L’amour d’une mère résiste aux catastrophes naturelles

18 mars 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
L’amour d’une mère résiste aux catastrophes naturelles

Dans The bushfire, the flood and the virus, la photographe Lisa Sorgini documente son quotidien, bouleversé par une succession de catastrophes naturelles, en Australie. Avec une sensibilité picturale, elle aborde les notions de liens familiaux, d’anxiété, et de désarroi.

Novembre 2020. En Australie de l’Est, les feux de forêt se multiplient et brûlent de larges territoires de la Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria – jusqu’à 5,3 millions d’hectares, soit environ 7% de l’État. Les conséquences sont désastreuses : pertes humaines, parcs nationaux détruits, espèces animales malmenées… Un mois plus tard, des torrents d’eau se déversent et ces territoires, jusqu’alors arides, se retrouvent inondés. Peu de temps après, l’épidémie de la Covid-19 atteint le pays. Une chaîne de catastrophes, surnommée le « Black Summer » qui plonge l’Australie dans une anxiété collective palpable. « En tant que mère de famille cela m’a plongé dans un état persistant de panique. L’équilibre entre l’envie de partager le désespoir des autres, tout en restant positive pour mes enfants n’avait jamais été aussi difficile à maintenir », confie Lisa Sorgini.

Pour l’artiste visuelle australienne, la photographie est un outil cathartique permettant, de manière souvent abstraite et non linéaire, de percevoir sa place dans le monde. Inspirée par les relations entre mère et enfant, la notion de communauté et les constructions sociétales, elle développe des séries profondément intimes, où règnent calme et compassion. « Ayant grandi au sein d’une famille dysfonctionnelle, et après avoir perdu ma mère, suite aux complications d’un cancer, quelques mois avant la naissance de mon premier enfant, j’ai l’impression que ma propre histoire m’a rendue plus sensible à l’amour profond qui existe en parallèle des traumatismes générationnels », explique-t-elle.

© Lisa Sorgini© Lisa Sorgini

La dualité entre l’ombre et la lumière

Bouleversée par la déferlante du Black Summer, Lisa Sorgini s’est réfugiée dans la création pour échapper aux doutes, à la peur quotidienne. De ce besoin de se rassurer nait The bushfire, the flood and the virus. Une œuvre picturale révélant un Éden sacré, un havre de paix au cœur d’un monde sombrant dans le chaos. Tel un conte – l’énumération du titre de la série évoque d’ailleurs les fables enfantines – la série immerge le regardeur dans un territoire aux tons chauds, à la beauté surnaturelle. Un espace fantasmé, contrastant avec la réalité cruelle. « J’ai toujours été sensible à la dualité entre l’ombre et la lumière. Si dès l’enfance, on nous encourage à être optimistes, cette focalisation sur la légèreté peut parfois nous empêcher d’accepter le fait que la part sombre doit aussi exister. Ces symboles d’innocence sont très présents dans mon œuvre, mais j’entends les montrer dans un contexte plus funèbre », confie l’artiste.

Dans les images de l’artiste, les clairs-obscurs et palettes de couleurs chaudes donnent au réel une dimension dramatique, les étendues d’eau laissées par les inondations dialoguent avec les baignades en famille. Les maisons de bois penchent dangereusement et témoignent de la fragilité de l’existence – et de la planète. Pourtant, les fleurs, paysages luxuriants et cris de joie insouciants dominent. Une dichotomie que l’on se plaît à analyser au gré des promenades en pleine nature de l’artiste et ses enfants. « J’apprécie beaucoup la lumière des peintures de la renaissance. Lorsque j’étais jeune, ma grand-mère exposait chez elle des œuvres terrifiantes, où des monstres étaient éclairés par des lueurs splendides. Je pense que ces scènes m’ont beaucoup affectée. En tant que photographe, j’aime aujourd’hui représentés des sujets difficiles d’une manière éthérée », raconte-t-elle. Et, au fil du projet, ses hantises surgissent, çà et là, éclipsées, pourtant, par une sensation tout autre : celle d’un cocon, protégeant, avec amour, ses enfants. « J’étais tellement obnubilée par leur bien-être que ces éléments sont apparus naturellement – des évidences de mon besoin de les préserver des événements actuels », conclut-elle.

© Lisa Sorgini© Lisa Sorgini

© Lisa Sorgini

© Lisa Sorgini© Lisa Sorgini
© Lisa Sorgini© Lisa Sorgini

© Lisa Sorgini

© Lisa Sorgini© Lisa Sorgini
© Lisa Sorgini© Lisa Sorgini

© Lisa Sorgini

© Lisa Sorgini

Explorez
Les images de la semaine du 23 février 2026 : au cœur de l'action
© Robert Capa / France – Normandie. 6 juin 1944. Les troupes américaines prennent d'assaut la plage d'Omaha lors du débarquement du Jour J.
Les images de la semaine du 23 février 2026 : au cœur de l’action
C'est l'heure du recap' ! Photographies de rue dans des métropoles qui vivent à toute vitesse, photographies au plus près des évènements...
01 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Mia Hama et Yuji Tanno remportent le prix Zooms Japan 2026 !
© Mia Hama
Mia Hama et Yuji Tanno remportent le prix Zooms Japan 2026 !
Dans le cadre du Salon de la photo de Yokohama, ou CP+, deux artistes, Mia Hama et Yuji Tanno ont remportés le prix Zooms Japan 2026 et...
23 février 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Les images de la semaine du 16 février 2026 : de la mémoire réinventée
Image issue du court-métrage Rememory © Maru Kuleshova
Les images de la semaine du 16 février 2026 : de la mémoire réinventée
C’est l’heure du récap' ! Cette semaine, les images nous parlent de l’histoire, du temps qui passe et de ce qu’il dépose sur les esprits...
22 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les Corps élastiques : Lucie Pastureau et les expériences qui s’ancrent dans la chair
© Lucie Pastureau
Les Corps élastiques : Lucie Pastureau et les expériences qui s’ancrent dans la chair
L’Institut pour la photographie de Lille poursuit sa collaboration avec le Théâtre du Nord en y dévoilant Les Corps élastiques de Lucie...
20 février 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Jean Painlevé : la science en rythme et les pieds dans l’eau
Jean Painlevé. Buste d’hippocampe, vers 1931. Épreuve gélatino-argentique d’époque © Les Documents Cinématographiques/Archives Jean Painlevé
Jean Painlevé : la science en rythme et les pieds dans l’eau
Le musée de Pont-Aven nous invite, jusqu’au 31 mai 2026, à une plongée fascinante dans l’univers de Jean Painlevé. Bien plus qu’une...
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Les coups de cœur #576 : Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer
© Paulina Korobkiewicz
Les coups de cœur #576 : Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer
Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer, nos coups de cœur de la semaine, documentent des aspects du monde dans des approches distinctes....
02 mars 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 23 février 2026 : au cœur de l'action
© Robert Capa / France – Normandie. 6 juin 1944. Les troupes américaines prennent d'assaut la plage d'Omaha lors du débarquement du Jour J.
Les images de la semaine du 23 février 2026 : au cœur de l’action
C'est l'heure du recap' ! Photographies de rue dans des métropoles qui vivent à toute vitesse, photographies au plus près des évènements...
01 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Robert Capa : au plus près
© Robert Capa / Italie — Près de Troina. Août 1943. Un paysan sicilien indique à un officier américain la direction prise par les Allemands.
Robert Capa : au plus près
Le musée de la Libération de Paris consacre, jusqu’au 20 décembre 2026, une exposition en hommage à Robert Capa, figure majeure de la...
28 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot