Un peu de Lectoure pour votre été

26 juillet 2018   •  
Écrit par Elodie Lenhardt
Un peu de Lectoure pour votre été

Pour sa 29ᵉ édition, l’Été photographique de Lectoure, organisé par le Centre d’art et de photographie, aborde un thème cher au monde de l’art : la collection.

Derrière chaque collection, il y a des choix de collectionneurs et la création d’une nouvelle réalité. Parfois même, les artistes en sont mis à l’écart, comme si le collectionneur redéfinissait l’œuvre en se l’appropriant. Marie-Frédérique Hallin, directrice du Centre d’art et de photographie de Lectoure, a souhaité aborder ce thème fondamental de l’histoire de l’art, qui prend ses racines dans une passion primaire : rassembler des objets pour raconter le monde, en créer un nouveau, ou encore pour parler de soi. Ce geste de conservation est primordial, notamment dans l’histoire de la photographie. L’édition 2018 de l’Été photographique de Lectoure est une immersion dans ce que les collections ont de plus intime. En déambulant dans cinq lieux chargés d’histoire, on se sent soudainement privilégiés, comme lorsque nous est confié un secret conservé précieusement. Focus sur les deux coups de coeur de la rédaction.

Reprendre possession des lieux

Pour se mettre dans l’ambiance du travail d’Arno Brignon situé au premier étage de l’ancien hôpital de Lectoure, un détour s’impose au rez-de-chaussée, au milieu des mille trouvailles du “village des brocs”, le repère des brocanteurs du coin. Le voyage dans le souvenir est alors engagé. Dans ce bâtiment construit au 12ᵉ siècle par les Comtes d’Armagnac, les murs semblent garder l’histoire de la ville. Arno Brignon a passé plusieurs mois en résidence dans la région. En utilisant la camera obscura pour réaliser des portraits d’habitants, il révèle leurs histoires à travers des images de caractère. Les photographies développées à même les murs redonnent vie à cette bâtisse partiellement abandonnée. À côté de ces immenses portraits monochromes, l’artiste partage ses expériences de la résidence. Il raconte, entre autres, l’attachement des habitants à leur commune : « Certains sont partis faire leur temps ailleurs (…) mais une force presque mystique semble les faire revenir entre les remparts de Lectoure ». Un travail sensible dont les aspérités des images, dues au procédé, se confondent avec celles des murs. Les habitants reprennent possession des lieux. Ces portraits sont autant de témoignages qui viennent déplorer la fermeture de cet hôpital en 2011. À travers ces portraits de famille, Arno Brignon convoque et projette les esprits du passé et invite le spectateur à imaginer la suite.

© Arno Brignon© Arno Brignon
© Arno Brignon© Arno Brignon

© Arno Brignon

Un univers intimiste et surréaliste

C’est dans la belle halle aux grains gersoise que l’on découvre les travaux d’Annabel Werbrouck. La photographe belge fouille, chine, collecte des photographies d’inconnus. En s’appropriant ces images orphelines, et en les couplant à d’autres, elle les inscrit dans de nouveaux récits. Pourquoi prendre des photos quand la planète en est déjà inondée ? Tel était son propos de départ. La sélection présentée ici, tirée des séries Les oubliés I et II, réinvente la notion de collecte. Ces images dénichées sont autant de petites trouvailles que l’artiste transfigure en faisant siennes. Il y a quelque chose de presque enfantin, sans rien enlever à la technicité, dans sa manière de sublimer ces images vernaculaires. Annabel Werbrouk a su créer un univers intimiste et surréaliste en manipulant ces portraits d’étrangers, toujours en noir et blanc. C’est l’essence même du principe de la collection qui est exposé là. Rassembler pour créer.

© Annabel Werbrouck© Annabel Werbrouck
© Annabel Werbrouck© Annabel Werbrouck
© Annabel Werbrouck

© Annabel Werbrouck

© Arno Brignon© Arno Brignon

Photo d’ouverture © Arno Brignon

Explorez
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
© Yasmina Benabderrahmane
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
Pour la 3e édition du festival Mondes en commun du musée départemental Albert-Kahn, ce sont onze photographes qui déploient leurs œuvres...
30 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Les Aygalades (détail), Bactériographie, impression UV sur verre, 2026 © Lara Tabet / BMW ART MAKERS
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Lauréates du programme de mécénat BMW ART MAKERS 2026, l’artiste Lara Tabet et la commissaire Yasmine Chemali explorent les eaux...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Piton Carré, massif du Vignemale, 2021, série De glace © Grégoire Eloy
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Jusqu’au 31 mai 2026, les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2026 dévoilent leur nouvelle édition. Cette année...
20 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
13 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
© Stephan Gladieu
Stephan Gladieu : regarder cette autre Amérique
Dans Authentic Americans, Stephan Gladieu s’est immergé dans l'Amérique du centre et du sud, une Amérique dite profonde. Il s’y est rendu...
06 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Sans titre, in "Dami (Fulmen)", 2023. Thermogramme sur aluminium brossé. Courtesy Galerie Christophe Gaillard © SMITH
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, le MAC VAL met à l’honneur le travail de SMITH à travers une exposition intitulée Ici...
06 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin