Computer Punch Cards d’Antony Cairns

Computer Punch Cards d'Antony Cairns
© Antony Cairns
Memory Cards
© Antony Cairns
Memory Cards
© Antony Cairns

Dans Computer Punch Cards, Antony Cairns réutilise des cartes mémoires mises au rebut depuis des années, pour composer des images plastiques aux allures de science-fiction. Cet article, à retrouver en intégralité dans le dernier numéro de Fisheye, a été rédigé par Jordane de Faÿ.

Sommes-nous à Tokyo, Paris ou New York ? Dans les années 1920, 1960, 2000 ou 2020 ? Difficile de s’y retrouver, et de se retrouver, dans les clichés floutés d’Antony Cairns. Le photographe londonien nous offre pour seuls repères la ville et la nuit. À chaque image, aussi noire que lumineuse, aussi simple que mystérieuse. Un peu comme le procédé technique utilisé par l’artiste, qui capture ses images avec un appareil 35 mm argentique noir et blanc avant d’inverser les négatifs en positifs, puis de les numériser pour les imprimer sur des cartes mémoire cartonnées IBM des années 1960-70. Ces dénommées memory punch cards, produites en continu des années 1920 aux années 1970, sont les ancêtres de nos nano cartes mémoires contemporaines. À leur création, elles représentent le tout premier moyen de coder et de décoder de l’information pour des ordinateurs.

Les cartes papiers, qui mesurent toutes exactement 18,7 × 8,3 cm et varient du rose au crème, du bleu pâle au vert clair, en dégradé de pastel et arborent des rangées bien rangées de numéros, trouées pour inscrire une donnée. Celles qu’utilise Antony Cairns sont restées intactes. Provenant de vieux stocks, elles font partie de ces centaines de milliers de cartes devenues obsolètes à l’arrivée des disquettes. Le photographe en a découvert l’existence sur Ebay, où il achète beaucoup de matériel devenu inutile. « La photographie et la technologie, qui sont intrinsèquement liées, vont vite. Maintenant, c’est au tour de l’IA. Je ne suis pas un énorme geek, mais j’aime utiliser les choses oubliées, laissées pour compte, avec les avancées », explique celui qui se dit parfois être « un Ebay artist ».

Art et utiliser

« One man’s trash is another man’s treasure » [« Les déchets des un·es font le bonheur des autres », ndlr], dit l’adage anglophone, qui pourrait bien être le manifeste d’Antony Cairns. Dans une autre série, le photographe tire parti du Sony Mavica FD200, le premier appareil sur le marché à avoir un écran LED intégré, et le dernier à enregistrer les photos directement sur une disquette. L’appareil du début du millénaire avait également la fonction de montrer celles-ci sur son petit écran dans un slide show infini. À une époque où la plupart des gens ne possédaient pas d’ordinateur, l’effet d’un appareil-album photos vivant deux en un, avait quelque chose de ludique autant que magique.

À l’aune de l’IA, des smartphones et des gigas-écrans, l’utilisation de ce vieil ovni de la photographie par l’artiste, qui va, dans ses expositions, jusqu’à connecter l’appareil à des télés vintage pour en faire défiler en pixels brouillés les clichés, a quelque chose de touchant. Dans tous les sens du terme : cet hommage à un âge révolu est aussi un message esthétique, qui prend le parti de la matière plastique. Diffusées en continu sur une lourde télé carrée, les prises de vue numériques deviennent sensiblement tangibles. De la même façon, les abstractions nocturnes argentiques imprimées sur des cartes mémoires physiques, à l’origine destinées à la collecte de données numériques, mettent en œuvre une métamorphose de la matière. De la chimie dans la chambre noire d’un négatif transformé en positif, une alchimie entre le monde physique et méta- physique opère.

L’article est à retrouver en intégralité dans Fisheye #75.

Memory Cards
© Antony Cairns
Autoportrait d’Antony Cairns

Né en 1980 à Londres, où il vit et travaille, diplômé du London College of Printing, Antony Cairns est reconnu pour son travail expérimental sur le paysage urbain de mégalopoles (New York, Londres, Tokyo, Los Angeles…) à l’aide de différents supports photographiques. Ses séries photo, qui se déploient sur des décennies sans jamais être finies, mêlent procédés analogiques, technologies numériques obsolètes et techniques d’impression alternatives.

À lire aussi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l’image. Entre la…
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Pour le printemps, Fisheye dévoile sa nouvelle formule, désormais disponible en kiosque
© Sander Coers
Pour le printemps, Fisheye dévoile sa nouvelle formule, désormais disponible en kiosque
En ce premier jour du printemps, Fisheye vous dévoile son numéro 75, le premier de sa nouvelle formule ! Repensé pour être au plus près…
20 mars 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet

Explorez
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
© Robert Charles Mann, courtesy Galerie Capazza
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
Le Domaine national de Chambord nous invite, jusqu’au 21 juin 2026, à une plongée dans l’univers de Robert Charles Mann. SOLARIS est bien...
04 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
© Lore Van Houte
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
29 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #554 : jardin d'été, jardin de fées
© alchemytintypestudio / Instagram
La sélection Instagram #554 : jardin d’été, jardin de fées
Alors que les rayons du soleil frappent dans l’après-midi, il est temps pour le promeneur de se reposer au pied d’un arbre. Peu à peu...
28 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
© Helena Almeida sans titre, 1975 Fundació Foto Colectania.
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, nous décomposons les images pour découvrir les processus créatifs qui se cachent derrière ce que...
26 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
© Robert Charles Mann, courtesy Galerie Capazza
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
Le Domaine national de Chambord nous invite, jusqu’au 21 juin 2026, à une plongée dans l’univers de Robert Charles Mann. SOLARIS est bien...
04 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
Shine Heroes, 2018 © Federico Estol
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous poussent à prendre du recul face à nos certitudes et à interroger ce que l’on...
03 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
15 expositions photographiques à découvrir en mai 2026
Oedipus, 2021 © Linder Sterling, courtesy of the artist and Modern Art
15 expositions photographiques à découvrir en mai 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en mai 2026....
30 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine