Promenades photographiques à Vendôme

17 juillet 2018   •  
Écrit par Eric Karsenty
Promenades photographiques à Vendôme

La 14e édition des Promenades photographiques de Vendôme nous propose un joli programme associant photographes émergents et auteurs confirmés, tout en faisant la part belle aux femmes photographes. C’est aussi l’occasion pour une trentaine d’étudiants réunis dans un campus international de faire l’expérience d’une création collective dirigée par Mat Jacob, l’un des cofondateurs de Tendance Floue.

Loin de l’effervescence arlésienne où se presse tout le gotha de la photographie mondiale, surtout lors de la semaine d’ouverture des Rencontres, la petite ville de Vendôme, sous-préfecture du Loir-et-Cher, semble bien calme. Une « belle endormie » charmante, paisiblement parcourue par ses 17 000 habitants, que réveille Odile Andrieu, la fondatrice des Promenades photographiques, un festival qui monte en puissance d’année en année. Et cette nouvelle édition ne déroge pas à la règle en nous proposant une programmation alléchante.

Approche ludique et provocante

On trouve ainsi une rétrospective d’Ouka Leele, star de la movida espagnole des années 1980, qui investit la chapelle Saint-Jacques avec ses images colorées et iconoclastes. Son approche ludique et provocante contraste à merveille avec la religiosité du site pour donner plus d’éclat à son inventivité qui se déploie en grands formats. Très belle exposition aussi d’Ayana V Jackson au musée de la ville. L’artiste, qui vit entre New York et Johannesburg, explore la représentation de la femme noire en interrogeant les références artistiques classiques qu’elle revisite en se mettant en scène. « Je réalise ce que je voudrais voir pour changer quelque chose dans le passé, pour aller droit au présent afin d’avoir un avenir meilleur », précise-t-elle. On a aussi découvert Inta Ruka, présentée comme « l’héritière de Walker Evans, de Dorothea Lange ou d’August Sander » qui, avec My Country People, nous donne à voir la campagne lettone des années 1970 à aujourd’hui. Une fresque qui se déploie sur les cimaises du manège Rochambeau, qui concentre la plupart des expositions.

© Ouka Leele© Ouka Leele

© Ouka Leele

Sensualité et moiteur

Dans ce même manège, on retrouvera le très beau travail de Ljubisa Danilovic sur le delta du Danube, qui fera l’objet d’un livre à la rentrée. « Tu verras les images ; il y est question de retour à l’état sauvage, de communion avec la nature, de la solitude des derniers hommes, ceux qui survivront au grand effondrement. La lune, au-dessus de nous, en est la grande annonciatrice. Elle est le symbole de cette aridité à venir, cette stérilité de nos vies sans cesse renouvelées. Jusqu’au jour où la nature toute puissante reprendra ses droits, sans nous », précise l’auteur. On verra aussi plusieurs visions d’Istanbul à travers les regards de Gilles Roudière, Tilby Vattard et Philippe Bernard. On plongera ensuite dans la sensualité et la moiteur du Cabaret cubain de Caty Jan, au milieu des années 1990. Sans oublier le prix du public Mark Grosset, attribué l’an dernier à Christian Sanna, qui expose une série sur le tabou des jumeaux au sein d’une ethnie malgache. Et les deux lauréats 2018 du prix Mark Grosset (distingués par un jury de professionnels de l’image) : Antoine de Winter de l’école Agnès Varda à Bruxelles, dans la catégorie plasticienne ; et Margaux Senlis des Gobelins, dans la catégorie documentaire pour un très beau travail sur les mines non explosées au Vietnam, au Laos et au Cambodge.

© Ljubisa Danilovic© Ljubisa Danilovic

© Ljubisa Danilovic

Création collective

Enfin, les Promenades photographiques de Vendôme offrent aussi à une trentaine d’étudiants des écoles partenaires (l’EMI-CFD, les Gobelins et la Sorbonne à Paris ; l’école Agnès Varda à Bruxelles, et l’ETPA à Toulouse) la possibilité de travailler une dizaine de jours sous la direction de Mat Jacob, cofondateur du collectif Tendance Floue, et d’enseignants de ces établissements. Ce « campus international », placé sous le thème du « Slogan », clin d’œil au 50e anniversaire de Mai 68, associe art et pédagogie dans une création collective restituée sous forme d’exposition et de film, qui sont à retrouver ici.

 

SLOGAN // Le film photographique (9 min) :

SLOGAN // Le Making-Of (19 min):

Et en bonus, le podcast d’Alex en roue libre, un focus sur Campus et une immersion radiophonique dans les coulisses du festival :

© Ouka Leele© Ouka Leele

© Ouka Leele

© Ayana V. Jackson

© Ayana V. Jackson

© Inta Ruka © Inta Ruka 

© Inta Ruka

© Ljubisa Danilovic© Ljubisa Danilovic

© Ljubisa Danilovic

© Tilby Vattard 

© Tilby Vattard

© Caty Jan

© Caty Jan

© Christian Sanna© Christian Sanna

© Christian Sanna

Jusqu’au 2 septembre 2018

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