
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres histoires, pensées comme des manières de conjurer les fake news et de voir, les yeux grands ouverts, notre réalité, et ce qu’il faut changer.
Une silhouette qui court, sans que l’on ne sache ni d’où elle vient ni où elle va. Des avions de chasse qui laissent des traînées blanches dans le ciel, et la sensation, partout, de ne pas pouvoir échapper à ce qui nous attend. « Tu vas devenir aveugle » (« Te vas a quedar ciego », en espagnol), c’est ce que lui criait la mère de David Salcedo, petit, lorsqu’il passait trop d’heures devant la télévision. C’est de cette réprimande qu’a germé l’idée de sa série du même nom. Un projet né d’un attachement à la lumière, non pas celle des écrans télé, mais celle de la Méditerranée espagnole, sa mer sacrée. Pour l’artiste, cette lumière particulière est un véritable guide symbolique, mais aussi et surtout une inspiration constante pour son travail, comme si elle était le liant de toute chose, toute œuvre. Elle illuminerait, comme pour nous électriser de sa vérité, et l’on voudrait s’en approcher, sans y laisser la vue. « En y regardant de plus près, on constate que, malgré des différences, mes photographies partagent la même essence, comme si elles respiraient le même air. Je dirais que j’ai toujours photographié ce qui m’entoure, tout mon travail est ancré dans ma réalité immédiate. »





Redonner du sens
Cette lumière, justement, venait à manquer en temps du confinement, période durant laquelle il a démarré sa série. « J’ai mentionné précédemment que la lumière méditerranéenne est très importante pour moi et, par une heureuse coïncidence, ce travail a été réalisé sans quitter mon domicile pendant le confinement. Au début, j’avais le sentiment que les informations diffusées sur la chaîne de télévision publique nous trompaient. En guise de protestation, j’ai décidé de photographier l’écran de télévision pendant le journal de midi, tous les jours jusqu’à la fin de la pandémie », explique-t-il. L’idée de départ était donc d’utiliser ses images aux airs manipulateurs afin de les retravailler et créer son propre imaginaire. Une fois capturées, ses images sont retravaillées à l’ordinateur de sorte à leur donner un nouvel aspect, une texture et une esthétique imitant celles du daguerréotype. « Une fois le projet terminé et le récit mis en place, je ne cherchais pas à expliquer quoi que ce soit, mais simplement à créer une succession de plaisirs visuels, à la manière d’un film de David Lynch », ajoute-t-il.
Dans Te vas a quedar ciego, une sorte de voile recouvre toutes les images. C’est certainement l’effet du noir et blanc granuleux, ou bien ce que notre œil occulte, par peur de ce qui s’y trame. On finit par consommer les images sans vraiment saisir ce qui se joue, sans prendre conscience de ce qui se joue. Mais il faut être vigilant, car l’histoire se répète et l’on ne peut plus jouer aux aveugles. Il faut rouvrir les yeux, donner à cet homme, qui nous semblait courir nulle part, une nouvelle trajectoire, qu’il se dirige vers des jours plus justes, plus lumineux.







