« Sans soleil » : les prémonitions d’Anaïs Ondet

15 décembre 2021   •  
Écrit par Ana Corderot
« Sans soleil » : les prémonitions d’Anaïs Ondet

Rencontrée à l’occasion de son projet sensible et documentaire, Mauvaises Herbes, Anaïs Ondet nous revient avec Sans Soleil. Un projet au long cours né à la suite de longues déambulations dans la nuit noire. Munie d’un regard, cette fois-ci plus intime et plasticien, la jeune photographe toulousaine nous conte une dystopie, bien proche de la réalité. Entretien.

Fisheye : Peux-tu te présenter ? Comment décrirais-tu ton univers?

Anaïs Ondet : Je suis photographe d’origine toulousaine, diplômée de l’ETPA en 2018. Aujourd’hui, je développe un travail dit d’auteur, mais également documentaire. J’aime mêler ces deux approches, car elles me sont complémentaires, et me permettent d’être ambivalente. Disons que mes sujets creusent toujours les notions de perte et de mémoire. J’ai réalisé des projets autour de la photographie de famille, mais également sur l’écologie. Je me rends compte qu’il y a une certaine nostalgie qui émane de mes projets. Ce sont toujours des choses portées par la mélancolie.

Qu’est-ce qui t’a poussé à initier Sans Soleil ?

Ce sujet est parti d’un sentiment, d’une émotion un peu diffuse en moi. Je faisais des photographies de paysages nocturnes urbains de manière instinctive et petit à petit le sujet a émergé. En fouillant ensuite dans mes archives, j’ai trouvé des portraits qui dialoguaient bien avec le reste de mes images. À partir de ce moment, j’ai capturé des portraits avec un protocole défini. Lorsque quelque chose me touchait et résonnait avec le projet, je le photographiais.

© Anaïs Ondet© Anaïs Ondet

© Anaïs Ondet

De quoi parle-t-il exactement ?

Au commencement, il m’était difficile de poser des mots et un sujet dessus. Au bout de trois, quatre ans de travail, je peux dire que cela évoque, entre autres, l’écoanxiété, mais également la peur des technologies. Celle des dystopies de notre enfance, qui se réalisent aujourd’hui, les mêmes que l’on retrouve dans Black Mirror par exemple.

Tes modèles ont ce même regard perdu, voire désespéré. Leur demandais-tu de se mettre en scène ?

Au départ, ils savaient la thématique et essayaient de se mettre dans cet état d’esprit. Les portraits sont réalisés au néon. Quelques réflecteurs complètent l’éclairage. Cela créer une ambiance sombre et profonde. Mon processus de création étant calme et plutôt lent, mes sujets ont le temps de s’évader, d’aller se réfugier dans leur monde.

Pourquoi ce titre, Sans Soleil ?

Ce titre retranscrit une ambiance, une atmosphère dans laquelle on se trouve actuellement. Un climat pesant, où l’avenir est également bouché, sombre, où l’on ne peut voir ce qui se cache à l’horizon. L’idée que nos lendemains deviennent de plus en plus incertains.

© Anaïs Ondet© Anaïs Ondet

© Anaïs Ondet

Et ton sous-titre « Errance dans la torpeur ? » rend compte de ton processus de création…

Oui, il décrit bien mes déambulations, celles qui composaient mon processus photographique. Il décrit aussi celle de mes portraits. Même si j’avais un protocole pré-établi, en termes de lumière et de disposition des éléments, artistiquement, je ne savais pas où j’allais. Mes modèles étaient eux aussi dans une sorte d’errance émotionnelle. Ensemble, on se laissait porter par le hasard, pour enfin réussir à faire quelque chose qui nous ressemble.

Dans Sans Soleil, tu questionnes la notion de l’intime. Pourquoi ? 

Ici, j’étudie la dimension psychologique d’un fait de société. C’est en cela que Sans Soleil diffère des Mauvaises Herbes. Ce travail ne relève plus du documentaire. J’exprime mon sentiment et celui des personnes photographiées. Pour autant, je ne veux pas me faire la porte-parole d’une génération. L’intime ? C’était la forme qui me convenait le mieux. Je voulais partir d’une émotion propre, de l’intérieur, sans la traiter avec distance, pour parler de ce qu’il se passe à l’extérieur. Ensuite, en termes d’esthétique, je voulais quelle soit identique sur les images, j’avais envie de développer cette approche plasticienne.

© Anaïs Ondet© Anaïs Ondet

Souhaites-tu nous commenter une image en particulier ?

C’est difficile de choisir parmi toutes ces photographies, mais il y en a deux que j’aime particulièrement. La première représente une jeune fille avec le crâne rasé. C’est l’une de mes premières images, la modèle a un regard qui nous interpelle. En termes de composition visuelle, je trouve que tout se détache assez bien. On peut facilement lire son visage et apercevoir son regard troublant. Quant à la deuxième image, j’ai choisi ce paysage nocturne où l’on distingue une porte illuminée dans un espace qui nous est complètement inconnu. Cette photographie me fait penser à David Lynch, une influence majeure pour cette série. J’aime son esthétique abstraite véhiculant une ambiance étrange et parfois angoissante.

Ce projet a-t-il calmé tes peurs et fait revenir le « soleil » ?

Non je ne pense pas. Disons que je ne fais pas de la photographie pour son effet cathartique. Cela ne m’a pas calmé, mais ce n’était pas le but. L’avenir est, selon moi, toujours aussi sombre. Il faudra simplement trouver d’autres perspectives, des chemins de traverse. Je pense toutefois que mes prochains projets seront plus lumineux, en tout cas je l’espère.

© Anaïs Ondet© Anaïs Ondet
© Anaïs Ondet© Anaïs Ondet

 

© Anaïs Ondet

© Anaïs Ondet© Anaïs Ondet
© Anaïs Ondet

© Anaïs Ondet

© Anaïs Ondet

Explorez
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Lei Davis : transformer les blessures de l'enfance en paysages imaginaires
© Lei Davis
Lei Davis : transformer les blessures de l’enfance en paysages imaginaires
Dans le cadre du Festival OFF Arles 2026, la galerie La Forêt Imaginaire accueille There is no blue without yellow, la nouvelle...
11 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
25 événements photographiques à découvrir en août 2026
© Li Hui
25 événements photographiques à découvrir en août 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en août 2026....
08 août 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Enzo Castellucci remporte le prix Révélation SAIF x La Kabine 2026
© Enzo Castellucci
Enzo Castellucci remporte le prix Révélation SAIF x La Kabine 2026
Avec Come spirto in un'ampolla, Enzo Castellucci signe une série où l'isolement devient matière photographique. Récompensé par le prix...
06 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
À Arles, les conversations photographiques Sandisk donnent vie aux archives
© Lola Cacciarella
À Arles, les conversations photographiques Sandisk donnent vie aux archives
En juillet dernier, dans la cour de l'Archevêché, Fisheye et Sandisk ont imaginé un nouveau format de rencontre photographique. À...
05 août 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas