Agnès Varda, Lune et mélancolie : le portrait chinois de Juliette Alhmah

15 juillet 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Agnès Varda, Lune et mélancolie : le portrait chinois de Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah

Première lauréate du Prix Fisheye de la création visuelle, Juliette Alhmah signe, à l’occasion de notre numéro des 10 ans, la première couverture de commande du magazine. À l’origine de Toujours Diane, l’artiste française nous plonge dans un univers où le Soleil culmine pour ne jamais plus se coucher. Sous sa lumière agressive, les zones d’ombre se sont évanouies. Le sommeil et les rêves se dressent alors comme le dernier rempart ou refuge en perdition face à ce monde dystopique. Prenant source dans le réel, la série entremêle archives de l’Observatoire de Paris et tirages couleurs ou monochromes, réalisés à partir une pellicule dépourvue de couches antihalo. Elle puise d’ailleurs son inspiration dans le projet Znamia, un consortium russe et européen dont l’objectif avorté était de lancer en orbite des satellites conçus pour renvoyer la lumière du Soleil sur les zones où il faisait nuit. Celles et ceux qui sont de passage à Arles pour les Rencontres photographiques pourront retrouver son œuvre sensible et poétique sur les cimaises de la Fisheye Gallery. Les autres pourront la (re)découvrir dans l’épisode de Focus qui lui est consacré. Aujourd’hui, Juliette Alhmah se prête à l’exercice du portrait chinois.

À retrouver dans :
Fisheye Magazine #60 10 ans
Fisheye Magazine #60 10 ans
« Nous y voilà. 10 ans. 60 numéros. 9 000 pages – sans compter les hors-séries et les livres. Plus…
Juillet 2023
© Juliette Alhmah

Si tu étais…

Une de tes images ?

Je crois que je pourrais être beaucoup de mes images parce qu’elles traduisent mon point de vue, mon émotion du moment. Là tout de suite je dirais celle qui est aussi mon fond d’écran de portable, comme pour l’emmener un peu partout avec moi. C’est une photo en noir et blanc du reflet, dans un miroir, d’un fragment d’un corps que j’aime dans le coin d’une chambre. C’était l’une des premières fois que je me tenais là, dans une chambre qui n’était pas la mienne. Il y avait du bazar, les livres qu’on lisait posés ici et là, et de la poussière sur le miroir. J’aime cette photo parce qu’elle me rappelle où je me trouvais quand je l’ai prise, ce que je ressentais : l’amour, la découverte de nos corps, la création d’une intimité, la confiance, la fragilité et la délicatesse des sentiments. C’est cela aussi la force de la photographie : s’approprier un lieu, raconter des instants, transcrire dans un autre langage les émotions.

Une lumière ?

Une lumière de fin de journée à travers une fenêtre.

JulietteAlhmah
« C’est une sorte de vestige de ma crise identitaire et de mes questionnements. Je crois que je l’ai gardé parce qu’il me donne l’impression de pouvoir tracer mon chemin toute seule. »
© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah

Une planète ?

Ce n’est pas vraiment une planète mais ce serait la Lune.

Un sujet à explorer ?

Un seul ce n’est pas possible ! Les êtres humains me fascinent pour leur complexité, leur étrangeté, leurs corps, leur rapport au temps, à l’amour et à la mort.

© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah

Une émotion ?

La mélancolie. Elle nourrit beaucoup mon imaginaire et m’aide à créer des images.

Un paysage ?

L’océan.

Un personnage ?

Agnès Varda. J’aurais aimé la rencontrer, je suis très admirative de son travail, de son discours, de sa simplicité et de sa liberté.

Une période historique ?

Les années 1960.

© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah

Un animal ?

Le chat.

Un objet ?

Une pièce, offerte par mon amoureux, qui m’aide à faire un choix à pile ou face.

Un livre ?

L’Amant de Marguerite Duras.

Un film ?

Je pourrais citer tellement de films, mais récemment, j’ai découvert Je, tu, il, elle de Chantal Akerman qui m’a immensément inspiré.

© Juliette Alhmah
© Juliette Alhmah

Un penseur et sa citation ?

« Et j’oppose à l’amour des images toutes faites au lieu d’image à faire » de Paul Éluard.

Une anecdote ou un secret ?

Alhmah ce n’est pas mon vrai nom de famille, c’est un nom que j’ai inventé à l’adolescence. C’est le mélange du nom de famille de mon père et de ma mère. C’est une sorte de vestige de ma crise identitaire et de mes questionnements. Je crois que je l’ai gardé parce qu’il me donne l’impression de pouvoir tracer mon chemin toute seule, qu’il traduit l’idée que je suis à la fois le mélange de deux personnes, mais que j’ai aussi ma propre identité.

À lire aussi
Bottes de cowboy, garrigue sauvage et Vivienne Westwood : le portrait chinois de Kamila K Stanley
© Kamila K Stanley
Bottes de cowboy, garrigue sauvage et Vivienne Westwood : le portrait chinois de Kamila K Stanley
Avec un brin de poésie, Kamila K Stanley se dévoile avec sincérité à travers des images imprégnées de soleil et d’espoir. 
29 juin 2023   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Tilda Swinton, poisson et haute couture : le portrait chinois de Giulio Ghirardi
Tilda Swinton, poisson et haute couture : le portrait chinois de Giulio Ghirardi
Architecte de formation, Giulio Ghirardi, qui signe la couverture du Fisheye #59, a commencé sa carrière dans la photographie de mode…
06 juin 2023   •  
Explorez
Looking at my brother : mes frères, l’appareil et moi
© Julian Slagman
Looking at my brother : mes frères, l’appareil et moi
Projet au long cours, Looking at My Brother déroule un récit intime faisant éclater la chronologie. Une lettre d’amour visuelle de Julian...
09 juillet 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Rafael Medina : corps libres et désirés 
© Rafael Medina
Rafael Medina : corps libres et désirés 
En double exposition, sous les néons des soirées underground, Rafael Medina développe un corpus d'images grisantes, inspirées par les...
27 juin 2024   •  
Écrit par Anaïs Viand
Pierre et Gilles, in-quiétude et Cyclope : dans la photothèque de Nanténé Traoré
© Nanténé Traoré, Late Night Tales, 2024 / Un ou une artiste que tu admires par-dessus tout ?
Pierre et Gilles, in-quiétude et Cyclope : dans la photothèque de Nanténé Traoré
Des premiers émois photographiques aux coups de cœur les plus récents, les auteurices publié·es sur les pages de Fisheye reviennent sur...
26 juin 2024   •  
Écrit par Milena Ill
Les coups de cœur #498 : Tommy Keith et Patrick Gilliéron Lopreno
© Tommy Keith
Les coups de cœur #498 : Tommy Keith et Patrick Gilliéron Lopreno
Tommy Keith et Patrick Gilliéron Lopreno, nos coups de cœur de la semaine, dépeignent le paysage alentour chacun à leur manière. Le...
24 juin 2024   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Focus : la voie des femmes
© Paola Paredes
Focus : la voie des femmes
Depuis plus de deux ans, Focus s’attache à raconter des histoires : celles qui enrichissent les séries des photographes publié·e·s dans...
Il y a 9 heures   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Lumière sur les lauréat·es de la Bourse du Talent 2024
© Guillaume Holzer
Lumière sur les lauréat·es de la Bourse du Talent 2024
Le 4 juillet 2024, durant la semaine d’inauguration des Rencontres d’Arles, la Bourse du Talent a distingué ses trois lauréat·es 2024....
17 juillet 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Stéphane Duroy : face à l’adversité
© Stéphane Duroy / Vu
Stéphane Duroy : face à l’adversité
De l’Europe aux États-Unis, le photographe français Stéphane Duroy, membre de l’agence Vu, a témoigné pendant plus de 40 ans des...
17 juillet 2024   •  
Écrit par Agathe Kalfas
Au Mémorial de Verdun, Anastasia Taylor-Lind témoigne du quotidien en Ukraine
Départ pour un point de contrôle, Donbass, 2019. © Anastasia Taylor-Lind
Au Mémorial de Verdun, Anastasia Taylor-Lind témoigne du quotidien en Ukraine
Jusqu’au 30 novembre 2024, le Mémorial de Verdun présente Ukraine: Photographs from the Frontline. L’exposition, d’abord conçue par...
16 juillet 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet