Bertien van Manen : étendre les contours de la société

23 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
© Bertien van Manen, Lake Baïkal, Camping site, 1993. Série / From the series : Let’s sit down before we go
Courtesy of Stichting Bertien van Manen.

Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une façon de revenir sur son rapport au temps long, aux autres et son engagement auprès des personnes reléguées aux marges. Un article à découvrir en intégralité dans le dernier numéro de Fisheye.

« Faire un livre, ça veut aussi dire vouloir être diffusé, d’une certaine façon. C’est faire en sorte que ce travail n’appartienne pas seulement aux initiés qui vont voir des expositions, mais qu’il puisse potentiellement se retrouver dans les mains de ces familles qu’elle photographiait. D’ailleurs, une fois qu’elle faisait une publication, elle revenait les voir. Elle leur montrait ses ouvrages. C’était important, pour elle, de partager ces moments-là avec ces personnes. » En ces quelques phrases, l’historienne de l’art Yasmine Chemali résume l’essence même du travail de Bertien van Manen, à qui le Centre de la photographie de Mougins, dont notre interlocutrice est également directrice, consacre l’exposition Les échos de l’ordinaire jusqu’au 4 octobre 2026. D’abord modèle, puis assistante, avant de devenir à son tour photographe pour la presse féminine de mode, elle se tourne finalement vers une approche documentaire relevant de la chronique intime après avoir découvert Les Américains de Robert Frank. Elle délaisse alors les tirages en noir et blanc aux compositions soignées pour s’adonner à une pratique plus spontanée, beaucoup plus libre. Son sujet est tout trouvé : il s’agira des choses simples du quotidien et de la vie de ceux qu’on relaye à la marge. Pour mieux apprendre à les connaître, elle privilégiera le temps long et multipliera les rencontres. « Chaque voyage s’inscrivait dans la durée. Elle est allée dix-sept fois en Russie, notamment pour sa série photographique A Hundred Summers, A Hundred Winters, qu’elle a publiée dans les années 1990. Elle a travaillé pendant quatre ans sur ce projet et, chaque fois qu’elle s’immergeait dans la vie de quelqu’un, elle remplissait ses petits carnets de notes. »

© Bertien van Manen, Amsterdam, 1979
Série / From the series : I am the only woman there.
Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
© Bertien van Manen Works, » Helen and Camy with dog », 1987
Série / From the series : Moonshine
Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
166 pages
8,90 €

Révéler la marge

(…) Le Centre de la photographie de Mougins traduit son inclination pour ce genre de supports à travers son parcours d’exposition. Nous retrouvons, entre autres choses, un espace dédié à ses publications, qui s’accompagnaient de textes de sa plume, dans la revue hebdomadaire néerlandaise Vrij Nederland. (…) Parmi eux se compte sa série sur la communauté minière du Yorkshire, qui mène à celle intitulée Moonshine, réalisée dans les mines, cette fois-ci, des Appalaches américaines, où elle a passé plusieurs mois. « Elle suit des femmes au travail et la fabrication de cette liqueur illégale, le moonshine. Elle devient l’amie du groupe, assiste à des naissances, voit de jeunes filles devenir adolescentes », énumère l’historienne de l’art. À cela s’ajoute sa couverture de la guerre au Nicaragua ou encore des mouvements féministes, mais également Vrouwen te Gast – qui a lancé sa carrière –, qui s’intéresse aux migrantes aux Pays-Bas. « Elle s’est rendu compte que les hommes étaient un terrain d’études facile, mais les femmes n’avaient pas forcément contact avec l’extérieur, poursuit-elle. Elles accompagnent les époux, mais elles ne parlent pas la langue et leur rôle consiste à rester à la maison, à s’occuper des enfants et à préparer à manger. Quand elles vont com­mencer à s’émanciper, elle va documenter leur intimité, montrer cette réalité qui n’était jusque-là pas visible, et, grâce aux ventes du livre, des cours de langue néerlandaise vont pouvoir être offerts à ces femmes. » Cette volonté de se faire adjuvante des causes qui lui sont chères a porté Bertien van Manen tout au long de son existence.
Cet article est à lire en intégralité dans le Fisheye #77

Commissariat de l’exposition par Jérôme Sother, François Cheval et Yasmine Chemali. Coproduite
avec le Centre d’art GwinZegal, Guingamp et avec
la Fondation Bertien van Manen, Amsterdam. Avec
le soutien de l’ambassade du Royaume des Pays-Bas.

© Bertien van Manen, »Apanas, Pjotr, » 1993
Série / From the series : Let’s sit down before we go
Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
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