Faustine Martin capture les liens de sororité

25 août 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Faustine Martin capture les liens de sororité

Entre shootings de mode et expérimentations esthétiques, la photographe française Faustine Martin développe un univers frais et coloré, et encapsule une vision unique de la femme – dans l’objectif d’une femme.

De la mode aux déchirures, de l’éditorial au collage, les images de Faustine Martin détournent les codes, jouent avec les corps et les paysages pour construire un monde pétillant. C’est après des études de pharmacie que l’artiste, née à Marseille en 1990 décide de repenser sa vie, et de se tourner vers la photographie. « Un matin, je me suis réveillée avec une bouffée d’audace, et je me suis demandé : pourquoi m’interdire ce rêve ? », se souvient-elle. Autodidacte, spontanée, elle ne s’interdit, depuis, rien, et fonctionne à l’instinct. « Quand j’organise mes projets, je construis une trame, un mood, pour que mes équipes comprennent l’idée, mais je me laisse toutes les libertés. Les thèmes qui m’inspirent ? Le soleil, le mélange du bleu et de l’orange, les moments suspendus, l’architecture vintage, les ratés, les imperfections, les détails de l’ordinaire, la délicatesse, les mouvements discrets, les couleurs sombres, la fin du jour, 18h le soir en été… », poursuit-elle.

Admirative des tableaux de Miro et d’Egon Schiele, tout comme des œuvres emblématiques de Martin Parr, William Eggleston ou encore Christopher Anderson, Faustine Martin s’attache à peindre des images qui marquent. Qui impriment, dans le regard du spectateur, des couleurs vives, des émotions fortes. Une joie libératrice et contagieuse transforme notre environnement en un terrain de jeu et de possibles qu’il nous faut arpenter sans la moindre réserve.

© Faustine Martin

Une certaine liberté

Et, au cœur de ces créations, se trouvent les femmes. Si la photographe n’a jamais – consciemment – souhaité placer le genre au centre de son œuvre, sa vision marque une volonté de sortir des sentiers battus. « Dès mes débuts, j’ai eu envie de poser un regard féminin sur la femme, de rester éloignée des codes de la société et du métier de photographe, longtemps dominé par la vision masculine. Je voulais montrer leur beauté brute et simple », confie-t-elle. C’est le lien de sororité, que l’autrice défend. Une relation forte, honnête, qu’elle entretient avec ses modèles. Dans ses clichés, les dos se courbent, les visages apparaissent nus, les yeux souvent cernés – « ils racontent leurs vies, leurs histoires, loin des maquillages parfaits de certains shootings », précise-t-elle. Des silhouettes étonnantes, uniques, qui soulignent un charme naturel, loin du male gaze imposé par notre société.

« Mes modèles deviennent souvent des petites sœurs ou amies pour moi, c’est une vraie confiance, sur le long terme, qui s’installe. La photo de Laura (ci-dessous, NDLR) raconte bien cette histoire. C’est avec elle que j’ai fait mon tout premier photoshoot professionnel. Elle avait alors une quinzaine d’années. Je me souviens de son book – beaucoup de maquillage, un charbonneux noir, avec de longs cheveux raides – j’avais du mal à me projeter. À la fin se trouvait une image d’elle au naturel, c’était une révélation », raconte l’artiste. Si Laura, âgée aujourd’hui de vingt ans, se préfère davantage apprêtée, elle se dévoile avec toujours autant d’aise face à l’objectif de Faustine Martin. Un échange sans complexe, fruit d’une confiance mutuelle, révélant une autre forme de beauté. « Sa peau bronzée contraste parfaitement avec le bleu de l’image. Elle a su rendre cette image fraîche et solaire. J’aime sa pose un peu penchée, les yeux fermés, le léger vent que l’on ressent. Il s’en dégage une certaine liberté », conclut la photographe.

© Faustine Martin

 

© Faustine Martin© Faustine Martin

 

© Faustine Martin© Faustine Martin

 

© Faustine Martin

 

© Faustine Martin© Faustine Martin

 

© Faustine Martin

 

© Faustine Martin

 

© Faustine Martin© Faustine Martin

 

© Faustine Martin© Faustine Martin

 

© Faustine Martin

© Faustine Martin

Explorez
Eyes of the Storm - Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Paul McCartney, Autoportrait, Londres, 1963 © 1963-1964 Paul McCartney sous licence exclusive de MPL Archive LLP
Eyes of the Storm – Paul McCartney photographe, 1963-64 le calme avant la tempête
Jusqu'au 3 janvier 2027, le musée Granet accueille Eyes of the Storm, une exposition consacrée à une facette méconnue de Paul McCartney...
04 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
© David Salcedo
David Salcedo : dans la lumière, ouvrons les yeux
À travers Te vas a quedar ciego, David Salcedo retravaille des images capturées dans des émissions télévisées et recrée d’autres...
02 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
© Aliocha Boi et Daphné Lejeune
Baccarat et Fisheye : entrer en Résonances
Réalisé en partenariat avec Fisheye, Résonances, un bel ouvrage, célèbre le savoir-faire, de plus de 260 ans, de la Maison Baccarat et sa...
01 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
This is my house, New York, 1997 © David LaChapelle
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
Jusqu'au 4 octobre 2026, le festival Portrait(s) investit la ville de Vichy pour sa quatorzième édition. Cette année, le photographe...
25 juin 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Deng Qiwen
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Mademoiselle Minhee Kim. © Park Chan-wook
Park Chan-wook, quand la photographie fait son cinéma
Connu pour ses films à l’esthétique millimétrée, Park Chan-wook offre à Arles une facette plus secrète de son travail : la photographie....
07 juillet 2026   •  
Écrit par Marie Baranger