The Return de Salih Basheer

25 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
The Return de Salih Basheer
© Salih Basheer / Collage. Kenya, Nairobi. Septembre 2024. Un homme a été tué par les forces de soutien rapide dans le village Al-Jazirah State.
collage Salih Basheer
© Salih Basheer / Collage. Kenya, Nairobi. Septembre 2025, deux soldats des forces de soutien rapide célèbrent l’incendie d’une maison résidentielle

Dans The Return, Salih Basheer raconte une crise humanitaire tue, celle survenue au Soudan en 2023. Il dévoile tout ce qui se joue dans les déplacements forcés et surtout la violence de l’incapacité à revenir chez soi. Il nous pousse à regarder, à ne pas se détourner de cette réalité. Cet article est à lire en intégralité dans le dernier numéro de Fisheye.

L’aluminium qui unit les pages s’enroule. Il rappelle les barbelés, les spirales. On y revient, on tourne, tourne à en perdre haleine. Ce n’est pas une reliure anodine, elle enferme autant qu’elle relie. Notre regard cherche à s’ancrer quelque part, peut-être dans celui de cette femme qui nous appelle, nous interpelle par son intensité. Il ne faut pas se défaire de ce qui se passe, le drame est là, sous nos yeux. Pourquoi feint-on de ne pas l’avoir vu arriver ? Pourquoi nous taisons-nous face à ce qui se passe ? Si tout semble loin, abstrait, comme dilué dans le flux continu des images, c’est bien là, proche de nous, dans ces pages. C’est écrit, mais c’est silencé. C’est écrit, mais on ne prend pas le temps de lire. Ou alors on le lit, puis on oublie. On passe à ce qui est autrement spectaculaire, encore plus dramatique. Les conflits s’intensifient autour de nous, les horreurs se multiplient, et l’on détourne le regard.

C’est précisément là que le travail de Salih Basheer nous ramène au concret. Il nous oblige à rester. Dans The Return, l’artiste soudanais se tourne vers la crise humanitaire au Soudan, déclenchée par la « guerre des généraux », un conflit armé ayant débuté le 15 avril 2023. Une guerre opposant les Forces armées soudanaises (SAF) d’Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire dirigée par Mohamed Hamdan Dogolo. Une guerre « contre les civils », selon les mots du journaliste Vincent Hugeux, car elle « impose la violence de deux belligérants – n’ayant aucune légitimité politique – à une population ». Une crise humanitaire décrite comme « la pire crise de déplacement au monde » par l’ONU. Près de 13 millions de personnes déplacées depuis avril 2023, dont 8,6 millions à l’intérieur du pays et plus de 4 millions dans les pays voisins. On recense depuis des centaines de milliers de mort·es. Ces chiffres sont vertigineux, mais le travail de Salih Basheer reste, quant à lui, à hauteur d’humain·e.

La plaie sur le papier

Depuis ses débuts, Salih Basheer travaille sur le deuil et le processus de guérison, compliqué, lent, éreintant. Il étudie les déplacements forcés géographiques, mais aussi le déplacement intérieur, celui qui perturbe l’identité, les repères. Comment tenir debout quand tout vacille ? Cette question qui sous-tend l’œuvre du photographe n’est pas théorisée de l’extérieur, mais vécue en son sein, et déposée à chaque fois sur le papier. Dans 22 Days In Between (2023), d’abord, il raconte la mort de ses deux parents dans un accident de voiture, à travers son regard d’enfant. Une sorte de journal intime d’un deuil qui installe dans l’entre-deux, suspend dans l’attente de jours meilleurs.

