Chère Lisa : ces choses que l’on revêt

03 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Chère Lisa : ces choses que l’on revêt
© Louise Chevallet
Image du livre Chère Lisa
© Louise Chevallet / Reprographies : Julie Meyer

C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À partir de textes retrouvés, d’images d’archives et de nouvelles photographies, elle compose, à travers le prisme du vêtement, un portrait singulier de sa mère. Une histoire de transmission et de ce que l’on conserve et revêt au fil des ans.

Un petit carnet rouge habillé de velours, contant une adolescence farouche à Casablanca, a suffi à Louise Chevallet pour la mener sur le chemin de la création. Avec sa mère en protagoniste dudit carnet, elle a autoédité Chère Lisa, un livre recomposant cette partie de sa vie au Maroc. Lisa, c’était le nom que sa mère avait donné à son journal intime, lequel, Louise, sa fille, a découvert bien des années plus tard. « J’ai lu ce journal pendant le Covid, j’ai découvert les photographies de cette époque, des lettres. Je savais que j’allais faire quelque chose de tout ça, mais il m’aura fallu plusieurs années pour mener ce projet à bien, je ne voulais rien laisser au hasard. »

Intriguée par ce qu’elle découvre, et en petite dernière d’une fratrie de trois, elle s’interroge sur ce pan de sa vie qu’elle n’a pas connu et décide de créer avec sa mère, en intervenant sur ces instants contés. Agir sur les textures, les papiers, les odeurs et les espaces traversés, pour aller plus loin, renouer avec ce temps révolu et composer un nouveau journal.

Corps de femme avec une robe et des oranges dessus
© Louise Chevallet
Image du livre Chère Lisa
Design éditorial et Reprographies : Julie Meyer
92 pages
35 €

Le vêtement en liant

En 2022, Louise Chevallet et sa mère partent à Casablanca sur les lieux qui ont composé son enfance, une valise à la main remplie de quelques vêtements de cette époque. Pour la photographe, venue du monde de la mode – passée par l’école Estienne, Duperré et le Master 4 Écoles (Boulle, Olivier de Serres, Duperré et Estienne) – , le rapport à l’objet est central, il est perçu comme un catalyseur d’émotions, de souvenirs et finalement d’appartenance. Le vêtement, notamment, est ici compris comme « un moyen de parler d’identité, de mémoire et d’intimité ».

Dans les images qu’elle crée, elle met en scène sa mère, vêtue des habits apportés. Devenus trop petits, ils mettent davantage en avant la beauté d’un corps qui a changé, qui a porté la vie, plusieurs fois, et qui, aujourd’hui, est celui d’une femme accomplie. Et dans l’ensemble du livre, un sentiment de présence-absence se fait sentir. C’est comme si certains éléments nous manquaient, des moments passés qui se déliteraient, des paysages mentaux trop lointains, trop enfouis pour les raviver. « Avec mon amie Julie Meyer, on a travaillé ce jeu de caviardage dans le livre : des images d’archives que l’on a omises, des textes rajoutés, des calques qui permettaient de préserver une certaine intimité, un mystère lié au journal intime. Dans mes photos réalisées récemment, je souhaitais ne pas tout dévoiler, explique-t-elle. C’est d’ailleurs pour cela qu’on ne voit jamais ma mère entièrement, on ne voit pas son visage. On ne la découvre que petite. J’avais vraiment l’envie de construire un portrait, une identité basée sur le vêtement. »

Et si le vêtement est au cœur de Chère Lisa, ce que cet ouvrage nous conte surtout, c’est l’importance des choses que l’on revêt éternellement : nos souvenirs, ceux qui nous ont façonné·es. Chère Lisa est un objet refuge, qu’on ouvrirait comme pour faire entrer la lumière, dès que le besoin de se rappeler la jeunesse passée se ferait sentir, pour ainsi mieux aborder le présent.

L’ouvrage est à retrouver dans des librairies spécialisées.

Chère Lisa sera exposé dans un solo show chez Sunbath, 65, quai de la Roquette, à Arles, du 6 au 12 juillet avec un vernissage le 7 au soir.

Corps de femme avec un tee shirt violet
© Louise Chevallet
Image du livre Chère Lisa
© Louise Chevallet / Reprographies : Julie Meyer
Image du livre Chère Lisa
© Louise Chevallet / Reprographies : Julie Meyer
cheveux de dos
© Louise Chevallet
Image du livre Chère Lisa
© Louise Chevallet / Reprographies : Julie Meyer
À lire aussi
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
© Maëva Benaiche
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
Avec À la recherche de mes souvenirs, Maëva Benaiche explore les zones floues de l’enfance et fait de l’image un espace de…
17 avril 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Aleksandra Żalińska rend un tendre hommage à sa grand-mère
© Aleksandra Żalińska
Aleksandra Żalińska rend un tendre hommage à sa grand-mère
À travers But please be careful out there, Aleksandra Żalińska photographie sa grand-mère, avec qui elle entretient une grande…
22 novembre 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Caty Jan et Mat Jacob remportent le prix du Livre Robert Delpire 2026
Caty Jan, Chine, 1993 © Mat Jacob, Tendance Floue
Caty Jan et Mat Jacob remportent le prix du Livre Robert Delpire 2026
Pour sa deuxième édition, le prix du Livre Robert Delpire a récompensé le projet Caty, la vie, la mort, de Caty Jan et Mat Jacob....
05 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
© Jaka Mojškerc
Jaka Mojškerc : des déchirures comme des bouts de vie
À travers ses images et ses collages, Jaka Mojškerc construit de petites histoires d'un quotidien qui passe lentement dans la...
22 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
500 portes, neuf douches : l’étrange expérience de Suwa Shin
기다리는 여자 (Waitng Woman), Be Nu (累) © Suwa Shin
500 portes, neuf douches : l’étrange expérience de Suwa Shin
Pendant six mois, la photographe coréenne Suwa Shin a frappé à 500 portes de son immeuble pour poser une question pour le moins...
19 septembre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
On Prom's Eve : Lucas Troadec raconte l'adolescence et son obsolescence
© Lucas Troadec
On Prom’s Eve : Lucas Troadec raconte l’adolescence et son obsolescence
Réalisée à Abu Dhabi, On Prom's Eve nous parle du passage à l'âge adulte dans un contexte géopolitique compliqué. Une série à retrouver...
17 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Concours Fisheye x Arc'teryx : découvrez le nom des lauréats !
© Amandine Joset
Concours Fisheye x Arc’teryx : découvrez le nom des lauréats !
En ce début septembre, les membres du jury du concours Fisheye x Arc’teryx se sont réunis afin de désigner leurs trois lauréats. Les...
13 octobre 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
© Julie Peiffer
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
Le Premi Fotografia Femenina Fisheye x InCadaqués 2026 a récompensé Julie Peiffer pour Renversement, une série où la nature fragile...
10 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
© Alexandre Dupeyron
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées...
09 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
© Antoine De Winter
Blindfolded : Antoine De Winter dialogue avec les glaciers
Dans Blindfolded, Antoine De Winter s'intéresse à la disparition des glaciers des Alpes suisses en mêlant abstractions colorées et images...
08 octobre 2026   •  
Écrit par Marie Baranger