Sirène moderne

15 janvier 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Sirène moderne

Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. L’artiste visuelle Alice Rosati signe, avec I am a mermaid, une performance décalée, inspirée par la mythologie et le monde moderne. 

« Je me considère comme une artiste visuelle et non une photographe. Ce médium représente pour moi un simple outil, comme la peinture à l’huile pour un peintre. Il me permet de raconter une histoire »,

déclare Alice Rosati. Venue de Milan, cette créatrice expérimente avec un boîtier depuis l’âge de 4 ans, n’hésitant pas à se mettre en scène pour construire des récits fantastiques. « I am a mermaid, livre photo publié par KAHL éditions est la documentation d’une performance qui a duré cinq ans, précise-t-elle. J’ai travail sur la conception du projet, son symbolisme, l’éditing des images prises… Mais ce n’est pas moi qui photographiais. Les clichés étaient pris par des inconnus ou, à défaut de passants, à l’aide du mode autoportrait. » Recouverte d’une combinaison dorée de la tête au pied, l’artiste se place dans des décors variés, jouant avec les esthétiques, les couleurs et l’absurde pour créer un conte métaphorique.

© Alice Rosati

Une figure controversée

« Ma fascination pour les sirènes a commencé très tôt, grâce à l’œuvre d’Andersen, puis au film d’animation de Disney »

, précise l’artiste. Cet être mythologique apparaît dans de nombreuses croyances et traditions. Créature maléfique, charmeuse ou simplement mystérieuse, elle est responsable de catastrophes naturelles et attise le désir des hommes. « La sirène est un symbole, une métaphore, un archétype mystique, une figure controversée », ajoute Alice Rosati.

Refusant volontairement d’attribuer un genre à sa création, l’auteure s’inspire des mythes, de la pop culture et de la pratique Zentaï – un fétichisme sexuel lié au vêtement moulant assimilé à une seconde peau – pour développer son personnage. Pour elle, cette combinaison dorée représente l’enveloppe charnelle renfermant l’âme humaine. Le tout formant un être surnaturel, qui apporte au quotidien une dimension absurde. « Mon but est aussi de me moquer de l’art contemporain », plaisante-t-elle. En cinq années, la sirène s’est affaiblie. Ses écailles brillantes ont perdu de leur éclat, et sa peau ne cesse de s’abîmer. À l’image du conte original, elle décide finalement de mourir, « pour se reconnecter à l’absolu ». Entre lyrisme et ironie, Alice Rosati signe, avec I am a mermaid, une fiction moderne et impétueuse.

 

I am a mermaid, KAHL éditions, 50 €, 112 p. 

© Alice Rosati© Alice Rosati

© Alice Rosati

© Alice Rosati© Alice Rosati

© Alice Rosati

© Alice Rosati

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