Les Femmes et la mer : mondes liquides

03 septembre 2025   •  
Écrit par Milena III
Les Femmes et la mer : mondes liquides
© Louise A. Depaume, Trouble / courtesy of the artist and festival Les Femmes et la mer
un plongeur dans les profondeurs de l'océan
© Aline Escalon, Devenir océan / courtesy of the artist and festival Les Femmes et la mer

Cette année, le festival photographique du Guilvinec, dans le Finistère, prend un nouveau nom le temps de l’été : Les Femmes et la mer. Pendant cinq mois – jusqu’au 31 octobre prochain –, quinze photographes y exposent leur travail autour des liens entre femmes et milieu maritime.

« Les temps changent », écrit le président du festival, René Claude Daniel, dans le texte de présentation, soulignant combien il reste rare pour des femmes de produire des images au sein d’environnements encore largement masculins. Si certain·es ont pris la mer, d’autres ont plongé au cœur des abysses, ou sont tout simplement resté·es à terre, pour témoigner de l’imaginaire marin dans nos vies ou raconter les univers qui naissent au bord de l’eau. Hélène David, Aline Escalon, Mahka Eslami et Virginie Seiller – pour ne citer qu’elles – présentent quinze travaux passionnants, aux registres et aux médiums variés : documentaire, mise en scène, techniques anciennes… Ce festival, déclare-t-il, est aussi celui des habitant·es du port et de tous·tes celles et ceux qui partagent « un goût pour une culture maritime et populaire ».

deux femmes déguisées en sirènes dansent dans l'eau
© Virginie Seiller, La vraie vie des sirènes / courtesy of the artist and festival Les Femmes et la mer
cyanotype, une femme nage nue dans l'eau
© Louise A. Depaume, Trouble / courtesy of the artist and festival Les Femmes et la mer
un groupe de personnes se baignent en bord de mer
© Julie Wintrebert, Crazy Beaches / courtesy of the artist and festival Les Femmes et la mer

La mer, reflet de nos corps et de nos récits

Virginie Seiller a capturé des sirènes professionnelles à Hualien, une ville de la côte est de Taïwan, dans un parc aquatique. Chaque jour, elles enchaînent des performances d’une vingtaine de minutes, en apnée, devant un public installé derrière une vitre. Ce métier demande un entraînement physique intense et de l’endurance : « Les sirènes professionnelles ne font que ça, parce que ce travail leur prend beaucoup de temps », explique la photographe. Sur l’île, elles sont respectées et largement appréciées. À l’image de la déesse de la mer, Mazu, « elles sont vues comme des créatures bienfaisantes, un peu comme des fées », assure-t-elle. Pour Virginie Seiller, elles nourrissent un imaginaire vivant autour de figures mythiques venues de la mer, tout en incarnant une forme de lien à l’environnement. Les images qu’elle rapporte de son observation sont colorées et douces, et dégagent une poésie calme et rêveuse.

Avec Trouble, Louise A. Depaume explore la relation au corps dans l’eau à travers le cyanotype. Elle photographie ses modèles en mouvement, dans des piscines ou en milieu naturel, en laissant une grande part à l’improvisation. Elle évoque un rapport ambivalent à l’eau, qui remonte à son enfance passée au bord de l’Oise avec son père pêcheur : une attirance mêlée d’angoisse pour cet élément insaisissable. « Parfois au contraire, une sensation d’extase et de bien-être nous ramène inexorablement au liquide amniotique et à la chaleur réconfortante du ventre maternel », raconte-t-elle. Dans ses images au bleu profond, les ondes fragmentent et distordent le corps qui est alors comme happé par la matière liquide. « L’idée est de capter ces instants où quelque chose bascule – une respiration, un flottement, un sentiment passager ou bien une émotion plus ancrée qui ne demande qu’à sortir », détaille-t-elle. Elle capture ainsi « l’eau telle une peau / que nul ne peut blesser », cite-t-elle en reprenant les très beaux vers de Paul Éluard (« Mouillé », Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux, 1920).

Julie Wintrebert, elle, s’intéresse à un tout autre rapport au rivage. Dans Crazy Beaches, elle travaille à partir de scènes de plage prises à Camogli, à proximité de Gênes, en Italie. « Une mer turquoise, du sable noir, et surtout une foule immense, un gros chahut », décrit-elle. Pour restituer cette densité, elle superpose les images, joue avec les textures, les formes et les couleurs. « J’ai toujours entretenu une fascination pour le comportement des foules », confie-t-elle. Ce travail, mené sur trois ans, évoque pour elle une certaine effervescence – parfois drôle, parfois tendue ou au contraire euphorique – liée notamment aux corps décomplexés en été. Certaines personnes y ont vu des références religieuses, d’autres des tableaux vivants. « C’est un peu comme une fresque de la vie : il y a l’enfer, le paradis, la légèreté, la tension… C’est tout le paradoxe », résume-t-elle.

une plage très peuplée dans la saison estivale
© Julie Wintrebert, Crazy Beaches / courtesy of the artist and festival Les Femmes et la mer
une femme déguisée en sirène s'apprête à plonger dans l'eau
© Virginie Seiller, La vraie vie des sirènes / courtesy of the artist and festival Les Femmes et la mer
Une image de pêcheurs sur un bateau, qu'un texte recouvre entièrement
© Hélène David, Marée de Noël / courtesy of the artist and Festival Les Femmes et la mer
À lire aussi
Dans l'œil de Jérémy Appert : la mer de toutes les mémoires
© Jérémy Appert / Courtesy of Circulation(s)
Dans l’œil de Jérémy Appert : la mer de toutes les mémoires
Jérémy Appert, dont le travail est exposé au festival Circulation(s) jusqu’au 2 juin prochain, a côtoyé pendant plusieurs années celles…
13 mai 2024   •  
Écrit par Milena III
Festival L’Homme et la mer : figures humaines sur fonds marins
Festival L’Homme et la mer : figures humaines sur fonds marins
Pour sa 13e édition, du 1er juin au 30 septembre, le festival investit les rues du Guilvinec. Il invite les promeneur·ses à découvrir…
25 mai 2023   •  
Écrit par Léa Boisset
Explorez
FLASH : la photographie au cœur des périphéries
Noubia © Mohamed Bourouissa
FLASH : la photographie au cœur des périphéries
Jusqu’au 7 novembre, la commune de Fontenay-sous-Bois accueille la première édition de FLASH, festival social et citoyen qui dresse un...
06 octobre 2026   •  
Alain Paviot, pionnier du marché de la photographie en France, est décédé
© Philippe Vermès
Alain Paviot, pionnier du marché de la photographie en France, est décédé
Alain Paviot nous a quittés ce mardi 29 septembre. Pionnier du marché de l’art, il a créé l’une des premières galeries de photographies...
29 septembre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
© Marisol Mendez
Les Photaumnales : pour une éducation aux images
À l’occasion du Bicentenaire, l’heure est au constat. Intitulée « La Photographie, et après ? », l’édition 2026 des Photaumnales...
26 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
A non Fairy, Tale. © Lorenzo Levi
Les coups de cœur #585 : Lorenzo Levi et Federico Pacini
Cette semaine, Lorenzo Levi et Federico Pacini, tous deux originaires d’Italie, parcourent la ville, ses lieux parfois déserts et les...
21 septembre 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
© AFP (Agence France-Presse), Michel Morgan, Paris, France, 9 octobre 1946, 1946, Fisheye Gallery
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
La 29e édition de Paris Photo se tiendra au Grand Palais du 12 au 15 novembre 2026. À cette occasion, les œuvres de 1260 artistes...
28 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
visual residue : collages d’émotions
© unknwnrt
visual residue : collages d’émotions
Sur son compte Instagram, Zhenya publie des collages empreints d’une sombre poésie. Une collection de « résidus visuels » qui convoque...
21 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
© Julie Peiffer
InCadaqués Festival : Julie Peiffer remporte le Premi Fotografia Femenina 2026
Le Premi Fotografia Femenina Fisheye x InCadaqués 2026 a récompensé Julie Peiffer pour Renversement, une série où la nature fragile...
10 octobre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
© Alexandre Dupeyron
Le Chant des villes : un urbain intime chez agnès b. 
Jusqu’au 25 octobre 2026, la Galerie du Jour agnès b. présente Le Chant des villes, une exposition collective aux écritures contrastées...
09 octobre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas