Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête

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Écrit par Ana Corderot
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Les Beatles
The Beatles Pose for a photo shoot, 1964 © 1964 Paul McCartney under exclusive license to MPL Archive
LLP

Jusqu’au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney, celle du photographe. Entre 1963 et 1964, avant que la Beatlemania ne devienne incontrôlable, l’artiste a saisi, dans une démarche récréative et naïve, les coulisses du groupe, l’intimité, les visages familiers. Un voyage dans une amitié sincère, faite de sourire, de légèreté, le tout avant la tempête.

En entrant dans l’exposition, une image particulière nous accueille. C’est celle d’une photo de famille datant de 1969, de Paul McCartney, de Linda, sa femme et leur enfant devant un miroir. C’est Linda qui tient l’appareil. Un autoportrait par procuration, une sorte de mise en abyme douce, qui dit d’emblée de quoi il sera question ici : du regard simple et non de la star. Eyes of the Storm – les yeux de la tempête – se concentre sur trois mois à peine, d’octobre 1963 à février 1964. Paul McCartney a 23 ans, et les Beatles sont en train de devenir des superstars. Lui documente tout avec son Pentax, presque frénétiquement, depuis l’intérieur, sans aucune posture, juste dans le feu de l’action.

En découlent des milliers de clichés, dont près de 250 ont été sélectionnés, re-scannés, agrandis, pour cette exposition présentée en première mondiale à la National Portrait Gallery de Londres en 2023, passée par Tokyo avant d’arriver au musée Granet. Des images délaissées des années durant dans des boites, que peu, voire personnes n’avait pu voir. Rosie Broadley, commissaire de l’exposition, en nous contant la genèse de ce projet, évoque la remémoration du chanteur à la découverte de ces dernières : « En sortant toutes les photographies, les noms et les souvenirs sont réapparus chez Paul, comme une éclaircie. C’était un moment merveilleux.« 

La légèreté en boussole

Le parcours suit leur géographie de ces trois mois : Angleterre, Paris, puis l’Amérique. À Londres d’abord, les salles de concert ne sont pas « très glamour » alors il tourne l’objectif vers les gens, le public, sa mère. Le tout dans une bienveillance et une proximité rare. On y suit les nuit agitées de leur tournée. Les photos sont accompagnées d’anecdotes écrites par Paul lui-même, reproduites dans sa propre calligraphie. « Il ne sait pas vraiment où c’était, car il voyageait tout le temps », dit Rosie Broadley. Ce flou géographique dit quelque chose de l’état dans lequel ces images ont été prises. Elles révèlent un mouvement, un élan, et l’ignorance du basculement de trajectoire arrivant.

Paul McCartney ne se présente pas comme un photographe. Il est enthousiaste et adore ça, il a appris de son frère Mike, lui, vrai photographe. Et ça se voit, dans le bon sens du terme, car les images bougent, ne sont pas toujours précises, parfois floues. On y voit George Harrison, avec deux chapeaux sur la tête ou John Lennon au téléphone, pris de biais, décontracté. Ringo Starr saisit en coulisse. « Seul un Beatles peut photographier des Beatles comme ça », observe la commissaire, c’est toute l’intimité de la vie du groupe. » Ce n’est pas de la photographie de stars, mais celles d’amis qui n’ont pas encore tout à fait réalisé leur statut.

Une salle est consacrée à leur passage à l’Olympia à Paris en 1964, aux côtés de Sylvie Vartan et Johnny Hallyday. Elle rappelle qu’ils étaient déjà venus en auto-stop en 1961, notamment pour y voir Johnny Hallyday performer. Trois ans plus tard, ils reviennent, et ce sont eux les pop stars. Paul McCartney photographie depuis la limousine comme un touriste émerveillé, car après tout, c’est ce qu’il est. Des cadres dorés rappellent leur séjour au Georges V, perçu comme surréel, des coupures de journaux retracent leur ascension. Ils viennent de devenir le premier groupe britannique numéro un aux États-Unis.

Paul McCartney, John et George, Paris, janvier 1964
© 1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
ringo starr
Paul McCartney, Ringo Starr, Londres, janvier 1964
© 1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
John Lennon
Paul McCartney, John Lennon, Paris, janvier 1964
© 1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
New York
Paul McCartney, New York, 1964
© 1964 Paul McCartney under exclusive license to MPL Archive LLP
Paul McCartney, West 58th Street, à l’intersection de la Sixième Avenue, février 1964
© 1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP

Suspendus entre deux mondes

Vient l’Amérique, et avec elle, la couleur. L’exposition bascule littéralement. « C’est comme si on avait vécu dans un monde en noir et blanc pendant le reste de la tournée, et ici, soudainement, nous nous retrouvions au pays des merveilles : la Floride, le soleil, les piscines« , écrit Paul McCartney. Miami, la plage et des peaux très blanches, presque rouges. Les garçons qui sortent à peine de l’adolescence se plaisent à jouer devant la caméra. Les assemblages au mur font sourire. On aperçoit un sergent de police et John Lennon qui fait le clown. « Ils ne se rendaient pas compte que c’était eux, les stars », dit Rosie Broadley. C’est avant la folie de ce qu’ils allaient devenir, ils avaient du temps pour être ensemble, pour se relâcher. Ils avaient travaillé pour ça. »

L’exposition se clôt sur un film que Paul McCartney a réalisé lui-même pour l’occasion. Il y présente des photographies défilant sur une musique qu’il a composée, comme un ultime geste d’auteur sur ce corpus qu’il avait laissé dormir si longtemps. Comme une ode au calme, avant la gloire planétaire, la décadence.

Eyes of the Storm, c’est le monde d’avant. C’est l’amitié bien avant le groupe de musique, la naïveté et une réalité qui fait encore rêver, souriante, pleine d’espoir, si loin de ce qu’elle est devenue. Une sorte de sas, suspendu entre deux époques. Paul McCartney photographe, c’est aussi rare qu’évident

Georges Harrison
Paul McCartney, George Harrison, Miami Beach, février 1964
© 1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Paul McCartney, Photographes à Central Park. New York, février 1964
© 1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Paul McCartney, John Lennon
© 1964 Paul McCartney under exclusive license to MPL Archive LLP
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