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Ils sont de ces artistes insaisissables qui ne s’enferment dans aucune case, préférant habiter les silences entre les disciplines. Photographe cofondateur de l’agence MYOP et musicien virtuose, Oan Kim a fait de l’indécision un art de vivre, et de créer. Rencontre avec un touche-à-tout mélancolique qui, à force de ne pas choisir, a fini par tout réussir. Cet article est à retrouver dans son intégralité dans le Fisheye#75.
Dans la clameur électrique de l’Accor Arena, j’étais venu écouter Feu ! Chatterton et, soudain, une silhouette familière s’est détachée de la pénombre pour rejoindre le groupe. Un saxophone à la main, Oan Kim a pris la lumière. J’étais stupéfait. Je devais interviewer ce photographe, deux jours après, que je savais musicien brillant, mais je ne m’attendais pas à cela. Et pourtant, en le regardant jouer, cette présence m’a semblé d’une évidence absolue. Cet artiste est si inattendu, si plein de ressources, que le voir ainsi transcender les disciplines paraissait finalement tout à fait naturel.
Cette dualité n’est pas une posture, c’est une colonne vertébrale. Né en 1974, Oan Kim a construit son identité sur ce va-et-vient constant entre l’image et le son, deux mondes qu’il a longtemps gardés étanches avant d’accepter leur porosité. Son parcours académique porte déjà les stigmates de cet écartèlement brillant : d’un côté, la liberté des Beaux-Arts de Paris ; de l’autre, la rigueur monacale du CNSM où il étudie l’écriture musicale, le contrepoint ainsi que la fugue.
« Le conservatoire, c’était un peu l’armée, se souvient-il On reste enfermé dans une pièce pendant douze heures, avec juste du papier et un crayon. L’idée, c’est d’être capable de composer sans entendre ce que tu écris. » À l’inverse, la photographie a été pour lui une école du dehors, une manière d’arpenter le monde, chaussures aux pieds. Il résume cette dichotomie avec une formule qui fait mouche : « La photo consiste pour moi à mettre tes chaussures et sortir de chez toi. La musique, tu enlèves tes chaussures, tu t’enfermes dans une pièce sans fenêtre et tu fermes les yeux.» Pendant des années, Oan Kim a mené ces deux vies en parallèle, laissant l’une reposer quand l’autre l’appelait. En photographie, il rejoint l’aventure collective de l’agence MYOP en 2005, porté par l’enthousiasme de son ami d’enfance, Guillaume Binet. Au sein de ce groupe de documentaristes, il assume une position singulière, celle du plasticien qui refuse le reportage pur. Ses images, qu’il s’agisse des fanfares de sa jeunesse ou de ses errances urbaines, ne cherchent pas à prouver le réel mais, à en révéler l’étrangeté. Il travaille la matière, le flou, la solarisation, cherchant un rendu « cotonneux, proche du dessin de Georges Seurat ».
Mais pour comprendre la densité de son œuvre, il faut regarder vers l’Est, vers l’ombre tutélaire de son père, Kim Tschang-Yeul. Géant de la peinture coréenne contempo- raine, célèbre pour ses gouttes d’eau peintes avec une obsession zen, ce père a infusé chez son fils une sensibilité particulière, faite de non-dits et de mystère. Leur relation, pudique, s’est tissée par-delà les mots. « On ne se parlait pas beaucoup », confie-t-il, évoquant le documentaire L’homme qui peint des gouttes d’eau qu’il a coréalisé sur lui. « C’était un peu comme les chiens : ils ne se parlent pas, mais ils aiment bien être proches les uns des autres. Rien que ça, c’est une forme de communication. »
Cet article est à retrouver en intégralité dans le dernier Fisheye.
