Dans Cavalcade, Pierre & Florent racontent l’histoire des Amazones d’aujourd’hui

Dans Cavalcade, Pierre & Florent racontent l’histoire des Amazones d’aujourd’hui
© Pierre & Florent
Une femme pose en amazone sur un cheval de tissu
© Pierre & Florent

Jusqu’à la fin de l’été, le musée Fragonard de la Mode et du Costume, situé à deux pas des arènes d’Arles, rend hommage à ces figures locales que sont les Amazones. Costumes équestres féminins, accessoires, peintures, gravures et photographies se mêlent ainsi pour raconter une histoire qui s’écrit encore aujourd’hui. Dans une petite salle semblable à une chapelle, pourvue de bancs et de neuf écrans, les visiteurs peuvent notamment s’immerger dans Cavalcade, une œuvre inédite composée d’un film photographique et de tirages signés Pierre & Florent. À cette occasion, le duo nous dévoile les dessous de ce projet touchant à découvrir avant le 20 septembre 2026.

Apolline Coëffet : De quoi parle Cavalcade ?

Florent : Dans Cavalcade, on a repris le principe d’accumulation textile que l’on retrouve dans nos précédentes séries et on l’a mis au service de cinq femmes qui sont cavalières, montent en amazone [c’est-à-dire avec les deux jambes du même côté de la selle du cheval, ndlr] et ont une pratique du costume traditionnel camarguais. Grâce à ces magnifiques tenues et objets, elles nous racontent comment elles en sont arrivées là. Le sens du projet est d’arriver à faire un panorama de ces cinq femmes, de cette féminité à cheval contemporaine, d’interroger les injonctions à la beauté, d’évoquer les enjeux sociopolitiques que ça soulève, de questionner le vêtement traditionnel, aussi, dans une société où il a l’air d’avoir disparu, mais pas complètement, puisque, en Camargue, il est encore très vivace.

Gros plan sur un tissu rayé rouge et une dentelle blanche
© Pierre & Florent
Une femme en habit traditionnel camarguais
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Silhouette d'une femme de profil, vêtue du costume traditionnel camarguais
© Pierre & Florent

Il s’agit d’un projet inédit, créé spécialement pour le musée de la Mode et du Costume. Comment sa réalisation s’est-elle déroulée ?

Pierre : On a pensé le projet de manière théorique dans un dossier créatif, ce qui a été validé assez rapidement, puis on a bénéficié d’un important soutien du musée dans la mesure où on ne vit pas à Arles. La culture du costume traditionnel n’est pas la nôtre ; or, c’est celle du musée. Clément Trouche [le directeur, ndlr] et son équipe nous ont mis en relation avec ces cinq femmes qui se sont prêtées à l’exercice, qui n’est pas simple. Pour elles, se montrer ainsi, jouer avec leur propre image et raconter leur histoire était un moment fort.

F : Et puis, elles sont toutes différentes et elles ne sont pas au même stade de leur existence. Pour Françoise Margé, la doyenne, qui a 78 ans et qui a été reine d’Arles dans les années 1960, c’est une manière de montrer toute une trajectoire de sa vie, de se remémorer des moments marquants de sa carrière de cavalière, plus ou moins politiques. Pour Amélie Laugier, la plus jeune, qui a 23 ans et qui est la reine d’Arles actuelle, c’est une manière de célébrer cette vie qui, finalement, commence avec ce règne dont elle rêve depuis l’enfance. Chacune d’elles a préparé ses affaires et a choisi le lieu de la prise de vue pour raconter son histoire. En parallèle, on s’est entretenu pendant près de deux heures avec chacune. Certaines nous ont même sorti des photographies, des archives. Ensuite, il y a ce moment de mise en scène où, là, on installe la structure à six mains, elles nous parlent de chaque pièce, puis elles montent sur ce cheval géant et trônent en majesté, souvent dans une posture assez fière, parce que c’est le moment où l’on fait un bilan, où l’on se présente comme on a envie de se présenter. C’est le point culminant du shooting, mais il dure très peu de temps.

