Dans l’œil d’Émilie Möri : la menace glaçante de l’inaction

01 janvier 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil d’Émilie Möri : la menace glaçante de l'inaction
© Émilie Möri
ÉmilieMöri
« Ce collage est un cri d’alerte, une fiction dramatique où se confrontent l’insouciance estivale et l’horizon polaire préoccupant. Je souhaitais créer une scène surréaliste, percutante et lumineuse. »

Cette semaine, plongée dans l’œil d’Émilie Möri, photographe française qui se plaît à composer des images aux teintes édulcorées, portées par une émotion brute. Pour Fisheye, elle revient sur l’un de ses collages, qui dénonce le tourisme de masse estival.

« J’ai créé cette image l’été 2019. Je quittais pour deux mois mon lieu de résidence principale, situé au bord de l’océan Atlantique, d’habitude si calme, pour fuir le surtourisme estival. J’ai alors imaginé un collage, fusionnant un iceberg gravé dans ma mémoire depuis un voyage en Argentine, en 2008, avec la plage que je laissais derrière moi. Peu fréquentée ce jour-là, elle m’est apparue dans des nuances pastel. Un contraste délibéré avec la chaleur écrasante de la saison et le thème de cette image, la fonte des glaces et le réchauffement climatique, s’opérait. Mon intention était de prendre des clichés de cet endroit avant de partir, motivée par une profonde consternation face à l’indifférence des touristes envers l’environnement. Leur négligence, manifestée par les déchets abandonnés sur le sable, sans même un regard pour l’océan, m’a choquée.

Cela m’a poussée à m’interroger : “Que faudrait-il pour éveiller l’humanité au désordre climatique ? Comment réagirait-on si la fonte des glaces devenait visible depuis nos côtes françaises ? Comment pouvons-nous représenter la menace de l’inaction ?” Ce collage est un cri d’alerte, une fiction dramatique où se confrontent l’insouciance estivale et l’horizon polaire préoccupant. Je souhaitais créer une scène surréaliste, percutante et lumineuse. La superposition de deux photographies, combinée à une recolorisation, nous transporte dans un monde parallèle, où l’on peut presque entendre le bruit du glacier se mouvant dans un silence inquiétant. Pour nuancer les teintes, j’ai d’abord converti le tirage en noir et blanc, puis j’ai méticuleusement coloré chaque élément via Photoshop. Le résultat est un contraste saisissant : une esthétique rafraîchissante qui se heurte à la gravité du sujet. Malgré le nombre d’images que j’ai réalisées depuis 2012, cette œuvre reste ancrée dans mon esprit, et sa pertinence, hélas, ne fait que s’accroître avec le temps. »

À lire aussi
Dans l'œil de Natacha de Mahieu : ce que le surtourisme doit à Instagram
© Natacha de Mahieu
Dans l’œil de Natacha de Mahieu : ce que le surtourisme doit à Instagram
Cette semaine, plongée dans l’œil de Natacha de Mahieu. Theatre of authenticity est une série née de voyages personnels de l’artiste, où…
25 septembre 2023   •  
Écrit par Milena III
Dans l'œil de Caroline Heinecke : la triste vie des allumettes malades
© Caroline Heinecke
Dans l’œil de Caroline Heinecke : la triste vie des allumettes malades
Cette semaine, plongée dans l’œil Caroline Heinecke, photographe berlinoise dont les compositions se distinguent par l’usage de couleurs…
27 novembre 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
© Leïla Macaire
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
Bleu comme désert est un projet photographique réalisé par Leïla Macaire dans les dunes du désert du Tassili n’Ajjer, en Algérie, qui...
30 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
© Yasmina Benabderrahmane
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
Pour la 3e édition du festival Mondes en commun du musée départemental Albert-Kahn, ce sont onze photographes qui déploient leurs œuvres...
30 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé ce jeudi 9 juillet, à...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen