
Selma Beaufils et Angèle Antonot, nos coups de cœur de cette semaine, s’inspirent de l’aspect cinématographique du quotidien. Toutes deux mettent en scène leurs modèles et créent en collaboration pour faire des images qui parlent des autres et un peu d’elles.
Selma Beaufils
Photographe et réalisatrice franco-portugaise, Selma Beaufils met au cœur de son travail la question du féminin. Elle s’attache à révéler surtout les violences subies, et la misogynie latente du monde contemporain. « Le rapport à la féminité est un point essentiel dans tous mes travaux, que ce soit photographique ou cinématographique. Quand je parle de féminité, c’est, selon moi, tout ce qui touche intrinsèquement à l’expérience féminine, qui ne se limite pas à un physique, mais bien une position morale et politique, avoue-t-elle. Ce qui me plaît avec les modèles féminins, c’est que ce sont des corps qui ont tellement été soumis à une forme de regard – systématiquement patriarcale – que le fait de chercher avec la personne concernée ce qu’il est possible de faire représente déjà une forme « d’insoumission » et de réappropriation de son image. ». Dans sa pratique, elle privilégie le laisser-faire, le hasard, ne se met pas dans une position d’attente, mais aborde avec libéralité le geste photographique. Chez elle, le noir et blanc apporte une forme de pureté à l’image, et vient parfois se confronter aux différentes textures, et montages. Se dégage de ces créations une certaine nostalgie, une tristesse qui englobe, mais ne réduit pas. Bien au contraire, elle est motrice, et se partage entre amies pour que, une fois réunies, elles avancent, fortes, jamais anéanties, plus jamais sous le joug des hommes.






Angèle Antonot
Originaire des Vosges, Angèle Antonot a toujours eu un goût prononcé pour les histoires que l’on se raconte. Photographe, scénariste et réalisatrice « en développement » autodidacte, elle écrit, compose, stylise maquille, jusqu’à fabriquer ses propres décors. Si son rapport à l’image est d’abord celui de l’image animée, c’est plus tard qu’elle comprend aussi toute la force de la fixité, des émotions véhiculées dans une photographie. Ainsi, pour nourrir ses imaginaires et construire ses mises en scène, elle part puiser dans des films et banques d’images cinéma. « Mon côté scénariste s’exprime pleinement lors de l’élaboration d’un shooting : les détails, les émotions, le regard, la composition, le lieu dans lequel ils évoluent. Tout est au service d’une histoire, plus ou moins visible au premier coup d’œil. » Dans ses images, les couleurs et le mouvement ont un rôle important, elles en disent long sur le thème et donnent le ton, elles viennent agrémenter l’intrigue. « Les couleurs […] sont de véritables vaisseaux visuels. Une photo, si on la passe en couleur ou en noir et blanc, ne racontera pas la même histoire. Et le mouvement suit la même réflexion, par exemple : si le personnage court, pourquoi ? Il fuit ? Il poursuit ? Il est en retard ? Il fait son sport ? L’absence de mouvement raconte beaucoup également sur les décisions d’un personnage : être figé, c’est faire un choix », ajoute-t-elle. Les protagonistes de son univers arborent de grandes lunettes de star, nous sourient de leurs dents couvertes de faux sang, les yeux sont tuméfiés er renvoient à une bagarre. C’est factice mais l’émotion, elle, est bien réelle.