Avant ce projet, que vous évoquaient les Amazones ?

F : Honnêtement, j’avais l’impression que c’était un folklore, le spectacle de quelque chose qui n’existait plus que dans les moments de célébration. Et c’était une erreur ! À force de côtoyer Clément, ses équipes et les femmes cavalières, on a bien compris que c’était vivant. Les personnes qui se costument le vivent, l’incarnent. On parle de costume traditionnel, parce qu’il est ancien, mais il est encore mis à jour, il est pensé, réfléchi, il évolue.

P : J’avais même un souvenir antique. J’imaginais le personnage de l’Amazone comme on nous l’a appris à l’école : la guerrière au sein coupé, toute cette histoire de femmes qui vivent entre elles. Ici, il s’agit d’un style de monte à cheval, physique et exigeant, qui est aujourd’hui pratiqué comme un art équestre en tant que tel.

Une femme en habit traditionnel camarguais de dos
© Pierre & Florent
Une femme regarde vers le ciel
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Un selle de cheval pour monte en amazone
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Une femme pose en amazone sur un cheval de tissu
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Quel est le rôle du vêtement, aujourd’hui, chez les Amazones ? Qu’incarne-t-il ?

P : Il est très important. Parmi les témoignages que nous avons recueillis, nous avons celui de Françoise qui, quand elle a été élue reine d’Arles, en 1967, n’avait qu’un rôle d’apparat. Elle n’avait pas forcément le droit de parler en public, c’était très codifié. Or, il s’avère qu’elle était très bonne cavalière et son père lui a conseillé de monter en amazone, ce qu’elle a fait, dans sa grande tenue de reine, toute blanche, qui n’était pas faite pour ça. C’est à partir de ce moment-là qu’ils ont commencé à réfléchir à un costume adapté. Celui de l’Amazone contemporaine emprunte beaucoup au costume du gardian. Le motif, le liseré en velours, le port de la chemise colorée camarguaise, le chapeau en feutre… Elles se sont approprié un vestiaire masculin, tout en le redéfinissant pour elle-même, par elle-même.

F : Le vrai changement est que, aujourd’hui, les femmes travaillent à cheval, en Camargue, et, comme l’explique Aurélie Raynaud, que nous avons rencontrée et qui est manadière à la tête de sa propre exploitation, elles ont besoin d’être libres de leurs mouvements. Avant, elles étaient cantonnées, comme partout, à la sphère domestique. Évidemment, elles avaient une activité dans les pâtures, mais pas auprès des bêtes. Les Amazones voulaient un costume « nouvelle génération », si j’ose dire, qui permettent de naviguer simplement, d’être au galop, de diriger les taureaux. Elles ont adapté les coupes, les finitions et les tissus pour que les costumes ne soient pas fragiles et enfin avoir l’équivalent féminin du gardian. Cela dit, elles ne le portent pas toutes. Aurélie, qui a une trentaine d’années, monte en jeans et en bottes, par exemple. Ça montre aussi une évolution. Cette façon dont les femmes ont réussi à se faire une nouvelle place dans le milieu camarguais du cheval et du taureau est assez récente. Aurélie et sa sœur font partie des premières à avoir hérité d’un de ces domaines familiaux masculins. 

Comment avez-vous conjugué la mise en avant des costumes avec les témoignages ?

P : Ça s’est fait de manière organique. On a essayé d’accompagner le témoignage sans être trop littéraux. On voulait que ce soit des plongées visuelles et sensibles avec de belles matières qui rendent hommage à ce savoir-faire du costume. En même temps, il y a cette poésie de l’accumulation. On dévoile doucement le portrait de chacune aux spectateurs. On essaye de faire en sorte que, à la fin, il y ait une respiration où ils se disent : « C’était une belle rencontre. »

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