Dans The Return, le rapport à l’intime est précieux, le lien à l’écriture toujours vivant. À travers des extraits de carnets personnels, des échanges avec sa sœur Asia revenue au Soudan, il tente d’apaiser, de comprendre. Il intègre également Sous le siège, un essai coécrit avec le journaliste Joshua Craze, pour retracer les origines du conflit. Dans l’un de ces extraits, Salih Basheer revient sur un cauchemar récurrent qu’il fait, celui que tant d’autres ont dû vivre dans leur chair. Le retour à la réalité est brutal. Le réveil arrive, avec l’espoir que, dans le jour naissant, il y ait le foyer retrouvé, rassurant. « Né au Soudan, je suis profondément lié à cette histoire. À travers ce travail, je souhaite présenter les défis auxquels mon peuple est confronté, tant au Soudan que dans les pays voisins où beaucoup ont trouvé refuge », écrit-il.

Retrouvez cet article dans son intégralité au cœur du Fisheye#75.

Autoportrait de Salih Basheer

Né en 1995 à Omdurman au Soudan Salih Basheer déménagé au Caire en 2013 après son lycée. Il a d’abord obtenu une licence en géographie à l’université du Caire en 2017, avant de recevoir son diplôme en photojournalisme au Danemark en 2019. Ses séries de photo gravitent autour des notions de deuil, de déplacement et d’appartenance.

Collage Salih Basheer
© Salih Basheer
enfant au Soudan
© Salih Basheer
femme soudanais ui pleure
© Salih Basheer
À lire aussi
Oan Kim, l'art de la fugue
Couverture de l’album Rebirth of Innoncence © Oan Kim
Oan Kim, l’art de la fugue
Ils sont de ces artistes insaisissables qui ne s’enferment dans aucune case, préférant habiter les silences entre les disciplines….
18 avril 2026   •  
Écrit par Benoît Baume
Computer Punch Cards d'Antony Cairns
© Antony Cairns
Computer Punch Cards d’Antony Cairns
Dans Computer Punch Cards Antony Cairns réutilise des cartes mémoires mises au rebut depuis des années, pour composer des images…
16 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Explorez
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Béatrice et la télévision, Poilley, 1973 © Madeleine de Sinéty
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Jusqu'au 27 septembre 2026, le musée du Jeu de Paume à Paris propose une exposition intitulée Une vie, dédiée à Madeleine de Sinéty....
13 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
© Magali Paulin, Pavillon de l’Indochine, construit pour l’Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne de 1907. Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont, Nogent-sur-Marne, juillet 2024, Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
Exposée dans le cadre des Rencontres d'Arles à l'Espace Monoprix, Magali Paulin remporte le prix du jury de la Fondation Louis Roederer...
12 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
© Ed Alcock / MYOP
À Tours, le Jeu de Paume dévoile les secrets d’Ed Alcock
Secrets et mensonges. Cette exposition au nom énigmatique, présentée au Jeu de Paume de Tours, revient sur les quinze ans de pratique...
15 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Rencontres d'Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
Dana Steichen, M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d'augmenter la taille des fleurs de la variété blanche, Umpawaug Farm, Connecticut, États-Unis, 1938 Collection Spuerkeess. © 2026 The Estate of Edward Steichen / Artists Rights Society (ARS), New York.
Rencontres d’Arles 2026 : les coups de cœur de la rédaction
La semaine d'ouverture vient de se clôturer, mais le festival, quant à lui, sera bien présent tout l'été, et ce, jusqu'au 4 octobre...
13 juillet 2026   •  
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Béatrice et la télévision, Poilley, 1973 © Madeleine de Sinéty
Madeleine de Sinéty et les mystères d’une vie de photographe
Jusqu'au 27 septembre 2026, le musée du Jeu de Paume à Paris propose une exposition intitulée Une vie, dédiée à Madeleine de Sinéty....
13 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
© Magali Paulin, Pavillon de l’Indochine, construit pour l’Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne de 1907. Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont, Nogent-sur-Marne, juillet 2024, Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Magali Paulin, lauréate du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer
Exposée dans le cadre des Rencontres d'Arles à l'Espace Monoprix, Magali Paulin remporte le prix du jury de la Fondation Louis Roederer...
12 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot