
C’est entre les pages du journal intime de sa mère que Louise Chevallet s’est aventurée pour composer son ouvrage Chère Lisa. À partir de textes retrouvés, d’images d’archives et de nouvelles photographies, elle compose, à travers le prisme du vêtement, un portrait singulier de sa mère. Une histoire de transmission et de ce que l’on conserve et revêt au fil des ans.
Un petit carnet rouge habillé de velours, contant une adolescence farouche à Casablanca, a suffi à Louise Chevallet pour la mener sur le chemin de la création. Avec sa mère en protagoniste dudit carnet, elle a autoédité Chère Lisa, un livre recomposant cette partie de sa vie au Maroc. Lisa, c’était le nom que sa mère avait donné à son journal intime, lequel, Louise, sa fille, a découvert bien des années plus tard. « J’ai lu ce journal pendant le Covid, j’ai découvert les photographies de cette époque, des lettres. Je savais que j’allais faire quelque chose de tout ça, mais il m’aura fallu plusieurs années pour mener ce projet à bien, je ne voulais rien laisser au hasard. »
Intriguée par ce qu’elle découvre, et en petite dernière d’une fratrie de trois, elle s’interroge sur ce pan de sa vie qu’elle n’a pas connu et décide de créer avec sa mère, en intervenant sur ces instants contés. Agir sur les textures, les papiers, les odeurs et les espaces traversés, pour aller plus loin, renouer avec ce temps révolu et composer un nouveau journal.

92 pages
35 €
Le vêtement en liant
En 2022, Louise Chevallet et sa mère partent à Casablanca sur les lieux qui ont composé son enfance, une valise à la main remplie de quelques vêtements de cette époque. Pour la photographe, venue du monde de la mode – passée par l’école Estienne, Duperré et le Master 4 Écoles (Boulle, Olivier de Serres, Duperré et Estienne) – , le rapport à l’objet est central, il est perçu comme un catalyseur d’émotions, de souvenirs et finalement d’appartenance. Le vêtement, notamment, est ici compris comme « un moyen de parler d’identité, de mémoire et d’intimité ».
Dans les images qu’elle crée, elle met en scène sa mère, vêtue des habits apportés. Devenus trop petits, ils mettent davantage en avant la beauté d’un corps qui a changé, qui a porté la vie, plusieurs fois, et qui, aujourd’hui, est celui d’une femme accomplie. Et dans l’ensemble du livre, un sentiment de présence-absence se fait sentir. C’est comme si certains éléments nous manquaient, des moments passés qui se déliteraient, des paysages mentaux trop lointains, trop enfouis pour les raviver. « Avec mon amie Julie Meyer, on a travaillé ce jeu de caviardage dans le livre : des images d’archives que l’on a omises, des textes rajoutés, des calques qui permettaient de préserver une certaine intimité, un mystère lié au journal intime. Dans mes photos réalisées récemment, je souhaitais ne pas tout dévoiler, explique-t-elle. C’est d’ailleurs pour cela qu’on ne voit jamais ma mère entièrement, on ne voit pas son visage. On ne la découvre que petite. J’avais vraiment l’envie de construire un portrait, une identité basée sur le vêtement. »
Et si le vêtement est au cœur de Chère Lisa, ce que cet ouvrage nous conte surtout, c’est l’importance des choses que l’on revêt éternellement : nos souvenirs, ceux qui nous ont façonné·es. Chère Lisa est un objet refuge, qu’on ouvrirait comme pour faire entrer la lumière, dès que le besoin de se rappeler la fougue passée se ferait sentir, pour ainsi mieux aborder le présent.
L’ouvrage est à retrouver dans des librairies spécialisées.
Chère Lisa sera exposé dans un solo show chez Sunbath, 65, quai de la Roquette, à Arles, du 6 au 12 juillet avec un vernissage le 7 au soir.




