au 12 juillet 2026. Sous-titrée Un héritage fantasmé, l’exposition souligne, en creux, comment les images populaires permettent aujourd’hui à la mode de se démocratiser un tant soit peu.

Si l’avènement des réseaux sociaux a ouvert d’autres fenêtres sur la mode, son aspect élitiste subsiste et se traduit différemment. Sur les podiums comme dans les campagnes publicitaires, les maisons n’ont de cesse de faire référence à leur passé à travers des détails que seul un œil expert en la matière saura déceler. Maîtrisant l’art de la narration à la perfection, cette industrie se plaît tout autant à se réapproprier des passages de l’histoire, en témoigne la nouvelle exposition du Palais Galliera. Sobrement intitulé La Mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé, l’événement s’intéresse à « la manière dont la mode et la mémoire collective façonnent, transforment et projettent ce passé pour en faire un récit esthétique, culturel et symbolique encore vivant ». Le parcours, chronologique, est riche d’un ensemble de 70 silhouettes. Il nous invite tout d’abord à découvrir des pièces d’époque, parmi lesquelles se compte un corset attribué à Marie-Antoinette, certainement présenté au public pour la dernière fois à cause de sa fragilité. Notre déambulation se poursuit dans la salle oblongue. Les visiteurs défilent et peuvent contempler, de part et d’autre, des robes griffées Chanel, Dior, Givenchy, Vivienne Westwood, Dries van Noten ou encore Jean-Paul Gaultier. 

Zahia Dehar sous les traits de Marie-Antoinette dans le hameau de la reine © Pierre et Gilles
Marie-Antoinette, le hameau de la reine © Pierre et Gilles
Utica Queen / Ethan Mundt, 2021 © Eric Magnussen
Utica Queen / Ethan Mundt, 2021 © Eric Magnussen

Une célébration joyeuse

En dernier lieu viennent les images contemporaines qui marquent les esprits, hantent nos imaginaires et composent une certaine vision du XVIIIe siècle. Deux portraits réalisés par Jean-Paul Goude ouvrent le bal. Le premier, publié dans Harper’s Bazaar, dépeint Mariah Carey sur une balançoire et renvoie aux Hasards heureux de l’escarpolette, célèbre toile de Fragonard. Le second, publié quant à lui dans V Magazine, montre Lady Gaga telle une guerrière armée d’un néon rouge. À quelques pas de là, Madonna interprète sa chanson Vogue dans une robe à la française, lors de la cérémonie des MTV Awards de 1990. Plus loin, nous retrouvons bien évidemment Kirsten Dunst, tantôt dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola, tantôt en une du Vogue américain, immortalisée par Annie Leibovitz à l’occasion de la promotion du film. Enfin, Marisa Berensen, qui joue la comtesse de Lyndon dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick, prend la pose pour Sarah Moon

Outre les tenues inspirées de la même époque qu’elles donnent à voir, ces images partagent de nombreux points communs. Toutes ont pris vie sur les pages d’un magazine, sur petit ou grand écran, ou, autrement dit, des supports grand public. Toutes sont signées de photographes et de réalisateurs de renom. Toutes mettent en scène des actrices et des chanteuses connues de tous, qui apparaissent surtout sous les traits de la fameuse reine de France qui fut précipitée sur l’échafaud en raison de sa coquetterie. Dans cette salle qui achève l’exposition, la mode, si singulière, rencontre alors la culture populaire. Les savoir-faire et les détails oubliés, aujourd’hui préservés dans le secret des ateliers, resurgissent. Le siècle des Lumières, marqué par la Révolution, en propose une nouvelle, beaucoup plus légère : deux mondes se mêlent ainsi dans une célébration joyeuse qui, l’espace d’un instant, n’a que faire de la réalité.

À lire aussi
Des champs de courses aux défilés : l’histoire de la photographie street style
© Séeberger Frères, Les comtesses de Vitrolles et de Miramont au champ de courses, 1925-1930, tirage gélatino-argentique, Achat, coll. Ufac, 1977 / musée des Arts décoratifs
Des champs de courses aux défilés : l’histoire de la photographie street style
Rituel incontournable de la Fashion Week, les clichés pris aux abords des défilés constituent un genre à part entière dont les origines…
19 mars 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Sofia Coppola nous plonge dans les archives personnelles de sa carrière
Sofia Coppola, from Archive (MACK, 2023). Courtesy of the artist and MACK.
Sofia Coppola nous plonge dans les archives personnelles de sa carrière
En cette rentrée, Sofia Coppola publie Sofia Coppola Archive: 1999-2023 qui, comme son nom le suggère, revient sur l’ensemble de sa…
15 septembre 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
This is my house, New York, 1997 © David LaChapelle
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
Jusqu'au 4 octobre 2026, le festival Portrait(s) investit la ville de Vichy pour sa quatorzième édition. Cette année, le photographe...
25 juin 2026   •  
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l'éclat du monochrome
Marie-Jo Lafontaine © Département du Nord
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l’éclat du monochrome
Jusqu’au 27 septembre 2026, le musée de Flandre, à Cassel, consacre la rétrospective Tout ange est terrible à Marie-Jo Lafontaine....
12 juin 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #559 : des histoires de cheveux
© nadiavonscotti / Instagram
La sélection Instagram #559 : des histoires de cheveux
Cette semaine, il est question de cheveux. Symboles identitaires et politiques, les cheveux sont bien plus que de simples accessoires....
09 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Lillian Bassman et Sheila Metzner, deux avant-gardes de la photographie de mode
The Passion of Rome, Fendi, From Life, 1986© Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
Lillian Bassman et Sheila Metzner, deux avant-gardes de la photographie de mode
Jusqu’au 19 septembre 2026, la Galerie Rouge pare ses murs de tirages signés Lillian Bassman et Sheila Metzner. Figures majeures de la...
08 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
© Breno Rotatori
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
Dans Dirigível, Breno Rotatori s’empare d’images trouvées dans ses archives familiales issues de projets militaires. En les...
27 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La jeunesse syrienne en exil dans l'œuvre d'Ameen Abo Kaseem
© Ameen Abu Kaseem
La jeunesse syrienne en exil dans l’œuvre d'Ameen Abo Kaseem
Ameen Abo Kaseem explore, à travers la photographie, les traces laissées par l'exil, la guerre et les déplacements forcés. Né entre...
26 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
This is my house, New York, 1997 © David LaChapelle
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
Jusqu'au 4 octobre 2026, le festival Portrait(s) investit la ville de Vichy pour sa quatorzième édition. Cette année, le photographe...
25 juin 2026   •  
David Hockney, l’appareil photo comme pinceau
David Hockney and his dachshunds Stanley and Boodgie, Los Angeles, 1995 © David Hockney Photo Credit: Richard Schmidt
David Hockney, l’appareil photo comme pinceau
Décédé le 11 juin 2026 à l’âge de 88 ans, David Hockney laisse derrière lui une œuvre monumentale où la peinture, le dessin et les...
22 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas