Photographies de mode, portraits et natures mortes : l’héritage versatile d'Irving Penn

25 octobre 2023   •  
Écrit par Lucie Guillet
Photographies de mode, portraits et natures mortes : l'héritage versatile d'Irving Penn
© Irving Penn
© Irving Penn
© Maxime Antony
© Irving Penn
© Irving Penn
© Philip Provily

Référence de la photographie de mode et portraitiste adoubé, Irving Penn a imprimé sa marque et laissé son empreinte sur les nouvelles générations. Alors que sa série photographique The Bath est exposée à la galerie Thaddaeus Ropac jusqu’au 30 novembre 2023, revenons sur l’héritage que cet artiste a laissé derrière lui.

L’art est subjectif et l’apprécier reste propre à chacun·e. Mais, il arrive que certain·es artistes se positionnent en véritables maîtres·ses et deviennent les références des générations futures. Irving Penn est l’un·e d’elleux. Photographe de mode acclamé au travail en studio incomparable, il s’inscrit aujourd’hui dans la lignée de celles et ceux qui inspirent les âmes. Et les artistes présent·es dans nos pages ne font pas exceptions à la règle. Maewenn Bourcelot, Maxime Antony, Bastien Woudt, Jacques Sonck tout comme Philip Provily sont de celleux qui affirment que leurs œuvres connaissent l’influence du génie photographique qu’est Irving Penn.

S’il y a bien un élément qui reste incontournable de l’art du natif du New Jersey, c’est son travail en studio. De Salvador Dalí à Truman Capote en passant par Pablo Picasso, ses portraits de célébrités côtoient ceux des personnes lambda. Frileux lorsqu’il s’agit de s’aventurer à l’extérieur, il aime à dénaturer l’environnement des personnes qu’il fige sur pellicule. Les faire poser sur un fond simple pour en ressortir toute leur humanité. Sa série emblématique de photo sur les petits métiers en est l’exemple même, raconter les gens à travers leurs vêtements et apparences. Jacques Sonck s’inscrit dans cette lignée. L’artiste belge capture de drôles de tête et livre une œuvre authentique toujours avec bienveillance. « Parfois, c’est la singularité, parfois c’est l’humour ou l’archétype, mais toujours la personne doit se démarquer de la foule. Mais pas nécessairement de manière spectaculaire. Les petits détails font souvent la plus grande différence », relate l’homme dont les images rappellent indéniablement les portraits d’Irving Penn.

© Jacques Sonck
© Jacques Sonck

De nombreuses flèches à son arc

Simplicité, lumière naturelle et construction façonnent l’œuvre d’Irving Penn. D’autres photographes se nourrissent de ces spécificités. Maxime Antony ou encore Bastiaan Woudt nous transportent dans un monde de monochromes envoûtants. Des clichés intemporels évocateurs de ceux du maitre, où le noir combat le blanc et dont la lumière est juge. Aux confins des rêves, Maxime Antony s’aventure, avec sa série L’encéphale, dans les profondeurs de l’âme, mené par des compositions dansantes évoquant des œuvres picturales, amour premier d’Irving Penn. « Souvent subliminaux et atrocement élégants, ces corps dégagent une aura intense », nous assurait l’auteur. La simplicité marque le travail de l’artiste américain, à l’instar de sa série de photographie capturant les plus grandes célébrités de l’époque dans un angle de mur, comme une fin de fioriture et un retour à la modestie. Quant à Bastiaan Woudt, il prône le minimalisme à travers la mode – l’artiste privilégie l’humain en le plaçant au centre du cadre dans une vision portraitiste de l’image – rejoignant l’école Irving Penn. Ce dernier, connu pour avoir été l’un des photographes de mode iconique du magazine Vogue, en aura même épousé sa muse, la mannequin Lisa Fonssagrives. Faire peu pour donner plus, tel est l’adage du jeune artiste néerlandais permettant à l’interprétation de céder sa place à la contemplation. Cacher pour révéler finalement. Et révéler, l’artiste le fait. Les corps de ses modèles sont pour lui source d’inspiration. Sa série The Bath en est l’expression même, toujours avec un côté engagé et précurseur pour son époque.

Maewenn Bourcelot s’inscrit également dans cette continuité. Entre corps et nature, elle signe un travail – sous différents pseudonymes – où la lenteur de la prise de vue façonnent une ambiance qui semble hors du temps. « La nature est pour moi un monde d’exploration sans borne, confie la photographe. J’éprouve un plaisir incommensurable à me perdre dans ses paysages, et tout particulièrement à observer le monde des minuscules ».
Mais au-delà des personnes et de l’humain, Irving Penn se passionnait pour les natures mortes : cigarettes et objets en tout genre constituent un panel important de son art. Une recherche entre le vivant et l’objet inanimé qui se retrouve dans Still lifes de Philip Provily. Le photographe néerlandais met en avant son goût pour les temps de pause, et développe une œuvre inspirée par la noblesse et le classicisme de l’argentique. « C’est à New York que la photographie m’a séduit, confie l’artiste. Un galeriste m’a sorti de son tiroir un tirage platine palladium en noir et blanc d’Irving Penn. J’ai été touché par sa beauté, sa force d’expression… J’ai alors découvert le chemin qu’il me fallait suivre » À une époque où l’image est reine, Irving Penn impose son empreinte sur les clichés de toute une génération et inspire, grâce à la versatilité de son art, nombre de photographes de bords très différents.

© Irving Penn
© Irving Penn
© Irving Penn
© Irving Penn
© Irving Penn
© Irving Penn

© Bastiaan Woudt
© Maewenn Bourcelot
À lire aussi
Maewenn Bourcelot : de miel et de violence
Maewenn Bourcelot : de miel et de violence
« Ma fascination pour l’image et son impact social, mes études d’histoire de l’art et mon éducation dans une famille d’artiste m’ont…
20 janvier 2023   •  
Écrit par Ana Corderot
Les corps décorés de Philip Provily
Les corps décorés de Philip Provily
Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité. À la chambre photographique, Philip Provily compose des…
11 janvier 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Maxime Antony repousse les portes du réel 
Maxime Antony repousse les portes du réel 
C’est à l’occasion de l’annonce de finalistes du prix Picto de la Photographie de Mode 2023 que nous avons découvert une nouvelle facette…
22 mai 2023   •  
Écrit par Anaïs Viand
Humeurs belges
Humeurs belges
Photographe belge au regard profondément bienveillant, Jacques Sonck se plaît à représenter avec authenticité toute la « diversité de…
06 avril 2023   •  
Écrit par Eric Karsenty
Cacher pour révéler
Cacher pour révéler
Hautement graphiques, les créations visuelles de Bastiaan Woudt nous emportent dans un monde où la mode et le minimalisme vont de pair….
20 avril 2023   •  
Écrit par Finley Cutts

Explorez
Behind the Facade : l’étrange huis clos de Jennifer McLain
© Jennifer McLain
Behind the Facade : l’étrange huis clos de Jennifer McLain
Dans Behind the Facade, Jennifer McLain compose un monde dans lequel elle tente de se soustraire à des évènements du quotidien qui...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lancement de Fisheye Immersive La Revue : un observatoire annuel des arts numériques et immersifs
© Salome Chatriot
Lancement de Fisheye Immersive La Revue : un observatoire annuel des arts numériques et immersifs
Un an après le lancement du magazine en ligne, Fisheye Immersive sort sa revue papier. 192 pages, bilingues français-anglais, consacrées...
15 mai 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Silent Radar : VRChat, des mondes en simulation
Connecticut. April 12, 2023. Portrait of Silent behind her green screen. As a Virtual Reality drone racing champion, she uses a green screen while competing online. Because she reveals herself on camera, those moments involve more beauty preparation, so she can feel comfortable while competing in the Women's Cup. Outside of simulator competitions, she also flies her real drone, and is portrayed holding her remote controller. Though she is among the top-200 fastest pilots worldwide, real-life drone racing has a steep cost barrier. In addition, the American drone-racing scene takes place mostly in the Midwest, where she feels a lot of fear related to being a trans woman taking part in these events. © Paola Chapdelaine
Silent Radar : VRChat, des mondes en simulation
Bienvenue sur VRChat, une plateforme en ligne qui permet à une communauté d’environ 70 000 personnes de créer leurs propres avatars et...
14 mai 2024   •  
Écrit par Agathe Kalfas
Le Motorola edge50 pro à toute épreuve
© Borey Sok / Studio Beige
Le Motorola edge50 pro à toute épreuve
Sous le soleil écrasant de Marrakech ou dans le singulier quartier de Beaugrenelle à Paris, le nouveau-né de Motorola – le edge50 pro –...
10 mai 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Behind the Facade : l’étrange huis clos de Jennifer McLain
© Jennifer McLain
Behind the Facade : l’étrange huis clos de Jennifer McLain
Dans Behind the Facade, Jennifer McLain compose un monde dans lequel elle tente de se soustraire à des évènements du quotidien qui...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lee Miller à Saint-Malo : une exposition présente de rares images de la Seconde Guerre mondiale
© Lee Miller Archives, Angleterre 2024
Lee Miller à Saint-Malo : une exposition présente de rares images de la Seconde Guerre mondiale
À l’occasion du 80e anniversaire de la libération de Saint-Malo, la chapelle de l’École nationale supérieure de la marine...
17 mai 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Quand l’étranger devient intime : les dialogues ininterrompus de Jana Sojka
© Jana Sojka
Quand l’étranger devient intime : les dialogues ininterrompus de Jana Sojka
Jana Sojka imagine des diptyques afin de donner cours à un dialogue ininterrompu. Dans un nuancier crépusculaire lui inspirant sérénité...
17 mai 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Charlie Tallott est le lauréat 2024 du prix Photo London x Nikon
© Charlie Tallott
Charlie Tallott est le lauréat 2024 du prix Photo London x Nikon
Le 15 mai 2024, à la Somerset House, le Photo London x Nikon Emerging Photography Award a annoncé son nouveau lauréat : Charlie Tallott....
16 mai 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas